Archive pour la catégorie ‘Monde’

La grâce de Jessica Watson

Dimanche 30 mai 2010

ELLE ET LUI

Long de 10,23 mètres, le «Ella’s Pink Lady» de Jessica Watson* boucle son tour du monde le samedi 15 mai 2010. Elle franchit la ligne d’arrivée de ce qui fut son abscisse de départ 210 jours plus tôt. Ce jour-là, une clameur de fierté et un respect démesuré envahissent le port de Sydney. Elle est revenue, étalant sa candeur sur le corps défait de l’impossible. C’est la source de la grâce incarnée dans une demoiselle. Ici, point de féminisme de comptoir à la « Ni Putain Ni contrainte.». Il y a le vent et la mer, la colère et la mansuétude. À l’intervalle de son allure déifiée de petite sirène, le monde hurle, politise, tempête, se tabasse, s’invective. Il règle ses comptes en mollards et kalachnikov entre les tangentes des crépuscules ébène, ayant perverti les neurones d’humains à 2 d’tension. L’hostilité moderne concourt à penser que la beauté est liquidée. Pourtant, des sillons creusent les chemins de l’infinie grandeur de la péripétie humaine. Il s’agit d’elle qui traverse l’océan au milieu du bordel sans nom. Elle trace sur le liquide marin tandis que l’homme se casse la gueule. Un sacré bougre au cerveau-braquemart tendu comme l’accélérateur enfoncé à bloc d’une Renault Tunning. Il se meurt. Elle est femme du salin.
Elle affronte les vagues et les marées, cohabite avec rorquals et cétacés, tempêtes et reflux de houle. Tandis qu’elle traverse le grand bleu en accomplissant ce geste du rêve devenu réalité, l’ADN de la médiocrité grave son mal sur le glaive de l’éternité. Au final, deux camps seront établis : la beauté et la souillure. Le monde dartre est une communauté qui périclite. Elle n’est pas de cette caste. Elle est une barcarolle des ondines, une souveraine embrasée. La contempler, c’est étudier la sauvegarde de l’individu. Celui-ci a brûlé tous ses jokers. Il se sent partir comme une complainte sucrée le happant à l’intérieur d’une des divisions du cimetière communal de sa ville natale. Il est le pithécanthrope moderne. Un lien hypothétique entre le singe et l’homme. Une chose lui est suppliée : crever où s’extraire de son affreux coma. Perdu, ce triple con désire des modèles. Son espoir final : se transcender. Sa conversion passe par un quantum d’énergie, un photon dans sa crasse. Une coruscation discrète sur le purin de sa déchéance. Reste tranquille camarade, voici ce que tu foires chaque jour de ta vie merdique, néanmoins… qui veut peux. Une route ? Une gifle à la Lino Ventura dans ton tube cathodique cérébral ? Non… un Cap… et elle!
Ici.
Remercie.
Rends grâce.
JESSICA

Voici le voilier halluciné de Jessica Watson et son culot monstre. Sur la coque est inscrit : «Ella’s Pink Lady». C’est un hommage. Partie le 18 octobre 2009 de son Australie natale, cette adolescente vient d’accomplir une performance phénoménale. Soudainement, elle extrait l’homme de sa léthargie, réinsufflant un peu d’air frais au sein de l’existence pathétique de ce dernier. Trois jours avant son 17e anniversaire, elle devient ce 15 mai détentrice du record mondial de la plus jeune personne ayant effectué un tour du monde en solitaire à la voile, sans assistance et sans escale. Un périple de 7 mois, soit 210 jours en mer, avec quatre semaines d’avance sur le programme prévue des 23.000 miles nautiques. Que fait-on aujourd’hui à seize ans, mis à part traîner sur des scooters à la con qui émettent un bruit à la con ? Que fait-on, hormis des apéros Facebook d’alcoolos aux sourires niais et subversifs ? Si seulement ces robots pouvaient sonder leur pourriture, et déchiffrer qu’ils ne sont nullement les nouveaux prototypes de l’émancipation. Indépendantes sont les mèches des cheveux de la jeune fille de la mer. Insoumis est le vent qui poussa son « «Ella’s Pink Lady» à bon port après un périple extraordinaire. La pérégrination somptueuse d’un rêve fou et démesuré, donc réalisable. La structure visuelle de son imaginaire ardent.

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Seize ans et un tour du monde en solitaire, sans escales et sans assistance. C’est toujours bon dans la cacophonie contemporaine. Jessica Watson entre dans l’histoire. Une adolescente opiniâtre et téméraire, qui sans folie n’aurait certainement pas achevé pareille entreprise. Mais après les tourbillons et les orages marins qu’elle a subis lors des passages cruciaux de son tracé nautique, l’administratif-monde abattra son éminence sur l’élévation spirituelle. Le contrecoup de la Fédération Internationale de la Voile ne reconnaîtra pas ce record, l’âge minimum étant de 18 ans ; Jessica étant déjà hors norme pour le Journal Officiel et ses racontars. Une telle prouesse était jusqu’à présent détenue par un jeune Australien, Jesse Martin, qui avait réalisé le tour du monde en 327 jours en 1999, à seulement 18 ans. Too Bad, she rocks !

DREAM
Son rêve. Elle ne désirait pas posséder une Ps2 ou une Wii, mais faire le tour du monde à la voile. La jeune Australienne parcourut en moyenne 110 milles nautiques par jour. Elle a notamment dû faire face, durant sa promenade - soit un peu plus de 40 000 kilomètres - à une mer particulièrement démontée avec des creux de 10 mètres au sud de l’Australie. Des aventures qu’elle commentait régulièrement sur son blog, à l’intérieur de son voilier S&S (Sparkman and Stephens) 34, rose high-tech. Il faut maintenant espérer que les fonctionnaires soient infectés d’une dose de souplesse et homologuent cette performance. Pour autant, il ne faut pas oublier les préparatifs compliqués d’avant départ, où elle eut une collision avec une autre embarcation. À l’époque, l’Etat du Queensland (dont elle est originaire) ne voulait absolument pas la laisser partir. Après des négociations acharnées, elle obtint son bon de sortie. À son entrée dans le port de Sydney, la liesse incroyable du public fut au-delà de tout ce qu’elle eût pu jamais imaginer, affirma-t-elle, juste après avoir posé de nouveau les pieds sur la terre ferme. Ses parents, Roger et Julie, mais aussi le Premier Ministre Australien Kevin Rudd, l’accueillirent avec la foule, fière de sa nouvelle icône.
Seize ans.
Respect.

Une fois le fabuleux et le légendaire achevés, le public fait maintenant sauter les serveurs du site Internet ainsi que la page Facebook de la farouche skippeuse. Les visites ayant explosé depuis son retour au pays. Elle y raconte ses péripéties et impressions, mais ceci relève du zieutage et du fan-club. Il est préférable de rester concentré sur sa frêle personne, qui apprivoisa des flots démontés et des mers d’huiles sept mois durant. Furie et persévérance. Une biographie va éclore très rapidement. Cette frénésie de l’exploit va muter en commercialisation incontrôlable et autres publicités plus ou moins idiotes, qui rapporteront à l’intéressée, un sacré paquet de cash amplement mérité. À la finale, il ne restera que le dépassement génial d’une jeune adolescente s’arrachant pour réaliser ses rêves. L’achèvement d’un graphique déraisonnable qu’elle forma au préalable dans sa tête, en réponse aux instructions du cœur. L’antithèse d’un destin fantasmé sans bouger. Un adage collectif terrifiant pour l’individu lambda en quête d’une certaine reconnaissance. L’identification des hommes, à l’intérieur de cette société-machine transformant ses fils en boîtes de conserve dégueulasses.
Au rythme où l’histoire du monde se paraphrase d’innombrables complexités créées par le gus bipède, il est essentiel de se figer sur ces vaillances qui fracassent Satan et ses sbires, comme un Yokogeri de Ju-Jitsu explosant une mâchoire en un quart de seconde. Déçu du monde civilisé, il faut se tourner ailleurs. Peut-être s’agit-il de moins fréquenter l’homme pour rester en bonne santé ; partir à la rencontre de soi-même, se mettre en quête des éléments. La grâce de Jessica Watson n’efface en rien les débats inutiles sur la retraite à soixante ans, et la politique d’une nation démolie à la culture pinard et au football concept. Concevoir Jessica Watson, c’est imaginer Neil Armstrong et son pas surnaturel sur la Lune. C’est aussi visualiser l’époustouflant écrivain-aventurier, Sylvain Tesson,** et ses milliers de kilomètres à pied en solo, parmi le silence de son intériorité vagabonde, arpentant l’extrême rudesse du globe. C’est radicalement fuir une résonance qui martyrise les tympans d’êtres humains, ne cherchant qu’à s’arracher d’un protocole d’entrave à l’irréfragable liberté. Une libération insubordonnée comme celle des derniers jours de Syd Barrett*** vivant jusqu’à ses derniers instants une existence de peintre, qui vibra en lui toute sa vie en marge de la musique. Imaginer Jessica Watson seule au milieu de l’océan, sur son aquafibre dominant les flots et les vents allant jusqu’à 65 nœuds, c’est aussi se rapprocher du code-source de la délivrance incalculable. L’admirer lutter avec la haine des rugissants, le mat de son voilier à 180° immergé dans l’eau en pleine tourmente, c’est un procédé annexe pour exister et se mouvoir ici-bas. C’est prendre du recul en concevant peut-être à tort, que plus on se rapproche de l’homme, plus on éprouve de l’affection pour un clébard docile en quête de caresses. Heureusement, il y a des miracles pour tordre ce concept et rappeler que rien n’est peut-être perdu au milieu de cet immense bordel en phase terminale. Par conséquent, quittons les soins palliatifs. Dansons et rions avant l’Apocalypse sur l’Atlantide énervée d’une planète sacrément pétée du casque, mais d’où pourtant gicle encore quelque lumière. Un halo surpuissant comme la strie photogène de la jeune navigatrice australienne, qui relève l’homme et le désintoxique de son ennui mortel.

* Jessica Watson est la plus jeune navigatrice à avoir fait le tour du monde à la voile. Elle est Australienne et est âgée seize ans.
** Sylvain Tesson est un journaliste, écrivain voyageur et alpiniste français né le 24 avril 1972.
*** Syd Barrett (6 janvier 1946, Cambridge – 7 juillet 2006, Cambridge), né Roger Keith Barrett, était un musicien et peintre britannique.

Quel silence est votre ennemi ?

Jeudi 8 avril 2010

La lumière sur les cendres balaye les braises encore fumantes des corps calcinés de nos artères atomisées par l’absence. C’est sous cette configuration quelle se manifeste, de manière radieuse et paisible. Une carence trompeuse, inquiétante, horizontale, qui témoigne une fois encore de l’anfractueuse victoire de la mort sur l’innocent écartelé de nos trottoirs abandonnés. Les avenues gelées et grises délaissées par l’État. Tout est une question de distance, de perspective et de segment. De médiane, de parallèle et de tourment. Le conflit n’est point à l’extérieur de l’humain, mais il naît et règne à l’intérieur du bulbe des fous et ceux-ci l’expectorent de manière assassine sur le méconnu et le proche, l’ami et l’ennemi. Sur lui est délivrée une colère frénétique à l’image de la ville. Une rage gratuite, sans pitié et coriace. Les ADN plient et rompent. Le silence du déni est le traumatisme de ce troisième millénaire, sans oublier son prédécesseur brutal et féroce. La chute suivante se cristallise à l’intersection de l’avenue Paul Cézanne et de la rue Raoul Dufy à Aulnay-sous-Bois* dans le 93. On s’y engouffre armés d’une couronne de chrysanthème. Le bouquet des mômes décapités. Le tout est de se recueillir, de ne pas suffoquer, mais l’air est lourd et l’on se doit de quitter les lieux malgré cette sensation de pondération, qui laisse entrevoir quelque beauté émanant de cette zone boisée du nord-est parisien.

Il faut rapidement s’éloigner de cette aire et l’on se met en marche d’un pas fugitif. Le mental se fait agresser par les cris en sourdine, des spectres végétant au milieu de ces recoins sordides. Un décor qui pourtant n’en a pas le vêtement mais l’habit ne fait pas le moine… non, il ne le fait pas. Ce sont des hurlements qui agressent le psychique et se mélangent au contraste visuel de panneaux publicitaires, vantant les splendeurs d’une commune voisine par le titre de « Beau Sevran »**. Du marketing de rue mensonger masquant un département explosé. Il n’y a rien à faire et à interpréter de ce Beau Sevran mais il faut se tirer, point barre. L’endroit détient le pire. La dureté du silence amplifie cette damnation. Le calme complice qui astreint les défunts à se taire. Il est difficile de saisir ce qui a pu advenir à l’intérieur de ce périmètre condamné, camouflé au sein d’une jolie verdure, pour peu que l’on s’intéresse à ce bout de terre statique, à distance futile de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. La compréhension est bien le dilemme, et rien ni personne ne s’attardera sur l’homicide muet d’Aulnay, qui fige le flux d’hémoglobine dans les veines. Un récit pas assez mainstream, ni crossover, aucunement fashionable pour les arcanes d’un système verrouillé. Il fallait alors déposer l’ornement de cimetière, puis s’arracher à l’ancienne sans se retourner et ciller.
Les particules des pétales se renouvelleront parmi les limbes de la structure mortifiée, des angles parasites d’une ville dorénavant ensanglantée à jamais. Là-bas, aucune raison apparente ne laisse transparaître le moindre détail d’une scène criminelle encore non élucidée. À la périphérie, où jaillissent les rais d’un éclairage funéraire sur les centimètres malheureux de ce secteur tourmenté. Naître dans le béton ne relève pas de la télévision. La réalité est tout autre et il semblerait que l’enfant de Silverton*** l’a croisée et qu’il est mort seul dans le froid, au fond de cette glèbe coupée d’une avenue banale de la banlieue Est. Une voie qui longe un des parcs les plus importants de la Seine-Saint-Denis.

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Il arrivait de l’Oregon américain. Il en était parti le 21 septembre et devait y retourner le 5 octobre. Justin Little, jeune étudiant de 21 ans et féru d’histoire rêvait de visiter Paris. Il voulait voir le Louvre et le tombeau de Napoléon. Apparemment, des motivations complémentaires l’habitaient, dixit la police française soutenant que le jeune Américain venait pour intégrer l’armée. On mentionne la Légion étrangère.
Il avait atterri à Paris le 22 septembre pour réaliser « son rêve », puis Justin resta muet, son dernier signe de vie remontant au 24 septembre, indique encore la Police Judiciaire. Les parents du garçon donnèrent l’alerte le 5 octobre, inquiets de ne pas voir leur fils se manifester. Le corps de ce jeune homme d’une famille catholique très pratiquante a été découvert le 9 octobre à 16 heures, dans une zone boisée d’Aulnay-Sous-Bois, à des milliers de kilomètres de Silverton et sa contrée d’origine. Ce corps était en état de décomposition avancée, soutient une analyse post-mortem précisant que la mort s’avérerait plus proche du 24 septembre que du 9 octobre. Un ou plusieurs coups de parpaings sont à l’origine du décès, et de multiples fractures ont été constatées sur la boîte crânienne. Le passeport de la victime a été retrouvé sur place, mais son portefeuille avait disparu. Kevin Zade, le meilleur ami de Justin Little fut le destinataire des dernières nouvelles de ce dernier. Justin lui indiquait par email, qu’il passait « du bon temps ».

Comment s’est-il retrouvé là-bas ?
Des énigmes subsistent, mais il est assez simple pour un touriste de tomber dans un RER omnibus allant de la gare du Nord à Charles-De-Gaulle-Airport, en lieu et place d’un train direct plus rapide et sécurisé. Les cadrans incompréhensibles des liaisons RER de la station Gare du Nord, sont un véritable piège pour le novice nullement habitué aux rouages de ce quai à forte effervescence. Cependant, cela ne dévoile rien des raisons de la présence de Justin Little dans cette zone du 93, assez éloignée de l’Arc de Triomphe et des Invalides, dont il avait fantasmé les contours auparavant dans ses livres d’histoire. Le corps ayant été retrouvé le 9 octobre, il est possible que le drame ait pu se produire la journée du 5, date butoir de son séjour où il aurait dû se diriger vers l’aéroport. Il est également envisageable que Justin Little ait effectué ce jour-là une mauvaise rencontre, en s’étant le cas échéant trompé de RER. Il convient aussi de s’interroger au sujet du dernier email envoyé par Justin, à l’attention de Kevin Zade ce 24 septembre, et du silence total qui a suivi. De plus, l’analyse criminelle décrit une mort bien plus proche du jour de cette dernière correspondance cybernétique, ce qui invaliderait l’homicide aux alentours du 5 octobre. Le mystère reste entier. Seuls les éléments de l’enquête pourront un jour peut-être y répondre. Celle-ci à l’heure actuelle est toujours en cours. En cours également, est le déni médiatique dont sont doublements victimes les familles et les proches des Justin Little de l’univers. Les profondeurs d’un silence obséquieux.

Ce qu’il importe peut-être d’essayer de comprendre et de relater, c’est pourquoi l’assassinat d’un fils d’une « famille catholique très pratiquante », qui plus est, « blond aux yeux clairs » peut faire un semblant de page dans le gratuit Metro et une demi-colonne dans Le Parisien. Quel est le principe de taire l’épuration d’une civilisation ? Est-ce trop puéril de s’interroger ainsi ?
Au regard des silences radio du MRAP, de la LICRA et de SOS Racisme, associations subventionnées peu enclines à dénoncer le massacre d’un certain génome humain, il y a quand même matière à s’interroger. On est également en droit de savoir où se tapissent ces sélectionneurs de causes lors de telles exterminations ?
On ne peut également douter qu’un certain type d’information ne fait pas l’unanimité dans les dorures d’une bien pensance qui peu à peu se fissure. Il est certain aujourd’hui que ce triple verrou de l’intelligentsia en place, creuse les tombes des enfants de l’Occident. Une guerre en sous-sol est déclarée et ses objectifs sont incompréhensibles. En revanche, certainement omettent-ils qu’à l’heure de la belligérance, l’idée de tuer un homme devient illimitée et l’on sait pertinemment qu’une fois à l’intérieur de la guerre, il en restera toujours un autre à abattre.

L’inclinaison de la littérature est pure lorsqu’elle s’adresse aux âmes disparues des trottoirs délaissés de nos capitales éviscérées. La littérature s’adresse à l’enveloppe nord-américaine abandonnée au début de l’automne dernier, entre les fourrés compacts et fourbes d’Aulnay-sous-Bois. Le verbe s’adresse à cette chair tabassée et à tous les condamnés des boulevards voués aux gémonies. La sylve encerclée de murailles et de briques fracassées. Le mal se propage à une vitesse disproportionnée et les villes suffoquent. Les kystes sanieux contaminent également les plaines et les villages. C’est une vérité dissimulée et enterrée. Alors, chacun y va de son accusation envers un certain pessimisme du réel et vient corroborer l’adage de l’humaniste que « rien ne sert de s’alarmer ». La matrice continue de poignarder le cœur des adolescents idéalistes, en balayant ensuite leur décès d’un mépris inexplicable. Le rêve est tenu en laisse. Le féérique des égarés fragiles de ce monde, ceux des livres et du verbe. La connaissance est aujourd’hui massacrée et nul berger ne vient la délivrer de ces méandres incroyables. On laisse les vacives crever dans l’indifférence. À l’heure du crime, la population doit se contrister, mais paralysée, elle expire coincée entre ses propres contrariétés. En outre, plus rien ne veut plus rien dire et ça fait des lustres que les guignols républicains ne font pas leur boulot. Ils se courbent en apologies pour à peu près tout et son contraire, lors de chaque nouvelle aurore daignant encore proliférer une onde phosphorescente sur ce pays de morts-vivants. Une coruscation sur les cognitions ramollies de complaisants idiots et bornés. Des loques refusant d’admettre que l’animal réside également dans le principe neuronal de l’humain. Il y a une ligne de démarcation entre l’homme et la bête et la bête n’est pas l’homme. Nonobstant cette programmation, la folie en a contaminé certains et les philosophes pacifistes prendront en charge la démesure de l’épidémie, lorsque démence fondra sur leur misère, envahissant par millions les consciences associatives, qui ce jour-là ne trouveront aucune individualité en soutien pour les arracher de la faillite collective.

L’être humain pense et dissèque, sauf s’il est pollué du germe subversif des bactéries de Satan. La prolifération des tubercules est distillée depuis quatre décennies, sur les crânes ramollis qui galopent la nuit en quête d’une proie et de sa numérisation sanguine. Une soif de crime inextinguible, afin de relâcher la charge de tendances déréglées trop longtemps contenues au sein d’un marasme hadal. C’est ainsi que l’homme-animal exécute et souillonne. En abandonnant Justin Little non loin de la ligne du RER B, il mutile les corps empalés des enfants de l’Occident, valsant à l’infini comme des fantômes, sur les pavés ensanglantés des démocraties salies aux antiracistes sélectifs. Nul ne s’enflamme et n’entend les exhortations. Ces morts sont absents du tube cathodique et des ondes hertziennes. Aucune commémoration de leur calvaire n’est diffusée. Aucune ligue ne vient s’indigner de quelconque iniquité. Ils sont réduits au silence, délaissés de tout témoignage.

Tu avais les yeux clairs et les cheveux d’un blond rayonnant. Tu portais des rangers et arborais, parait-il, un bob kaki sur la tête. L’amalgame vestimentaire eût pu être simpliste. Une des justifications de meurtres qui hantent nos avenues en transformant les bourreaux en victimes oppressées. Le sang coagule sur les trottoirs négligés de ce que l’on nomme République. Des manuscrits trompeurs t’ont caché le présent misérable de ce pays. Ces livres n’ont pas su détecter la crucifixion qui t’attendait. Les gens font comme si et l’angoisse perdure au sein d’une information triée. Elle reste également suspendue dans cet homme tombé sous les coups de barbares sanguinaires, alors qu’il prenait des photographies pour son travail, lors des émeutes de l’Est parisien. Comme ce père de famille que l’on tabassa sans pitié pour avoir osé récupérer le vélo qu’on avait volé à son fils. Comme beaucoup d’autres, éradiqués de la mémoire sociologique de cet impérial et cancérogène silence.

La saloperie gagne du terrain ici-bas. On se tortille en pleine mouise. Une calcification cynique qui développe une tubérosité d’épaisses couches rougeâtres, virant ensuite au noirâtre d’une fumée obscure. Un épais bistre que l’on se doit de vomir afin de tenir et ne point disparaître. Une frénésie qui envahit et grignote les terres de l’Occident, alors que les visages défunts de celui-ci, défilent devant les regards fatalistes et prophétiques des derniers hommes libres de la terre. Ceux qui anticipent le monde de leur troisième œil littéraire. Ceux qui mettent le nez dans la merde. C’est peut-être vous, égarés de ce globe qui n’en finit pas de décliner vers le bordel absolu. Une bombe destinée à recracher sa partition terrible sur la totalité d’un hexagone chétif. Une symphonie ignorée, moquée, balayée d’un revers de main méprisant. Son cliquetis est audible, mais peu le discernent. Les prémices sont là. On les entrevoit dans les recoins de la ville. L’incipit du feu. L’introït de la poussière. Le feu et la poussière qui fulminent encore au fond de ce périmètre boisé du 93, où l’invisible souvenir de Justin Little poursuit le processus graduel de son retour à la terre mère.

Enfin, ta dépouille fut ramenée à tes parents dans l’indifférence. Tes cendres au fond d’une urne. Tu gis désormais au sein d’une dimension qu’il est impossible pour notre intellection matérielle d’en assimiler les contours. À Silverton, il y a des monts et des rapides bercés d’une lumière abondante. Tu as dû retrouver la paix des vallées de ta contrée d’origine, ayant délaissé à jamais le gris et le dioxyde de la capitale étouffée de son périphérique anthracite.
Peut-être que dans l’étendue infinie du firmament, tu peux à présent constater les fastes admirables de ce que la France eût pu achever. Cette chimère que tu as voulu admirer. Le génie de tes ouvrages que tu étais venu quêter en solitaire, mais tu trouvas une fable réduite au tumulte entre Paris Plage et des lopettes en Vélib’. Une société du caviar qui fait et défait l’information. L’actualité de dépêches rotatives qui pètent dans la tête. Le produit des suppôts du démon et ses légions infâmes dont ils sont les esclaves. Des mythomanes qui se prévalent du béton. Mais traduire le réel urbain ne relève pas de la télévision. Alors, le regard abîmé des gosses abandonnés de l’État essaye de vous sonder. Un interrogatoire vous envahit et oscille entre les flammes du brasier passionné de votre intellect, comme si de leur absence, lesdites effigies désiraient vous interpeller sur le scandale de nos sociétés lobotomisées. Ces portraits d’outre-tombe vous invitent à mouiller le maillot. Vous êtes les ultimes témoins de ce récital du désastre et lecteurs authentiques de souffrances inexprimables. L’imprévisibilité de l’angoisse pèse et réveille en vous une paranoïa extrême. Or, pareillement à l’essence de ce cliché, les mômes se regroupent et vous fixent avec intensité. Ils examinent avec vous la raison de cet abandon sans sommation. Ils implorent votre stylo, votre ordinateur. Ils essayent de capter l’étincelle qui bouillonne encore au fond de votre être, ils vous diagnostiquent, ils interrogent la sincérité de votre existence et réclament maintenant votre compassion, en vous pilonnant du réel d’un sujet qu’il devient impossible d’occulter. Une revendication qui les hante, là-bas, au fond de leur quiétude inachevée, afin qu’ils puissent enfin s’exprimer à travers le gosier de votre intellect, votre bouche cérébrale, en vous demandant via la question suivante explicitement et simplement ceci :
« Quel silence est votre ennemi ? »

* Aulnay-sous-Bois : Aulnay-sous-Bois est une commune française, située dans le département de Seine-Saint-Denis et la région Île-de-France. Elle est distante de 19 km de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et de 5 km de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.

** Sevran : Sevran est une commune française, située dans le département Seine-Saint-Denis et la région Île-de-France. Autrefois petit village de la plaine de France, la commune a connu un développement spectaculaire durant les années 1960 et 1970 faisant quadrupler sa population en moins de quarante ans. La ville abrite sur une partie de son territoire le parc forestier de la poudrerie nationale de Sevran-Livry

*** Silverton : Silverton est une petite ville de l’État de l’Oregon, aux Etats-Unis d’Amérique.