vendredi 21 novembre 2008

À l'AISE ZAPPA FUME UN CIGARE

John Cut et sa femme Linda se rendaient en taxi à l’aéroport, où ils prendraient le vol American Airlines 8836 de onze heures pour Chicago.
Comme d‘habitude ce matin, le trafic était tendu, petits cubes roulants entassant milliers de corps aux missions obligatoires matinales. Le monde était ainsi fait concernant le rythme mécanique journalier du travail, la majorité de la population était à la tâche la journée avec des horaires réguliers et précis, concédant au surpeuplement des villes, entassements et autres tensions au rendez-vous quotidien du grand télescopage des hommes. C’est en ce sens que John et Linda avaient prévu leur coup, ayant réservé la veille un chauffeur se donnant une marge d’une heure supplémentaire sur la durée du trajet, afin d’arriver détendus et zen pour les formalités d’embarquement. Une berline Audi les pris ce jour aux alentours de sept heures, chargeant le peu de bagages que le couple emportait avec eux. Ils avaient également fait le plein de dollars mais aussi d’euros en conséquence du prix du trajet jusqu’à l’aéroport, un véritable coup de massue financier au regard de la distance, comme à chaque fois.
"Putain d’embouteillages", pensa John, alors que le véhicule se trouvait déjà coincé au niveau de la porte de Champerret, puis il observait les carcasses de métal aux couleurs multiples se culbuter, avancer, reculer, s'arrêter, repartir, recommencer ce processus incessant jusqu'à ce qu'une fluidité apparaisse laissant libre cours aux accélérations des énervés du volant. Sa mission était de laisser agir son regard sur tout autre chose que ce maudit compteur, dont les chiffres croissant augmentaient, abandonnant John dans une maladie du calcul, qu'il détestait plus que tout.
" La vie est tellement difficile, pensa-t-il."
Par chance ou délivrance, ils étaient tombés sur un conducteur quasiment muet, laissant le couple dans des jets de regards hasardeux sur le monde, de multiples projections sur toute l'agitation de l'univers, excepté ce maudit compteur. Il n'y avait rien de plus énervant pour John qu'un chauffeur racontant sa vie, commentant les actualités du matin, dégageant paroles inutiles venant assassiner le peu de tranquillité que lui et sa femme appréciaient rechercher dans l'espace restreint du souffle citadin. Linda se laissait aller également, examinant et fouillant maintenant à l'intérieur de son sac à main, se gardant de prononcer un mot, union homme-femme homogène d'avoir enfin le silence à l'intérieur du cahot du matin.
Bien calé dans le siège en cuir de la puissante voiture allemande, l'esprit de John se laissait animer par la présence des interrogations habituelles. Avenir, devenir, choix multiples, moi, surmoi, désir, décisions, indécisions, mariage, vie de couple, sexe, parents, enfants, psychologie, bonheur, paix et autres embrouilles cérébrales récurrentes le concernant, laissant son esprit bringuebalant dans une douleur intime et dissimulée. La paix intérieure était une bataille pénible à mener, mais c'était ainsi et il devait compenser avec ce tracas. John ne pouvait contrôler ses pensées, laissant le flot l'envahir, le modifier, le contenir ou l'énerver, à chaque incursion psychologique quel que soit l'endroit où il respirait. Aujourd'hui, il avait décidé de ne plus lutter, se promettant de se donner entièrement pour le combat ténébreux jusqu'à la victoire du faire prenant le pas sur le dire. Tout un programme!
Heureusement, il y avait Frank Zappa pensait-il intérieurement avec puissance, John n'était pas un fan assidu mais un mordu total, trouvant dans le guitariste décédé sa thérapie psycho-neurologique lui ouvrant millions de portes vers le soin et la guérison. Il réfléchit à sa femme qui avait toujours détesté la musique, s'interrogeant en profondeur sur son union avec elle qui n'aimait pas cet art au langage spirituel si spécial. Une analyse soudaine qui l'entraîna amèrement dans une réflexion de ses choix et autres erreurs commises du passé. Mais il y avait plus grave encore découlant de ces fantômes, une liste de regrets terribles pour sa santé mentale, dont un qui ne le lâchait absolument pas, le rongeant dans une lente et sinueuse progression de mort. Une culpabilité extrême d'avoir raté le coche. C'était il y a longtemps, c'est-à-dire dans l'océan de l'humanité, absolument rien.
John Cut aurait aimé, rêvé, désiré plus que tout, devenir musicien professionnel. Mais, en lieu et place de cette aventure chimérique coulant dans ses veines, il avait suivi des études d'ingénieur, se spécialisant dans une filière informatique, puis intégra un énorme groupe de maintenance dont il était un des directeurs de service les plus anciens, alors qu'il aurait offert tout ce qu'il possédait pour devenir le "Willy the pimp", le Zappa à la sauce John Cut, guitar hero aux riffs saccadés, psychédélique, anesthésiant en concert des milliers de fidèles sur des compositions qui seraient devenues mythiques, peuple du rock l'adulant, le portant au zénith, au nirvana de la gloire. C'est ceci qu'il avait toujours voulu, fantasmé, être un artiste accompli, célèbre et aimé de tous. Car dans ce désir, il était bien question d'amour et nullement d'autre chose. Le manque d'amour et de reconnaissance avait toujours été présent à l'intérieur du karma des artistes les plus tarés. John Cut avait été un de ceux-là, en sommeil, dont la passion s'était transformée aujourd'hui en aigreur de l'inachevé, du désir non assouvi, donc d'un bonheur inexistant. John ne s'était jamais donné la chance. L'aubaine d'essayer.

Il sortit de son infrastructure interne écartelée, un son strident de moteur vint l'extraire de son cachot intérieur.
Alors qu'ils étaient rentrés tant bien que mal sur l'autoroute A1, lui aussi saturé en bagnoles, donnant un compteur qui affichait déjà 18 euros, Linda Cut ouvrit la bouche. Un phonème gracieux, docile.
- Fait moi penser à acheter un poisson rouge en rentrant des US, j'ai toujours voulu en posséder un, on pourrait le mettre sur le meuble du salon à côté des plantes universelles qui ne meurent jamais, cette unité apporterait une décoration magnifique à l'appartement.
- Tu ne trouves pas? J'ai toujours rêvé d'un poisson rouge John… John!
Linda délivra son mari de Frank Zappa et de ses pensées sexe drogues & rock'n'roll, au plus grand désarroi de John, déconnecté par ce propos sortit de nulle part, dénigrant le rêveur authentique qu'était son mari, alors qu'il s'était auto projeté sur une scène de festival en plein air jouant live les derniers missiles de son dernier album. Linda le réintégra dans la réalité du taxi et John n'appréciait nullement cette intrusion.
- Quoi lui dit-il, sur un ton semi agressif, étonné de se retrouver en dehors de son cerveau et de ses chimères projetées sur un autre qu'il n'était pas, des suppositions certainement créées sûrement avec l'occipital de face.
- Un poisson rouge John, tu te rappelles, j'en veux un affirma Linda d'un ton ferme.
Les yeux du conducteur vinrent se poser dans le rétroviseur, surpris de ce massacre du silence.
- Ok, bien sûr lui dit-il avec complaisance comme pour se débarrasser d'un énième caprice de bonne femme, une lubie qui ne lui servirait à rien. De plus, c'était hors contexte pensait John, c'était toujours hors contexte avec Linda. Il fulminait intérieurement. Il en avait marre. Un ras-le-bol contenu ayant envie d'exploser depuis des années. Des dizaines de mois d'un trop plein insatisfait, mais elle ne comprenait pas, elle ne comprenait rien, absolument rien. Il était malheureux aux bras d'une femme aveugle.
Les orbites du conducteur avaient déjà regagné la route, concentrés comme jamais sur les lignes monotones formées par les milliers de véhicules. Un sursaut vint s'emparer de la rockstar déchue. John s'empara un instant de l'image d'un poisson rouge s'égaillant dans son petit aquarium, sa femme lui servant une nourriture lyophilisée trois fois par jour, tout heureuse et calme d'avoir un poisson, un désir assouvi, un bonheur complet. Lui, avait d'autres prérogatives autrement plus importantes que cette fantaisie de bestiole à nageoire.
"Et si je n'en voulais pas moi de ce poisson", si je ne désirais rien d'autre que la paix, être loin de cette friture rougeâtre et des caprices de ma femme. Il sombra à nouveaux dans des images faites de passé et de présent, dans ce trou distant de leur rencontre et de l'incompréhension du moment, une incapacité à se déchiffrer, se sentir, se connaître ayant creusée un fossé entre eux, une ligne de démarcation béante. Elle désirait un poisson, je voulais être musicien, à quel moment le fossé de la discorde s'était donc installé, comment avaient-on pu en arriver à ce niveau d'insuffisance et de non-dit, s'interrogeait John. Une mélancolie le gagna, une nostalgie douce et tueuse, rongeuse d'esprit et de joie.

Le taxi filait maintenant dans le trafic devenu fluide. Finalement, ils arriveraient à l'aéroport en avance, de quoi tuer le temps dans un café, d'acheter quelques magasines ou peut-être un livre pour le voyage. Linda continuait à trifouiller au fond de son sac énergiquement, elle cherchait et ne cherchait pas, exécutant des gestes nerveux pour passer le temps. Peut-être que le désir de posséder un poisson rouge était sa façon de s'harmoniser avec le quotidien d'une journée, peut-être qu'elle possédait aussi des rêves secrets, enfouis au fond, tout au fond de son être, joyaux multiples n'ayant jamais jailli, peut-être qu'elle était également rongée par ce cancer que l'on nomme regret. John l'observait du coin de l'œil avec une certaine nostalgie, celle des années et des manques. Il éprouvait pourtant une affection illimitée pour Linda, elle était sa compagne, celle qui l'avait toujours soutenue, la femme présente dans les coups durs et n'était-ce pas là l'essentiel de la vie, essayait-il de se confirmer, comme pour se protéger d'une issue contraire, de pensées confuses faisant éclore une éruption volcanique aux questions multiples attisant l'indécision, cette même indétermination qui l'avait drainée tout droit vers la condition dans laquelle il nageait aujourd'hui. Un homme marié, marié et fade, fade d'une routine désolée sans saveur qu'il avait développé au fil des ans. Il s'était recroquevillé intérieurement si fort que ses gestes conjugaux se bafouèrent d'eux-mêmes, délaissant Linda à son boulot d'infirmière sans en partager le contenu, lui offrant un quotidien négligé, privé de gestes doux et d'attentions sentimentales réparatrices, l'abandonnant simplement.
Mais, John n'y prit pas garde, étant trop happé par Zappa. Zappa, dans le ciel à présent jouant des accords électriques pour les foules de l'azur, Zappa, toujours Zappa. John, seul dans ce repère, retrouvait un sens vers ce qu'il aurait toujours désiré être. En Zappa il revivait, un point c'est tout. Il réfléchit furtivement à la question du désir, se portant sur sa problématique sans logique. Zappa le sortirait de là, et du désir, et du poisson rouge, ainsi que de l'amour dont il privait Linda. Il ne lui restait plus que le virtuose de l'électrique pour sauver son couple. En silence, il l'implorait, gardant cachées du monde ses incantations intérieures.
La berline allemande arriva au terminal deux dans une cohue bordélique sans nom dont les taxis alignés les uns derrière les autres offraient un spectacle désolant, d'oppression dans cette aile de l'aéroport. Des navettes internes embouteillées se mêlant à d'autres véhicules venant déposer amis et parents décollant ce jour complétaient ce chahut. Des militaires présents représentaient physiquement un plan Vigipirate de rigueur lors de ses années de terrorisme accru, les capitales occidentales étant plus ou moins sur les dents depuis le 11 septembre 2001. Le compteur affichait 47 euros, John bougonna en silence alors qu'il payait le chauffeur d'un billet de cinquante, lui pressant de garder la monnaie. Tout augmentait pensa-t-il. Ils chargèrent leurs bagages sur un chariot puis avancèrent en poussant la petite roulotte de métal. Alors qu'ils pénétraient à l'intérieur du terminal, Linda vit un Relais H. Elle demanda à John s'il désirait acheter de la lecture pour le vol, il répondit par la négative alors qu'elle était déjà en train de scruter les racs remplis des derniers gros titres de la presse papier. John jeta quand même un coup d'œil sur divers magasines empilés en attendant sa femme. Tout s'était emmêlé depuis leur départ et cette question du poisson rouge le taraudait, il se demandait quel était le budget d'entretien à l'année de cette idée farfelue quand un papier glacé l'interpella. Il s'avança plus précisément alors que les bruits gagnaient en intensité l'intérieur du grand hall envahi par des milliers d'âmes. Il fixa la couverture, interloqué. Non, ce ne pouvait pas être lui, ses yeux se mirent à cligner comme un gosse.
Il sursauta, sa silhouette massée devant l'indescriptible. John pris le magasine avec délicatesse, il tenait dans ses mains, une revue de guitare sur laquelle siégeait en couverture son idole Frank Zappa, celui-ci assis sur un fauteuil princier d'époque Henri II. Le défunt géni du rock, tout de blanc vêtu des pieds à la tête était absolument superbe dans un costume cintré, une couronne d'or et d'améthyste sur son crâne. Il tenait un sceptre serti d'écailles précieuses de sa paume droite, resplendissant de décontraction, un énorme cigare dans la calé entre ses lèvres, cylindre dont la fumée s'évaporait dans le font de la première de couv', musicien adulé porté au firmament du panthéon des stars musicales dans une mise en scène extrêmement show business. Il avait finalement trouvé LA lecture qui une fois dans les airs, lui procurerait projections et autres jouissances mélancoliques du cerveau, s'échappant ainsi de la réalité pour rejoindre son Dieu. Il tendit le mensuel à sa femme qui s'arrêta une seconde dessus, sortant de sa logique d'ignorance, venant contredire la méfiance d'un mari fou.
- Encore ton Zappa lui dit-elle sur un ton dépité, et mon poisson rouge repris-t-elle, y as-tu réfléchi?
Le mari fou voyait juste, tout simplement. Ils n'avaient jamais eu les mêmes centres d'intérêts, la réflexion de sa femme confirmait une fois de plus, le dépit de John. Il était triste de cette nouvelle remarque désobligeante envers son idéal musical. Linda paya, puis remis à John le sésame précieux, néanmoins sans aucune compassion pour l'amour que son mari portait à Frank Zappa et sa musique alors qu'ils cheminaient en direction de l'enregistrement des bagages. Ils s'étaient donné ce rendez-vous vacancier, allant chez une amie de Linda qui vivait et possédait une vaste demeure dans la banlieue ouest de Chicago, dans l'idée de se retrouver. Pourtant, une fois encore, les évènements s'enchaînaient de nouveau bizarrement. De là, ils louraient une voiture et chercheraient le point d'ancrage où tout avait basculé, Zappa les y aideraient, le désir de mon poisson rouge aussi pensait Linda. John, n'avait pas capté l'énergie intérieure de sa femme, sur les désirs qu'elle portât à leur reconstruction. Elle demeurait la plus fidèle dans le rétablissement de son couple, la plus déterminée face à l'espoir de pouvoir récupérer une vie meilleure, une existence où l'on est moins seul alors que l'on est deux, fantômes s'entrecroisant sous la protection du même toit. Elle était agacée, mais elle espérait, vivant les choses intérieurement, au contraire de son mari. Elle aurait désiré de lui un peu plus de perspicacité, qu'il la devine entièrement afin de faire renaître le désir qui les avait fuis. Linda pensait à Zappa et John ne le savait pas, il se contentait de son magasine, le serrant très fort dans sa main gauche, poussant le chariot de l'autre, s'interrogeant sur un avenir des plus incertains. Ils arrivaient dans la file d'attente où l'on pèse les valises, une rangée humaine regroupant plusieurs vols s'y entassait déjà. Alors qu'ils patientaient, Linda passa sa main délicate dans les cheveux de John, ce dernier la dévisagea avec douceur, laissant entrevoir l'espoir d'un éventuel renouveau dans un regard de tendresse complice, que les deux n'avaient plus vécu depuis bien longtemps. Ils avancèrent, polis et patients, bancals mais aimants.

Ils avaient décollé à l'horaire prévu, un peu de calme régnait dorénavant entre eux, un flegme atmosphérique, de non dits reportés à plus tard. John était collé au hublot vers l'aile droite de l'appareil, sa femme Linda avait branché ses écouteurs et se laissait prendre par le dernier Spiderman qu'elle visionnait sur le petit écran incrusté dans le siège devant elle. Ce n'était pas son genre de film, mais l'effet escompté de tuer l'ennui lors du voyage fonctionnait. Elle était rentrée dans la superproduction et il y en aurait pour plus de deux heures d'action grand spectacle. C'était déjà cela de gagné sur les neuf heures reliant Paris à Chicago pensa Linda.
John s'était assoupi après avoir feuilleté son trésor de papier sur Frank Zappa, dix pages étaient consacrés à la vie de l'artiste. Il avait adoré le titre du long article relatant la vie de Zappa, ses œuvres plus quelques anecdotes peu connues du grand public remplissaient les deux première pages du dossier. Dans l'encart dédié au génie, on retrouvait le Zappa de la couverture, sur son trône, fumant son cigare à l'intérieur de ce fond blanc brillant en qualité papier glacé. En grosses lettres rouges, sur la page de droite était écrit " Le mythe toujours vivant".
Il n'y avait aucun doute là-dessus, John s'émerveillait sans concession de relire des infos qu'il connaissait déjà, relatées dans ce très bon article. Il avait porté dessus un œil critique de connaisseur car rien ne lui échappait concernant Zappa, sachant tout de lui, de sa musique, de sa vie, il s'était totalement imprégné de son idole depuis des décennies. Il aurait tant donné pour également devenir un Zappa et non pas gaspiller sa vie dans un boulot qu'il ne supportait plus du tout, qu'il n'avait jamais encaissé d'ailleurs. Il avait cru comme beaucoup, qu'on pouvait se mystifier des années, intégrer un lieu ne nous parlant nullement tout en faisant semblant de paraître, d'être, lors d'années ennuyeuses, cherchant une échappatoire nécessaire à l'âme afin que celle-ci ne meure point. Il fallait aussi délivrer son identité propre, conditionnée de phrases toute faites transmises entre générations, parents et ancêtres médiateurs complices de la machine hypocrite du boulot inutile qui tue, qui ruine l'homme au lieu de l'élever. John avait intégré "Computer Corps" premièrement pour son salaire, mais également pour une certaine sécurité de l'emploi afin de subvenir aux besoins nécessaires, que la logique de consommation eût encré dans son esprit coupé de sa racine créatrice, brûlant l'être humain, cramant John de l'intérieur depuis qu'il travaillait.
Il y avait eu également les phrases de son père, bienveillantes tout d'abord, puis transposées à son encontre, mécanisme des propres peurs de celui-ci, celles que le patriarche de John n'avait point élucidées. Et la logique se transmettait ainsi dans la majorité des familles avait analysé John. Cela faisait quelque temps qu'il n'était plus régulier dans son travail, qu'on lui avait adressé des reproches, des paroles pas très agréable à son encontre, lui parvenant toujours par le biais de collègues et de chemins détournés. Grosso modo, voici ce qui éclatait à l'intérieur de sa personnalité, voici comment il réalisait dans ce vol long-courrier vers Chicago, le pivot d'un raisonnement qui osait éclore depuis des mois. Oser était bien le maître mot pour changer le cours de sa vie. Chasser le naturel, sa profondeur, était la plus complexe des dynamiques pour un homme à s'imposer, John comme tant d'autres, subissait les revers inévitables de cette rationnelle paterne. Mais, il désirait plus que tout changer, seulement il ne voyait aucune porte de sortie vers laquelle converger, vers où respirer. Le désir étant un animal difficile à dompter, mais inverser le système pour lequel on était programmé devenait de plus en plus insupportable pour ce cadre de trente-neuf ans. John aurait aimé être musicien, mais il ne l'était pas, en en cela résidait la source de toutes ses déprimes faisant de lui un envieux, parfois un être aigri, effacé et mal à l'aise dans son mariage. John méditait sur sa femme, délaissant le magasine magique un instant.
Comment me voyait-elle, non, je ne la connaissais vraiment pas…
Elle devait également bien avoir un truc à elle, une sorte de code source, une racine, un point d'ancrage, quelque chose démarrant quelque part, une logique, un début. Elle ne m'avait jamais parlé de rien pensa John, la tête inclinée vers le jour qui perçait le hublot. Les yeux clos, il essayait de sonder l'intellect de sa femme. Linda s'occupait de lui, de son linge, de son repas, ne posait aucune question, s'endormait en lisant des romans à l'eau de rose, souriait quand il le fallait, serviable et dévouée, puis, cette histoire de poisson rouge était revenue sur le tapis et c'est ainsi que leur histoire roulait dans la sclérose, depuis longtemps. En fait, il ne connaissait pas sa femme et encore moins la raison pour laquelle il lui avait dit oui. Mais pouvaient-on tout contrôler, songea John…
Le mensuel de Rock était sur ses genoux, la couverture à l'envers, Zappa dans la blancheur de l'imprimé s'absorbant de la classe que dégageait sa pose de roi, se délectant de son gros cigare, à l'aise et tranquille. Linda était à demi consciente, plongée dans son film d'action, bien calée au fond du siège, un homme d'affaire s'était assoupi à sa gauche et rien ne perturbait la placide progression du Boeing. Mise à part l'orage qui s'était abattu sur Paris lors du décollage, aucune turbulence ne dérangeait les passagers du vol 8836, se laissant désormais glisser en pilotage automatique dans sa vitesse de croisière. Le bleu de l'azur, un cobalt infini enveloppait l'intégralité du firmament logeant John dans une contemplation qui l'apaisait. Les rayons du soleil reflétaient sur l'aile droite de l'oiseau de fer, envoyant une réflexion chaleureuse pénétrant le hublot, inondant le visage de John d'une lumière amicale et douce. Il baissa le petit store de moitié, puis s'endormit tête penchée sur le côté de la lucarne, les réacteurs creusaient des sillons de traînées blanches derrière eux, puis se diluaient en plusieurs formes irrégulières dans l'atmosphère. John Cut s'était assoupi, sommeillant d'un souffle régulier emportant avec lui tous ses rêves et le riff aigus de la guitare de Zappa, alors que celui-ci, dans sa version imprimée, fumait un gros cigare, lâchant un sourire complice à l'un de ses plus grands admirateurs, calé sur ses genoux.
Linda plongée dans le film n'était plus très loin de s'assoupir aussi, grâce aux exploits de l'homme araignée et du silence qui régnait dans la classe Eco. Elle jeta un œil sur son mari qui dormait profondément. Elle sourit, puis se replongea dans la super production Américaine.
"Je l'aime" pris corps intérieurement, puis, elle posa sa main sur la sienne d'un geste tendre, rituel écarté depuis trop longtemps de leur quotidien. Effectivement, songea Linda alors que Spiderman s'était posé sur un building, mutant haut perché dévisageant New-York méditatif, ce séjour est la meilleure façon de nous rapprocher.

- Et si je lui achetais un disque de Zappa rumina-t-elle encore…
Pas la peine, il les a tous, il faut trouver un truc, quelque chose qui procure du plaisir et lui redonne le sourire, un geste venant de moi qui le touche. Et, s'il aimait autant Zappa, c'est bien que son mari avait une passion, qu'il était différent car il la montrait, la proclamait, n'en avait pas honte. Linda continuait de suivre l'homme araignée, réintégrant ses yeux sur le petit écran malgré le sommeil inquisiteur. John ne vit pas ce sourire, il était parti dans un autre univers, teinté de couleurs et de chimères, celui du rêve. Non pas son rêve, mais l'endroit ou l'inconscient se révèle, les deux allaient se scinder. La progression commença, il avançait en territoire inconnu mais un paysage calme et serein. Il cheminait dans un royaume entièrement blanc, une métaphysique écarlate lorsqu'il sentit quelque chose lui effleurer la main, ne sachant d'où provenait cette sensation alors que le laiteux contrastait totalement avec sa présence, faisant de lui l'énigme de ce paysage dénudé. L'avion traçait et John pénétrait l'horizon dans cet infini inconnu, quand une voix retentit, l'appelant clairement par son prénom, puis, plusieurs fois d'affilée: John…John Cut, c'est moi.
John se retournait examinant d'où pouvait bien provenir la résonance de son prénom. Il se contorsionna, cherchant l'appel qui retentit une nouvelle fois. John, je suis là!
Il guettait, mais ne voyait rien. Puis, c'est là qu'il vît arriver sur la droite un élément se déplaçant en glissant sur la surface incolore, donnant une perspective de contraste avec la pureté. Elle se mouvait en zigzaguant. Au fur et à mesure que la masse en mouvement progressait, il commençait à ressentir une forte émotion devant la forme qui devenait progressivement silhouette, que la silhouette devint un homme, un homme assis sur un trône, une couronne de diamants ornait son visage, tout de blanc vêtu, magnifique, fumant un énorme cigare, Zappa, Frank Zappa, c'était bien lui. Le fan, le rêveur, l'homme au travail monotone, le mari compliqué ne bougeait plus, tétanisé par l'incroyable vision qui le possédait.
Non ce n'est pas possible fit John. C'est impossible!

dimanche 2 novembre 2008

The product

À toutes les âmes bien pensantes de l'univers, c'est en ce jour des défunts qu'il faut repenser en profondeur le scrutin bien spécifique déjà joué de mardi soir prochain, concernant l'élection du prochain président des États-Unis d'Amérique. Il faudra relativiser cet évènement à la lumière dense et parfaite des sondages et autres commentaires d'une foule en transe ayant déjà choisi en lieu et place des citoyens Américains, la tournure de la décision finale. Dans Final Fantasy Tactics, Yasumi Matsuno, un ancien membre de la société Quest, aujourd'hui chez Square est derrière le projet des deux familles de nobles, désireuses de se partager le pouvoir. L'histoire se déroule dans le monde d'Ivalice. Elle est centrée sur un conflit, nommé "la Guerre des Lions", qui s'engage entre deux familles de nobles qui convoitent le trône du royaume. Le scénario suit les aventures de Ramza Beoulve, un jeune apprenti chevalier, souhaitant tout mettre en œuvre pour rétablir la paix sur le continent. C'était il y a un peu plus de dix ans, au début de l'an 1998, que le scénario de Yasumi Matsuno entra sur le territoire Américain et commença son exploitation à l'intérieur du cerveau de milliers de jeunes et moins jeunes citoyens. L'exploitation commerciale avait été pensée d'une façon qui ne mènerait nullement à l'échec des pronostics. Un peu comme mardi soir, les jeux semblent donc pipés d'avance. Et, lors de ce jour reposant sur la célébration discrète des âmes continuant leur évolution dans un champ éloigné hors de nos consciences, il est important de s'interroger si les images de propagande diffusée par les deux camps, afin de grappiller quelques voix, sont les seules missives disponibles relatives à l'intelligence humaine de deux bons hommes, désireux de devenir le prochain président d'une nation, légèrement esquintée. Qu'il est bon de ressentir la douceur des feuilles qui se meurent sur les trottoirs bétonnés des villes monde, alors que l'Amérique, rendez-vous compte, va enfin désigner son nouvel homme fort, imaginez donc terriens!
Je déambulai dans la rue de ma ville monde, lorsque je fis d'office le lien avec le plan de Yasumi Matsuno. D'où venait donc cette stratégie graphique, que des professionnels du jeu vidéo se mirent à réfléchir, lors de réunions de comités d'étiques d'où ressortirent plusieurs versions tests, avant celle finale qui pénétra l'imaginaire ennuyé des ados made in USA. Je me demandai lors de cette ballade insipide, entre les feuilles dissipées tombant accompagnées d'une pluie fine, où donc se trouvait la tactique intelligente des deux campagnes présidentielles, afin de posséder également le crâne, des citoyens encore indécis, mutés dans une certaine perspicacité non négligeable, n'ayant pas encore succombé aux milliards que coûtèrent les dizaines de spots publicitaires censés amasser, convertir, attraper, rassurer, et, qui rejoindront en frappant au dernier moment, le camps d'un des deux lions.

Final Fantasy Tactics propose deux phases de jeu distinctes : un mode exploration et un mode combat. La phase d'exploration se déroule sur une carte en deux dimensions. Les déplacements sur la carte du monde permettent au joueur de circuler entre les différents lieux du jeu, représentés par des points de couleurs : bleu pour les villes, châteaux et forteresses, vert pour les endroits où des combats et une partie de l'intrigue peuvent se déclencher, et rouge pour les lieux liés au scénario principal du jeu. Ces divers emplacements sont reliés entre eux et se dévoilent au fur et à mesure du jeu. À partir de la carte, le joueur peut accéder aux différentes villes d'Ivalice. Celles-ci se présentent toutes de la même manière, avec des écrans fixes en 2D. Elles se composent d'une taverne, où l'on peut écouter les dernières rumeurs et participer à des quêtes ; d'une échoppe, où l'on peut acquérir et revendre armes, armures, accessoires et objets ; et d'une guilde des guerriers permettant d'engager de nouveaux soldats et modifier le nom des monstres capturés dans le jeu.
Un menu est accessible à tout moment du jeu, via la carte du monde, permettant de sauvegarder la partie et d'accéder à un menu de formation servant à gérer son équipe de combattants. Un didacticiel, pour obtenir des explications détaillées sur les divers aspects du jeu, et une chronique, pour consulter les informations concernant les événements passés et les personnages rencontrés dans l'aventure, sont également disponibles. La liberté de déplacement dans l'ensemble du monde est très limitée. Le déroulement du jeu est très encadré et se fait à l'aide de nombreuses séquences scriptées, qui ne peuvent être ignorées.

C'est donc ainsi que la bataille de l'être humain sur le cerveau machine inventé par le terrien Matsuno s'avèrera payante, en passant par la patience et la tactique, comme porte si bien en dénomination, ce jeu sortit des studios Square.
Quand aurons-nous un jour le plaisir de découvrir une vraie stratégie, mais également une réaction frontale entre candidats concernant le fond du problème sur la gestion de millions de citoyens à la dérive. Après avoir eut le temps, moi aussi, de visionner dans sa quasi-intégralité les dernières news nécessaires au devenir de ce pays déficitaire en milliards de dollars et dont l'économie semble prendre directement les billets des presses bancaires, comme si de rien n'était, dès qu'un fond, un ministère, un état à un besoin urgent de liquide. Je constate aujourd'hui du manque de sincérité des prétendants et visualisé une fois de plus, un show et non l'explication de programmes. Il a dit, il est, l'autre a dit mais lui il est…
Terne, inintéressant, je suis simplement curieux de l'égard du monde envers cette élection. Encore plus surprenant, toute cette excitation autour de la candidature, certes, révolutionnaire d'Obama, mais noyée par l'innovation de la question raciale. Il est aussi intrigant de voir, comment les médias Français, mondiaux, se sont jetés sur l'originalité de la candidature Obama pour en faire leur poulain d'office, sans prêter attention aux quelques balbutiements du vétéran de la guerre du Vietnam. Il me semble que le vétéran est un héros de sa nation, qu'il est peut-être temps maintenant que l'homme cabossé aille se reposer, mais néanmoins espérer peut-être, un miracle anti-mass média à la face du monde, si jamais tous les pronostics sont déjoués dans la nuit de mardi à mercredi. Qu'il serait élégant de fermer la gueule de ce magma partial, propagandiste de celui à choisir, parce que tout le monde l'a désigné. Ce n'est pas à nous de décider. Qu'il est détestable de contempler les scénarios joués d'avance. C'est ainsi qu'il est préférable de revenir dix ans en arrière afin de se replonger dans la guerre des lions, en souhaitant que le vieux lion rugisse au moment final, au moment Final Fantasy Tactics, et place son coup mortel à l'instant T de l'inversion des données.
Ne désirant nullement choisir un candidat plus qu'un autre, il est maintenant l'heure de laisser l'élection à une nation ne nous appartenant pas. Il est temps de cesser de faire les Américains, nous ne le sommes pas et ne le serons jamais. Pourtant il est paradoxalement obligatoire de se sentir proche et solidaire des USA, et ce, sans concession. J'entends seulement aujourd'hui les bombes qui explosèrent sur Belgrade, mais aucun fantassin ne descendit à l'instar du jeu de Matsuno se frotter aux différents guerriers Serbes. Ce fut une attaque aérienne en règle, mais personne ne vint se frictionner avec le peuple de l'ex-Yougoslavie. Alors, peu importe qui sera le prochain président de, oui, c'est vrai, la super puissance nucléaire, technologique, atomique de l'ancien et du nouveau siècle, elle a perdu de sa superbe lors de choix peu compréhensibles que même certains pros US choisirent de contester, au moyen de leur intelligence non artificielle, la même ayant dessiné les contours médiévaux scientifiques du jeu de Matsuno. C'était il y a dix ans, bien avant que Georges ne marque l'histoire de son pays à jamais. Lui aussi fût un produit. Le sacré des discours est parti laissant place à l'incantation uniformisante, d'orateurs bien conseillés. Politic is politic, dégageant l'effluve d'une certaine virtualité dans la manière de faire, c'est-à-dire entre le décalage de la parole donnée, désabusée de sa valeur, et l'accomplissement en acte dudit verbe. Il n'y a plus rien à attendre de ces enjeux, il est nécessaire d'être le maître à bord de ses sentences, car il est définitivement entendu, que rejoint le concept du produit marketing humain, l'impossibilité de communiquer dès que quatre personnes se retrouvent autour d'une table, pour essayer de débattre. Qu'importe Tuesday, personne ne se souvient Belgrade, rigolant également de la dramaturgie mélancolique d'une certaine idée de la Russie, ces deux raisons sont suffisantes pour se passer maintenant et définitivement du verdict de mardi, puis, revenir à sa console de jeu, réintégrer Final Fantasy Tactics 98, version aujourd'hui périmée, comme tout. Allumer une bougie, célébrer les morts, contempler le monde des vivants en étant déjà mort, ainsi vivre et humer le pollen des fleurs de notre futur jardin d'Eden.

samedi 1 novembre 2008

Musique classique

C'est le premier jour de l'existence d'un nouveau mois, d'un nouveau poids, d'un nouveau choix. Il est question de crise, de musique classiques, un panel des deux lors de manifestations grotesques et outrancières des fous de l'univers. Ce qui dérange n'est finalement pas de constater toutes les exhortations des vierges effarouchées, mais bien de se référer au manque de pondération de la masse beuglante, prête à brandir les armes en cas de prétexte les accablants de l'intérieur faisant d'eux, de simples produits soporifiques sans vison globale de leur déchéance. Le pire n'est pas la belligérance, mais bien de manquer de musique classique, se laisser capturer par une œuvre composée dans le recul nécessaire aspirant à la beauté. Comment envisager le chaos sans litanie sacrée, c'est impossible. Demeurer constant dans ses choix est primordial pour l'évolution des contes, donc de l'imaginaire et de la destinée humaine. La télévision ne sert plus à rien. Elle avait cette occasion lors de son éclosion, de révolutionner l'existence des ménages, en vain, elle détruisit l'existence des méninges. Je ne désire plus m'essayer au concept des images, désirant clairement m'enivrer les yeux fermés, de notes magiques m'entraînant loin, très loin, extrêmement éloigné des cris violents de cette terre, afin de conquérir mon globe intérieur, fait de paix et de douceur. En avoir assez d'avoir assez touché le fond, afin de lancer son propre requiem conquistador, sur le retour à la vie, et ce, incarné par les quelques notes suffisantes, intrinsèques, de sa musique classique. C'est ainsi que le retour au monde s'effectue, en empruntant le chemin le moins fréquenté, le plus incompréhensible au regard des autres, apaisé d'une certaine flexibilité concernant ses préférences, ses décisions.
Considérer le bleu du ciel, puis finalement interpréter le langage des signes, indiquant qu'il faut parfois se plier à ce qui n'est pas sa volonté propre, ensuite se laisser entraîner vers une direction annexe, n'ayant été aucunement inspiré de celle-ci, pour mieux redécouvrir le diamant tapit au fond de soi. C'est la musique classique universelle que millions s'acharnent de fuir, dans quel but, personne ne le sait. Il est délicat de rester humble. Il l'est tout autant de se persuader qu'une autre volonté, désire de nous de la suivre, en contrepartie d'enfin accomplir cet itinéraire rocambolesque, interminable, vital, mais au combien merveilleux, de calligraphier sa chronique dans le monde. Ecouter, non geindre, tel est le verdict sans faille des voix nous assaillant inlassablement, qu'elles soient paisibles ou démoniaques, gracieuses ou des plus obscures, il en est ainsi, il faudra choisir.
Moi, ou plus grand que moi.

mardi 14 octobre 2008

Terraventura

Terre d'aventure
Monastère intérieur brisé
Revoir le monde jusqu'à Meredith
Accompagnant Séraphin
Dans les jardins de Bizarrecity
Prépare la conversion de l'homme
Pureté du coeur, abstinent travail
S'obstiner car répétition paye
Salaire misérable
Mourir pour Léonce Rock
Commentaires du Divin
Laisser flammes
Délivrer poésie
Femme battue des villes monde
Sacred Monk éteint Queen
Contemplation, miroir du lac
Nénuphars de l'éphémère
Classique rituel du tueur
Visualiser péchés
Rédemption oblige
Liquide réfléchissant
Possession mémoire, tremblements
Opèrent
Commenter, douceur se fane
Cosmos brûlé, mortification proclamée
Révèle satan
Point le beau, célèbre la flamme
Non… Hurler les dégâts
Est-ce nécessaire
Arctique disparaît
Absence de vérité
Quelques degrés
Macintosh écrase écran plasma
Celui de l'écran
Libère le robot dans l'homme
Qui consume et tue dans l'idiot
Reconquérir le désert
Puis le remplir de fleurs
Ainsi Séraphin Queen
Peut-être survivre
Ma genèse ici même
Dans le chaos, la pollution
Respire mon âme
Lorsque corps crève
Processus cellulaire
Chimie infernale
Qui jamais ne s'arrête
Séraphin Queen, terraventura
De retour, les sauver
Docteur Van Pettersen
Soigner par l'IRM
Les addictions drogues dures
Montrer l'artère traumatisée
Elle ne demande rien
Juste laisser l'hémoglobine
Respirer dans son antre

Léonce Rock se meurt de solitude, iras-tu la voir Queen, alors que le Recteur et Van Pettersen te dépêchent effacer les dettes de ton passé. Relève-toi, assume ton rôle jusqu'à l'émotion suprême de dévoiler la sensibilité de l'homme. Que faire, que dire?
Rien.
Simplement agir, afin de ne point regretter ce qui aurait pu briller au fond de toi, avant qu'il ne sombre, ne devienne cette bête finissant sous les balles d'autres vilains arrogants, au fond de cette chambre d'hôtel d'une ville monde sans importance. L'indifférence, tu ne peux la vivre une deuxième fois Queen...

mercredi 1 octobre 2008

Téléphone

C'est la guerre.
Les mots s'entrechoquent, laissant une communication inaudible entre les acteurs ayant main mise sur tel ou tel dossier, dont les composants se nomment: électricité, Internet ou autres gaz et assistance de droits soit disant authentiques du quémandeur, de l'humain en détresse de son manque de service. Ses demandes n'en finissant plus de pourrir le cerveau de celui ou celle qui geint, les alarmes orthographiques s'étalent via des plateformes dont mêmes les médiateurs, crèvent sous les insultes, les requêtes les plus énervés d'hommes, femmes, patients sous anxiété sociétaire généralisée que rien, non, absolument rien, ne peut apaiser excepté le laid, le vilain censé apaiser leurs souffrances compulsives. En effet, pour eux comme pour moi. C'est la guerre.

dimanche 21 septembre 2008

Comète

Les comètes d'Halley et de Encke vrillent ma tête par-dessus l'acte nécessaire de survivre. La préoccupation des éléments du corps nous empêche de contempler les comètes perchées là-haut, plus haut. Quel dommage de ne pas saisir l'opportunité de pouvoir se décentrer du malheur afin de contempler météores et autres supernovas, firmament surplombant l'homme déchu, l'homme déçu. Il y trouverait la solution, réponse à ses soucis, son sort. Comment s'y prendre pour faire évoluer sa destinée sans trop se focaliser au chaos intérieur, c'est la question majeure de notre temps. La sortie d'épreuve étant de s'intérioriser, mais non à l'identique de nos plongées cérébrales, lorsque soucis et tracas nous envahissent, afin de peut-être commencer à nécroser les tumeurs, et, enfin consacrer les comètes contenues ne demandant qu'à irradier.

Laconique enfant déçu
Patiente, comète en toi somnole
Solliciter permission, sans cesse agir
Prendre en main destin sulfureux
Messe appelle, délibérément vide
Magnifier comètes, intérieur temple
Puissance Divine reste seule, bannie des hommes
Ego remplace paix stable
Ego amblyope corps sain
Diriger l'énergie sur misère
Délivrer amours prisonniers
Alors fœtus enfin s'abreuve
Règne vital, art floral, nébuleuse scintille
Abandonner, danse l'hémiplégique
S'élever, sectionner cordon-mère, chaîne entrave
L'aigle liberté, harponner enfin décollage
Couper vivres, névroses finalement, crève
Hall-Bopp dénude mer South England
Piano Chopin, ressurgir l'hiver
Souvenir, parrainage de l'oncle défunt
Censeur, contenir, assauts parentaux
Analyser père fantastique
Envol de l'oiseau émancipé
Remarquer, pleurer, rayons du soleil, s'émouvoir
Survol de l'aigle
Je suis sur la plage
Bras en croix, sable, ma couverture vitale
Dunes de l'invisible, référence à ma vie
Scinder émotions, émoticones inutiles
Dissolu dans l'arène, je suis...
Octave angélique, ouïr Pink Floyd
Dark side of the moon, marche funéraire
Ou pas
Genèse de l'au-delà, regard divergent sur site
Adulte devenir, pointillé assassine l'humain
Money, fils de chien, libère larfeuille hautin
Pèlerinage terrien, obligatoire
Préalablement rejoindre comète
Intersidéral est l'homme
Incommensurable est la femme
Geindre l'orgasme de l'amour
Laisse l'épouvantail satanique à l'enfer
Discerner, pustule, putride, sang
Épisode, refus de laisser m'envoler
Vasculaire cérébral, téléphone 1/Semaine
Comprendre, je meurs de ces liens
Comète genèse, craindre, honorer Dieu
En premier lieu, oublier père, mère, femme, enfants
Créateur, moi ta créature, ordonne, j'obéis
Puissance de l'invisible sur matière néant
Trompe l'œil, réhabiliter comète, menant au berceau
Balance, peser l'âme, voir l'Amérique, ma UK
Encore une fois
Somme toute, créer complicité
Je chéris douceur, rythme démesuré
Cristallin de l'écriture
Quand tu m'étreins
S'exprimer, du moins essayer
Lorsque chiens aboient, errants, prêts à abattre
L'enfant ne mutant jamais homme
Que mère cherche à monopoliser
Combat suprême, reproduction cyclique
Un jour mourir, aucune issue
Être jugé, Dieu infiniment bon
Merveilles du Très haut
Procure l'amour, l'humain répondre
Ou pas
Liberté
Autre merveille du Très-Haut
Puis, corps moisi, pourriture
Esprit illimité
L'enfant, adolescent, adulte, vieillard
Finalement, brasier de l'amour
La boucle
Redéfinit système du gamin
Retour au chérubin
Dans la balance, une fois extinction cellules
L'explication, l'analyse
Il y a le péché et le pécheur
Deux processus totalement distincts
En ce lieu, comète, laisser filer l'âme
Désolé, cette fois, je fuis
Pour toujours
Aucune attache
Récupérer comètes
Qu'est ce que ça peut faire
C/ longue période
P/ courte période
D/ disparue
Je file, élevé de mon tapis de sable, un chemin d'étoile m'honore, me soulevant de cette terre dont je n'ai jamais vraiment compris la substance, j'aspire grandir, au milieu de cette foire, les bêtes surgissent, non pas démonstratives, simplement sinueuses, elles tuent et n'osent pas changer afin d'entrevoir l'art floral, possible, de la liberté. Mourir à soi-même, étoile Filante, passagère, rejoint comète immortelle, enfin, je suis.

dimanche 7 septembre 2008

L'oeil dans le ciel

Ma faiblesse répond d'un assassinat, une trace de sang laissée quelque part dans le codage de mon histoire, certainement un accident durant la route de l'enfance. Il est des sensations personnelles qu'il est impossible de contrôler, tant la pression se veut forte, le chaos intérieur puissant. Trop d'humains sont laissés à l'abandon du syndrome de leur peur, mécanique névrotique néfaste emportant la totalité de l'être dans un opposé que le rationnel ne souhaite pas emprunter, alors que l'amour tend les bras tel un médicament, un remède autrement élémentaire dans son contenu, dans sa conception. Guérir n'est pas forcément ce que l'humain désire; souffrir il commande, il désire, il veut, il ordonne à ce rationnel impuissant, forces trop herculéennes ne pouvant lutter face à l'opposant imperceptible. Cette tombe dont le système neuronal, élargit la fosse du néant parmi les catacombes de ma mémoire, logiciel humain malheureusement fracassé sur les bases détruites de sa fabrication première, fissure de vie s'élargissant à chaque autocréation de problèmes, de conséquences houleuses en lieu et place d'embraser l'amour infini, c'est lui, c'est elle qui le décide, pourtant rien n'est fait. Un amour délaissé incluant, bien entendu, la patience, sans laquelle celui-ci n'est absolument rien, ou si peu.
Voilà. Je suis sous l'arbre de mon enfance, un joli poirier, j'observe les feuilles se balancer au gré du vent, emportant un peu plus loin ma mélancolie. C'est une belle image que je possède devant moi, elle détient une odeur de fraîche naissance, paradoxalement, elle humecte également de moisissure une fragrance de mort. Elle dégage un soufre certainement dû aux échecs de mon passé. Une panoplie des conséquences les plus imposantes influant sur un choix familial clair et précis, trajectoire empruntant une voie de célibat non désiré, encré dans l'indécision d'être seul ou pas. Que faire, solitude habitée, Aquila viens me guider, laisse moi traverser la Rome antique de mes rêves, le cul assis, visage aveuglé des flash plateaux TV, prétendre, casser, usurper, quel dommage ce meurtre sur soi. Qui faisons nous fuir avec nos attitudes suicidaires, si ce n'est l'harmonie d'un possible à deux, d'une paix globale de l'esprit qui partage. Seul, je meurs sous mon arbre. Cette brise me laisse un goût amer dans la bouche. Le voilà l'instant ou je prends conscience de mes fautes. Elles sont énormes, indigestes, je ne les désirais point, pourtant je les ai commis. Dingue. Cinglé. Tomber, se relever, recommencer, rechuter, puis sombrer, se relever, ivresse du visage ne savant plus ou aller. Aquila!
Je vois cet œil dans le ciel, il me contemple baigner dans l'état de panique extraordinaire ou je suis plongé, je désire l'œil, ce globe sacré afin qu'il me soigne, me chérisse, me guérisse à jamais, me prenne dans ses bras; enfin, m'étreindre sans discontinuer, reboucher les trous, les manques, ce qu'il ne fut point comblé. Iris, vient, amène-toi, enlève-moi. J'ai épuisé toutes mes cartes, j'ai besoin de toi. Choisis, ou tue-moi, mais ne me laisse pas geindre sur les dilemmes de ma propre histoire, j'en ai assez de fléchir les genoux. Déprogramme ma mémoire, reconstruit-moi à ton image, celle de la perfection ultime. Me voici, Iris.

Astronomie, nébuleuse, recueille-moi
Nébuleuse planétaire, abject objet
Pourtant si grande, pourtant si blanche
Enchérir couleurs, millions de pixels
Nébuleuse concrète, que fais-tu de ma vie?
S'accaparer, laisser faire, l'humain sous l'arbre fruitier
Réminiscence génétique
Balbutiement de l'enfant
Sortir
Puis
Pénétrer octave grégorien
Lyric latin, jamais ne t'abandonne
Ou sont-ils?
Délaisseurs de beauté, traîtres, spéculateurs
Authentiques hématomes humains
Celtique to Lugdunum
Vois, l'octave, va et vient incessant
Bouche matérialise, rythme des neums
Vomis l'aigreur de l'oubli
Remarquer s'accomplir l'homme
Disculper, brille alors ange céleste
Jamais cœur fermé ne perdure l'azur
Nébuleuse planétaire
Sujet astronomique
Basse résolution
Adjectif universel, lui attaché
Conserve uniformité historique
L'œil dans le ciel
L'œil dans mon orbe
Grandit quand croît silence
650hal nébuleuse Hélix
En particulier spectroscopique
Petite étoile, moins
… de huit masses solaires
Hydrogène, hélium, naine blanche
Cœur s'effondre, pression radiation
L'œil dans le ciel
Surveille sans limites
Enfant effacé paramètre
Sous l'arbre mélancolique
L'œil dans le ciel étudie
Dévisage potentiel possible
Libre futur
De l'enfant-adulte devenir

vendredi 5 septembre 2008

Le linceul du nom

Gusto. Et bien d'autres, dont je tairai l'existence passée présentement, remontent à moi telle la nostalgie d'une vie déjà achevée. Et le temps brisa en moi l'existence de ces fausses identités, et le vent vint me caresser le visage, perturber cette errance, me redonner en conséquence ma vie de toujours, perdue milliers de lunes durant, dans les travers de dénominations propres, comme il en existe tant pour des gens en quête de chemin. Bien avant la route de cette fausse honte, d'une timidité maladive. Commençant à percevoir les prémices de cette nouvelle naissance, je ne renvoie rien, la mort crée son trou béant dans la perte du faux nom, la place qui lui revient, qui lui revient ce jour. Il y a un temps pour tout, celui de CAPPAERT, vit maintenant sur le cauchemar de la planète, avalant pleinement les enjeux de ce siècle, ingurgitant la façon dont on choisi une vie, une condition, une ligne conductrice pour tous les réveils des matins restants. Je te demande pardon mon nom de t'avoir offensé, de t'avoir dissimulé toutes ces années. Cela avait démarré à l'école, je m'en souviens, par des humains peu respectueux de la texture de la syllabe, me renvoyant à mes premières névroses, trop jeune pour pardonner à cette foule spécialiste, honteuse de la perfection de l'épellation.
Je pars, personne ne me rattrape.
Si!
Du moins la fine fleur de ceux m'ayant conduis sur le pèlerinage du changement. Les réservés, les humbles m'ouvrant le nouveau moi ou le moi de ce temps, en effet, chaque âge pour son époque, accueillant chaleureusement, cette nouvelle tribu qui cherche authentiquement à percer le secret de l'étymologie de ce nom, de mon nom, portant les autres, artifices superficiels, dans le linceul mortifère de l'enfant psychologique débile propriétaire du faux nom, délivrant vie à/sur l'adulte, désirant grandir intimement dans le cosmos ouvert de son âme, y incorporant la densité de ce que tout ceci représente. La qualité d'une respiration continue apaisée, ou la vie diffuse à chaque seconde écoutée avec son cœur, une clef, un indice. Le bruit, le laisser à sa place, chercher le silence, c'est chercher la paix. C'est tellement grand, gigantesque, de restaurer son identité, tendre une main et ne plus trembler sous la pression de son intimité propre, de la particularité de son nom, la façon de le prononcer et d'accepter toutes les erreurs commises avec grâce, par la nouvelle foule cherchant honnêtement l'ami. Que la puissance du nom retrouvé est grande, magnifique, lorsque les projets de celui-ci fermentent à l'intérieur. J'ai tué les faux noms, j'ai mis dans le linceul l'enfant psychologique avec toutes ses débilités, afin de garder du chérubin, l'intelligence, la sensibilité ainsi que le trésor du nom CAPPAERT ayant pour mission d'être pleinement découvert une fois la boucle achevée. Je ne crains pas, j'endure, c'est différent. Les débilités de l'enfant étaient nécessaires certes, pourtant incompatibles avec l'homme mature. Une légère ouverture afin de le laisser s'établir dans un processus de découverte et de durée, alors celui-là établit son territoire gardant une place chaude pour l'enfant lumière qui sera réhabilité, dans la juste position de l'amour.
Dans CAPPAERT, des générations, une lignée. Dans CAPPAERT l'intimité cellulaire des grands parents, le vouloir et le pouvoir des parents. Divergents. Comment accepter aujourd'hui d'être nommé, untel ou cela, pour le plaisir de la débilité. J'ai remarqué au combien j'avais été masqué par ces négligences, ces tolérances malsaines, pour paraître, faire plaisir, nonobstant, celles-ci, aussi petites fut-elles, formèrent des années, le débile intégral, cette fameuse gestapo n'ayant rien à faire dans le territoire cérébral, physique, au delà du tout de l'adulte. C'est dans CAPPAERT que je vis aujourd'hui, c'est dans CAPPAERT que je cherche, c'est dans CAPPAERT que j'exulte et pleure les larmes des dégâts causés, encore non expiés. Dénigrer son nom, le dulcifier, tergiverser, lui faire un fuselage sous commande, laissez les autres en prendre possession relève d'un égarement colossal, l'assassinat de la totalité de son héritage. La plus grande puissance est de dépasser cette géométrie de l'être et non pas rester dans sa mathématique limitée. J'ai compris maintenant. Pardonne-moi identité source, aujourd'hui, je lutte, je vis.

mercredi 3 septembre 2008

Rosa

Regarder, de mes mains broyer l'anarchiste
Vois l'éloge, Aquila toi mon pôle
Observer génies, lorsque rideau d'azur décline
Coucher du créateur, toujours repose sur l'homme
Sicily Hitman développe style
Peindre rayons de flammes, observer la nature
Peindre principes, angles du beau
Peindre jusqu'à perdre haleine
Marche militaire en moi sommeille
Discipline du tirailleur, commencé par là, j'ai
Fantassin de l'art Divin
Découvrir plénitude de mon astre intérieur
S'émouvoir de la rose, elle sanglote à l'aube
Genre Rosa, développe mon Eden
Genre Rosa, encre moi au souterrain de lumière
Passer sa vie sur un Avé
Prendre soin de mourir droit
Aligné dans son être, façon paléontologue
Remercier négation, base de résurrection
Rendre grâce pour le vil, oui, le méchant
Sache, qu'en secret, Rosa, insomnie pour nous-même
Siège collé, cocsic usé, montant rêveur du perdant
Défier flammes de l'enfer, ordonner, agripper position
Inondation des pores, averse salvatrice
Alors qu'anges rebelles poursuivent déclin
Rosa, Mademoiselle, suit son chemin
Pèlerin de l'univers, je me suis transformé en bouton, une rose, rien de moins sacré, je sais, égocentrique de la mère florale, puisse l'œil de la divinité observer les villes en combustion, dépérissant sous nihilisme aveugle, relativisme rompant d'élites inexistantes.
Rosa tu sais.

Suicide

Alors que je déambulais dans le long couloir de l'église, des évènements me revenaient par bribes, la voix continuant avec assiduité son travail intérieur, mêlant mes entrailles à un discours viscéral, lié à ma chair, dans une atmosphère jusque-là jamais perçue. Le sentiment que je ressentais me parvenait en paroles et en termes, mais c'était en mode absolu compris par mon physique, une sensation éprouvée qu'il était extrêmement difficile à délivrer en mots. Cet écho était lui-même une sentence, un verbe, une conjugaison tellement difficile à retranscrire, plongeant la totalité de mon être dans un mystère métaphysique des plus incroyables. Je progressais, et ma mémoire se régénérait, je mêlais mon corps en mouvement à celui d'Alexandre et de Joseph, devinant les pas d'Irina derrière moi. J'incorporais cette parole venue se glisser depuis le moment où j'avais repris possession d'un certain pourcentage de mes moyens. Je me souvins d'Aquila, l'aigle royal, de Mikhaïl, arme fidèle, des débiles et des flaques d'hémoglobines, bande de fous envoyés par la gestapo pour me punir de je ne sais quelle transgression. J'avais dû me défendre, je les ai tous tués, c'est ainsi; je me souvins également de ma mère et cette réminiscence fut celle qui me fit le plus souffrir, cette nostalgie jouait à merveille son rôle, appuyant à son tour comme une balle dans mon cœur, ce cœur usé, fatigué, martyrisé, malgré son très jeune âge. Toutes ces images me revenant, agissant par séquences, je m'en remémorais la présence par le son du phonème vibrant à l'intérieur de mon organisme, une pure étincelle cherchant à m'introduire avec un territoire qui m'était jusque-là inconnu. Pourtant, j'avançais avec confiance, éprouvant de la douleur certes, mais convaincu, me laissant aller, je suivais tout ce petit monde sans contredire, commençant à être assuré de ma présence dans les lieux vibrants de la lumière éternelle.
Ce qui me revenait n'étant pas des plus agréables, je craignais même comme la peste, une certaine confrontation de mon passé, un sentiment bizarre se construisant petit à petit m'ouvrait à cette sensation neuve, collecte de pixels dont je redoutais d'en connaître la teneur, l'exactitude des actes, déterminant sûrement la raison pour laquelle j'arpentais ce couloir en drôle de compagnie. C'était encore flou, il fallait se remémorer que j'avais huit meurtres sur le dos et j'étais pour cela passible de la peine capitale, ce qui en France ressemblait à de la perpétuité sous certaines formes, une littéralité dans le mot qu'il ne fallait pas, pour le moment, prendre à la lettre, c'était peut-être ce sentiment qui oscillait en confusion à l'intérieur.
Etait-ce pour cela que les moines me cachaient, avaient-ils vraiment conscience de l'acte irréparable que j'avais commis, j'en doutais fort, mais néanmoins, ma folie avait un lien avec ma présence dans les murs sacrés. J'en étais maintenant persuadé.
Puis, un geste dégueulasse remonta d'un jet, taisant la parole, j'eus envie de vomir, mais continuais de marcher, une sensation de déni, d'abandon, de lâcheté, c'était incroyable et cette pensée me faisait extrêmement mal. J'eus l'impression un moment que mes trois gardiens remarquèrent mon mal être, et, si c'était le cas, ils n'y prêtèrent guère attention, continuant notre progression vers un lieu inconnu. J'emboîtais le pas difficilement, telle une machine obligée. À présent, j'avançais avec difficulté. Je marchais et souffrais quand une image redoutée, inconnue, vint me frapper, bouleversement puissant en pleine poitrine, droit au cœur, au cortex et au psychisme, faisant exploser mon âme. Je me contemplais, moi et un revolver, un flingue, ce n'était pas Mikhaïl, loin de là, et je vis ce geste horrible, d'un désabusement des extrêmes, lorsque je m'aperçus, envahi de toute une détresse, retourner l'arme contre moi.
J'arrêtai la marche, les trois aperçurent alors mon âme statique, tétanisée d'effroi.
- Viens, n'aie pas peur, suis nous. Je sais Fils, fit Alexandre, puis il me posa la main sur l'avant-bras, et soudainement la paix réapparue, plus belle, plus limpide que jamais, m'incarnant dans la réalité du présent. Je pris un choc, il l'apaisa de suite, combattant les résidus de mon image en train de se faire exploser la tête. Marcher, suivre les trois, ne pas réfléchir, continuer d'avancer. Les quelques mètres que nous avions parcourus depuis ma chambre, me paressait des milliers de kilomètres, n'ayant plus aucune notion du temps et de mesure.
- Je… essayant de murmurer quelque chose.
- Viens fils, n'aie crainte, nous sommes là, nous allons t'expliquer, Sauveur, ça va?
- Oui, hiéromoine, je crois… je me suis… Il me coupa avec douceur.
- Je sais fils, allons-y.
Puis nous avons poursuivi notre mouvement, nous l'avons continué jusqu'à cet endroit, où j'avais rendez-vous avec les chemins de la vie, celle censer ressusciter l'être perdu, en mal d'amour qui avait muté en folie, en nébuleuse obscure dans laquelle je crus un moment qu'elle était un bienfait pour l'humanité. Alexandre ouvrit la porte, nous pressant de pénétrer à l'intérieur de la pièce, je plongeai à présent.

mardi 2 septembre 2008

Rendez-vous

Je les observais sans dévier de leur visage, je contemplais leur forme pour bien enregistrer visuellement à qui j'avais à faire si jamais je devais me retrouver en fuite, éventuellement consolider un témoignage nécessaire en vue de leur interpellation. Je me faisais les films d'évasions les plus fous, des scénarios imprévus en lieu et place de me laisser guider, c'était bien les ordres de cette force intérieure dont je contestais les requêtes, me demandant de la suivre, de lui faire confiance, de me laisser aller dans ce chemin non désiré.
Alexandre poursuivit sagement, la voix calme et posée, l'intonation propre et lumineuse, solennelle et professorale, me tirant avec toute sa douceur de la dose de paranoïa dans laquelle je sombrais progressivement. Il continua, établissant les contours de ce qui m'attendait, l'explication pour lesquelles je me trouvais ici.
- Viens Sauveur, nous avons rendez-vous!
- Un rendez-vous, fis-je interloqué, surpris, alors que la voix me travaillait au corps, dans une douceur infinie, me sollicitant par un "il faut y aller, aie confiance".
Je ne ressentais aucune force physique supplémentaire pour les suivre, cependant la résonance intérieure se faisait plus forte, plus douce également.
Quel étrange paradoxe murmurais-je intérieurement, quelle drôle de situation dans laquelle je me retrouve maintenant, quel prix avait donc ma vie pour subir les assauts de la déraison, quand serais-je en contrôle me demandais-je, en contrôle sur ma vie.
Une fois de plus, Alexandre, le guide, le hiéromoine, le clairvoyant, lu dans mes pensées.
- C'est bien de cela dont nous désirons te parler cher Sauveur… il insista… cher Sauveur Benelux. Nous voulons t'inviter à un voyage Sauveur, fit Joseph de concert.
- Laisse nous te montrer les chemins de la vie, Sauveur, les chemins de ta vie, viens, suis nous, nous avons rendez-vous.
Puis, ils prirent possession devant la porte, Irina m'invitant au voyage, m'extirpant des capacités de visionnaire d'Alexandre.
- Où, où allons nous, dis-je avec une voix frêle, presque sismique, alors que la douceur m'envahissait totalement, une douceur mêlée à de l'effort, comme si elle me titillait, me demandant d'aller la chercher à travers cette audience avec trois personnages surveillant ma vie depuis… depuis, je ne sais combien de temps. Effectivement, je ressentis qu'il fallait la rechercher et en même temps, la mériter, que la voix avait une connexion avec les évènements. Me raconter les chemins de ma vie, que tout cela était étrange, me dis-je avec confusion. Puis, je me contentai d'obéir, désirant en savoir plus sur les trois personnes me pressant le pas pour cette fameuse réception avec ma destinée. J'avais envie de leur crier de m'emporter, de m'expédier loin, infiniment loin de cette planète et des turpitudes de l'esprit, celles de ma mère, de l'aigle royal, de Mikhaïl ma protectrice et de l'assaut avec les débiles, la gestapo sordide, dont l'événement sanglant se trouvait déjà extrêmement distant. Je n'avais plus de temps pour penser, plus de temps pour plaire, me plaire, chimère de bonheur anéantie depuis des lustres, je progressais tranquillement suivant la voix, j'obéissais maintenant. Dans la démarche qui me menait à traverser la porte pour m'immiscer dans le couloir de l'église des trois saints docteurs, je fis en un éclair le parcours de ma vie, une invasion d'images et de sons m'ayant traversé plus vite que la vitesse lumière. Je contemplai en une fraction de seconde mon existence et j'y vis plusieurs choses, dont la principale tenait en un mot.
Traumatisme.
Alexandre et Joseph me devancèrent, Irina referma la porte de ma chambre puis suivit. Ça y est. J'étais dans le couloir magnifique aux murs tapissés d'icônes religieuses illuminées par des cierges aux flammes tranquilles. Je me laissais aller à ma destinée, laquelle, je n'en savais absolument rien, je soutenais simplement le pas, faisant confiance à la voix, malgré le tueur que j'étais, avais pu être, serais, n'étais pas ou plus. Je ne savais point, tout était flou, confus, mémoire livide de mes souvenirs, j'allais au rendez-vous, à l'audience des chemins de ma vie, escorté par le triptyque des humains en lumière sur mon cas, persistant dans l'interrogation concernant leur existence, la mienne et celle du monde.

lundi 1 septembre 2008

Révérence

Je ne pouvais affirmer avec certitude où le regard du milieu vint se placer dans la violence d'un assassin, dans quelles mesures celui-ci perdait son sang-froid et exécutait froidement, sans pitié, le regard vide de quelque compassion censée irriter un frisson de regret le parcourir le long du corps, lorsque la main se rabat, ou reste tendue, constatant les dégâts, sollicités ou non. Il y a les meurtres à la petite semaine, de style hépatique, d'autres plus violent de type neurasthénique, le tout se regroupant en une forme de cancer ayant envahi l'âme quelle que soit la circonstance. La motivation de celui qui tue, de l'homme qui décide à un moment donné de son existence, de s'exprimer intérieurement pour le mauvais choix, la décision fatale qui le touchera lui et ses proches, lui et sa, ses, victimes, lui et sa conscience à perpétuité, au moment de faire résonner cette voix, vibrant dans la chair exprimant un "je tue"!
Non, je ne pouvais ressentir pleinement la sensation de l'assassin là où je logeais, dans cette pièce froide tamisée par le soleil dont les murs étaient caressés sans cesse par le vent. Je pensais à ma mère et me demandais où pouvait être les acteurs qui m'avaient soulevé de terre, du marbre, sur lequel j'étais hier allongé avant de sombrer une nouvelle fois. Je ne savais absolument pas pour quelle raison étrange, je me mettais soudain à penser à cette violence, mais disons que j'étais plus en alerte sur la façon dont le mal s'immisçait à l'intérieur des hommes et des femmes ayant déjà tué. J'essayais de déchiffrer comment l'affliction pouvait si aisément captiver tant de regards humains, pourtant destinés à bien d'autres mécanismes, bien d'autres douceurs. J'eus un spasme, un serpent invisible me parcourant le squelette, lorsque le loquet de la porte s'ouvrit, faisant grincer les bois du parquet déclenché par les pas d'une petite troupe pénétrant dans ma chambre.
J'avais reconnu le hiéromoine Alexandre, Joseph et Irina, toujours sans aucune indication sur leurs identités complète lorsqu'ils envahirent la pièce.
- Pax sur toi l'ami! clama d'une voix forte le petit homme, le prêtre Joseph, je n'en savais encore rien, ou j'avais oublié, sachant que ces trois-là restaient pour moi, de véritables mystères. Je ne possédais aucune explication quant à ma présence dans ses murs, ni pourquoi j'avais été séparé d'Aquila et de Mikhaïl, ni de mes cures de sommeil à répétition.
Me droguait-on, devais-je craindre pour ma vie?
J'étais dans le flou le plus total lorsque Alexandre le hiéromoine s'exprima.
- Nous t'offrons cette révérence cher Sauveur, bienvenu à l'Eglise Cathédrale des trois Saints Docteurs, tu es à Paris et nous allons t'aider à te soigner, à assassiner en toi les maux les plus astronomiques t'ayant envahi. Et les trois s'abaissèrent devant moi, se prosternant dans une mimique bien huilée, ensemble, sans faire un pli, avec une justesse dans un geste extrêmement précis.
L'annonce de leur carnaval me frappa au cœur, j'étais en danger, j'en étais sur maintenant.
- M'aider à me soigner, répétais-je sur un ton vraiment hautain et dédaigneux.
Je fus surpris de la compassion qui traînait dans leurs réponses, et cela démarra avec Alexandre le hiéromoine, puis Joseph et enfin la secrétaire Irina. Une diatribe dont je me souviendrai toute ma vie, englobant tout le parcours de mon existence, bien avant ma mère, bien avant les huit meurtres, les débiles et la gestapo, puisqu'elle conditionna, en ce lieu, entouré des représentants du culte, mon futur à jamais.

dimanche 31 août 2008

Rencontre

Journée calme aujourd'hui, quoique. On me proposa une réunion. Fin du débat par email. C'est ainsi que.
Merci. Bien à vous. Une rencontre? C'est la rencontre qui tue le passé et fait rentrer l'homme dans l'avenir qu'il soit ange ou démon; une fois dans le cul de sac, les dés sont jetés, attendant une réaction de notre part pour concrétiser ou se sortir du pétrin. L'épreuve...
Tout à fait. Toute rencontre est épreuve, aimer donc le collaborateur de ce rendez-vous, avant que nous eussions descendu l'escalier de la déconfiture ensemble portés par le fruit du mal, ne pouvant réagir, voir à l'inverse, transformer la rencontre en providence, afin de gravir seul, celui de la paix. Il ne tient qu'à nous, n'est-ce pas?

vendredi 29 août 2008

Le début

Je me réveillai dans une chambre austère, la lumière perçait à travers les carreaux de la petite fenêtre, venant envahir le sol sur lequel elle dessinait deux rectangles écarlates, la flamboyance du reflet se mêlant au parquet boisé du sol. Je compris tout juste que j'avais de nouveau sombré dans un sommeil profond, lorsque j'ouvris les yeux dans cette pièce à l'atmosphère froide, dénudée de toute décoration. Je découvris un lavabo accompagné du nécessaire de toilette primaire, un petit bureau rectangulaire se tenait juste à côté de la faïence, dessus, une assiette remplie de fruits multiples attendait que l'on daigne s'intéresser à elle, contre le mur du fond, une armoire en aggloméré terne trônait sur la rigueur du lieu, le lit une place sur lequel j'émergeai ressemblant à un plumard de cellule, était le dernier objet à compléter le carré dans lequel ma réactivation continuait d'agir. J'apparaissais au monde, dans un état de forme légèrement meilleur que la veille, ou l'avant veille, rayé de toute notion de l'espace et du temps.
Dormir, je n'ai fait que cela pensai-je; où suis-je, où sont les moines, les prêtres et la femme secrétaire?
Il était invraisemblable que je me récupère ici dans un tel état de médiocrité, après avoir parcouru des paysages fantastiques, escorté d'un aigle royal nommé Aquila, d'une arme automatique flamboyante, une Kalache, Mikhaïl la répétitive et me trouver séparé de ces compères m'ayant accompagné dans les contrées sauvages des steppes du mythique Caucase austère et magnifique. Le silence pénétrait de toute son épaisseur la chambre, le silence dépouillait toutes les extrémités de mon être, ne me plongeant nullement comme on aurait pu le croire, dans une certaine mélancolie désabusée, mais m'encrant les pieds dans le réel, m'incarnant totalement avec l'endroit étrange, mystique, dégagé de tout ornement superficiel, inutile dans lequel je me ranimai ce jour, rendez-vous étrange dont je ne connaissais ni la date, ni l'heure, humain dépourvu de tous repères chronologiques.

jeudi 28 août 2008

Le hiéromoine

C'était juste une semaine après mes trente et un an, je m'en souvins comme si c'était hier. Oui, la résonance de ses voix rodait encore dans l'espace, me ramenant d'entre les morts, me délivrant de tout milieu, de cet entre-deux dans lequel j'avais demeuré, flotté, concentré toute l'interrogation sur cette solitude prisonnière, celles-ci m'avaient arraché à la transition et je les entends encore se manifester; plus que cela, je les sentis me pénétrer une ultime fois depuis cette période qui changea le cours de ma vie, la semaine qui succéda l'anniversaire de mes trente et un ans, le dernier que je devais célébrer avec les miens. C'était il y a bien longtemps et je m'en évoque le souvenir comme si c'était hier.

J'entendis des bribes de voix légèrement éloignées, puis, lentement, celles-ci se rapprochaient en douceur, je me sentais émerger, sortir, m'échapper, revenir. Aidez-moi, aurais-je voulu crier.
Ce n'était pas un bruit, c'étaient des parties de sons morcelées ressemblant bizarrement à un mauvais enregistrement, une vieille VHS larmoyante, faisant ressentir son piteux délabrement. Dans l'état dans lequel je me trouvais, il n'y avait pas encore de place pour la certitude, c'était étonnant, me considérant telle une machine répondant aux sons venant flirter en boucles avec mon ouïe dévastée. Je reprenais le dessus, certes, mais j'étais encore dans cette phase d'indécision quant à mon identité et ne savais encore rien du lieu où je me trouvais. Je me calais sur les exigences du réveil de mon être, il n'y avait rien de plus à faire pour le moment; de toute façon, je ne pouvais que me laisser aller, décrypter tant bien que mal les voix, et cette tâche était déjà, amplement suffisante. Voilà, c'est ainsi que je revins à la vie, c'est ainsi que tout changea radicalement, lentement, que je me remémorais à nouveau ses murmures.
Ou suis-je, qui, qui êtes-vous… on verra plus tard concernant mon identité, l'administratif. Mais alors, je... je n'étais donc pas mort…
À défaut d'y voir nettement, de façon dégagée, je me dirigeais au son, comme l'aveugle imaginant un nouvel itinéraire, dont le chemin se dessinait à l'intuition et au sens, sémantique de survie à incorporer par le cerveau du non-voyant. J'appelais, j'épelais, dépendant comme un enfant, je pleurnichais intérieurement tel un animal vaincu. L'olfactif se remit en action, je décelais une odeur d'humidité, mêlée à de la pierre et du marbre plus que centenaires, de l'encens également, puis, le brouillard commença à se dissiper, le flou s'évadait comme un retour de fond d'œil, je commençais à entrevoir des silhouettes, à deviner le plafond qui s'avérait être assez élevé. Je vis sur ma droite, une silhouette noire, des contours humanis se dessinaient progressivement, puis, une deuxième silhouette noire à forte corpulence se rajoutant à mes premières impressions visuelles. Il me semble que sur ma gauche, un corps plus frêle et de petite taille semblait désigner le sexe opposé, des dizaines de petites flammes ondulaient autour de moi, éclairant des rectangles et autres mosaïques dont le contenu flou m'était encore étranger à discerner. Un panel de couleurs prenait position dans mes orbites et le travail de convergence-divergence, renouait avec sa mécanique, comme elle n'en avait jamais perdu le rouage. Tout doucement, les éléments se mettaient en place et les apparences devinrent deux hommes et une femme, les lueurs des bougies, les rectangles et les fresques, des icônes extraordinaires. J'aperçus un homme de taille moyenne avec une longue barbe poivre et sel, des cheveux très longs, des yeux marron très puissants, vêtu d'une aube noire, une croix à huit branches reposant sur le haut de son abdomen. La deuxième personne, à la carrure athlétique, avait l'air plus jeune, aux alentours de la trentaine, voir moins, superbe dans une aube noire également, avec des orbites bleu azur translucide. Je commençais parfaitement à visualiser l'espace, le lieu, dans lesquels je me réveillais sortant de mon anesthésie chimérique. Je vis la femme, dans la trentaine elle aussi, en tenue de secrétaire très discrète, avec un crucifix huit branches également. Elle était petite, menue, non pas quelconque, bien au contraire, laissant entrevoir un caractère féroce malgré la douceur qui sortait également de ses orbites noisette.

Il y avait trois humains daignant s'enquérir de mon cas ce jour-là, et lorsque je me réveillai, je contemplai la tranquillité incroyable, dégagée de cet environnement fait de beauté cultuelle et de chair humaine. Mes iris jouaient avec les flammes des candélabres, je pris le temps de bien assimiler les visages des êtres m'entourant, l'homme athlétique avait la main posée sur mon épaule droite pendant que la jeune femme me tenait la main gauche, dans un geste de douceur et de délicatesse infini. J'observai aléatoirement les environs, il n'y avait pas d'aigle, je ne voyais plus Aquila, encore moins Mikhaïl, je ne flottai plus, et me trouvai allongé, ma nuque redressée, certainement soutenu par une couverture, un coussin, ressentant peut-être du velours, du tissu sous la tête. Ma contemplation de l'espace se poursuivit quelques secondes, il n'y avait aucun doute, j'étais dans une église et il n'y avait également plus trace de montagne m'entourant d'un panorama fantastique. Enfin, je murmurai une phrase, quelque chose, j'osai. Je n'avais rien à perdre car je ne comprenais vraiment rien de ce qui m'arrivait. À la rigueur il eut mieux valu que je reste dans l'inconnu et le mystère, enfin, je compris de suite que les humains m'enclavant, les moines, la secrétaire, au regard de leur attitude compassionnelle, étaient bien là pour un but, un principe. Je n'avais pas dévié, ni atterri ici par hasard. J'ouvris la bouche, j'osai, je n'avais plus que ça pour le moment en guise d'expression; baigné par le balancement des cierges, il fallait que je me lance.
- Ou… ou suis-je?
- Gloire à toi Seigneur fit l'homme plus jeune, ou le prêtre, en me fixant de ses globes lumière.
- Il est bien prêtre me fit le colosse barbu, ayant pénétré mes pensées, les ayant anticipées et lues comme une IRM visualisant parfaitement les contours du cerveau.
- Comment est-ce possible, grommelais-je!
- Rien n'est impossible au Seigneur, Sauveur…
Sauveur, je me remémorais maintenant, c'était mon nom, Sauveur, oui… Benelux.
- J'essayai de bouger, déplacer un membre, mais mon corps ce fardeau, me semblait peser des tonnes, me sentant également comme aspiré par le sol, sur lequel ma chair reposait de toute l'interrogation de son existence.
- Imiaslavié… dit dans une grande profondeur, le barbu à la quarantaine bien dépassée.
- Comment connaissez-vous mon nom et… que fais-je donc ici?
- Imiaslavié… répétèrent maintenant en chœur, les deux silhouettes aux aubes noirâtres.
- Plus tard fils.
Fils, bizarre que tout ceci, pensais-je. Ils m'aidèrent à me redresser, ce qui me permis d'admirer la beauté de l'intérieur de l'édifice, nous n'étions que tous les quatre, personne d'autre à l'horizon ne semblait se recueillir. Je m'interrogeais en profondeur sur ma présence dans ce temple, dans un apparat des plus sommaires. Un vieux jean Levi's, une paire de Reebok usés, un t-shirt blanc et une veste polaire me gardant pleinement au chaud pour le moment. Je dévisageais du coin de l'œil mes trois samaritains, si seulement ils en étaient, car j'étais dans la méfiance totale, ayant perdu le fil de mon histoire personnelle au sujet de ces silhouettes, malgré tout souriantes, mais jusque-là inconnues dans l'historique de ma vie. Néanmoins, je me souvins du rêve, ou de la réalité que j'avais éprouvée. Aquila, Mikhaïl, les steppes du Caucase. Je méditais, contemplatif.
- Qui êtes-vous, m'exclamai-je enfin!
Un silence intervint, bref, succinct, suffisant pour entendre les présentations de mes nouvelles têtes.
Je suis le hiéromoine Alexandre et lui c'est Joseph, il est prêtre. À ta gauche voici Irina.
J'écoutais le dénommé Alexandre introduire ce petit monde, j'observais, sondais.
Alexandre, Joseph et Irina comment… demandais-je, dans un air presque hautain, comme s'il était naturel, selon moi, de connaître immédiatement leur identité complète, leur réponse suffit à amplifier ma parano, m'explicitant de rester sur mes gardes.
Les deux hommes, soudain, s'esclaffèrent, m'achevant de leur certitude. La jeune femme gardant son regard rivé sur moi.
- Ah, Ah! Cela n'a aucune importance, de toute façon, ce n'est point pour cela que tu es ici, le ton divergent vers une noble fermeté pour ces derniers mots.