Archive pour la catégorie ‘Fictions’

L’homme du Lockheed

Jeudi 22 juillet 2010

L’exil, la rupture et le voyage, tous trois coincés dans une carlingue ailée s’éclipsant vers la mort. L’acceptation qui donne à l’homme la possibilité de vivre. Un ricochet sur lui-même, alimenté par le spleen d’un pays qui s’engouffre vers le non-retour. Une terre qui pénètre l’ère du démon. L’invasion diabolique sur la ville, les monts et récifs qui voient naître un écartelé. Un jour de 1900, projeté dans la quête ultime d’un destin singulier. Une existence habillée de déchirures profondes. Il dévisage la planète en silence. Il en scrute les moindres replis. Il réside à toutes les lisières, participant au dessin de l’inexploré, de l’impossible fatalité qui blesse. Un homme contusionné comme la force de ses ténèbres internes. Des courants qui assassinent son psychologique. Les salves d’un désespoir tonitruant dont lui seul peut analyser le gouffre, lorsque les mauvaises nouvelles s’abattent sur sa personne. Voici la mauvaise nouvelle : le monde est en train de pourrir, il est avarié. Voilà la bonne : cet homme revient le sauver, l’alpaguer, d’où sa présence de ghost phénoménal. C’est un fantôme. Il va récupérer ce sac-poubelle planétaire, pour le larguer sur l’immensité de l’océan et le réintroduire à son origine : l’eau. L’eau et l’homme, mélange nullement uniforme. Sa concentration varie d’un organe à l’autre. Il y a 1 % dans l’ivoire des dents et 90 % dans le plasma sanguin. Outre le sang, les organes les plus riches en eau sont le cœur (79 %), les reins (81 %) et le cerveau (75 %). Il vient purifier l’ordure humaine via la flotte. C’est sa mission.

Il collecte cette fantaisie de pourcentages bizarres, formant depuis mathusalem le miracle de la vie. Il va pourtant bazarder ce prodige chiffré sur la dalle bleutée de l’océan. Calme, il scrute la sale gueule de son ministère. Cette chronique débute par le Bourget où il va reconstituer l’épave de sa machine fulgurante. Elle est sitôt reconstruite à l’identique. Sa tenue de pilote de guerre est la même. Il est étouffé d’une combinaison trop serrée, de câbles et d’un masque à oxygène le rendant méconnaissable. Il déjoue les systèmes de sécurité du musée de l’Air et de l’Espace. C’est un spectre hyalin. Personne ne le remarque. Il appartient au métal de l’action. Au-delà de son opaque cérébral, il est fringué de la sève des hommes qui s’élèvent. Il invite ses passagers à prendre place. Le monde agonisant qui se décompose et brûle. Dans l’aéroplane, toute l’humanité espère de ce suicide singulièrement malade. Le sabordage de la résurgence. L’autolyse de la liberté. La déréliction du passé l’envahit, il fait machine arrière dans sa tête mais lutte et demeure concentré. Loin de son visage tuméfié, il sait sa patrie cramer de la chaleur infâme des brasiers de Satan. Il revient éteindre le brasier. Il va écrire, nous le suivons, nous écrivons. C’est alors la naissance d’un livre, méconnu, oublié, pourtant le plus étonnant. Au diable le mythe de l’homme. Incompris, aucun camp ne le désire, figure humaine bien trop célèbre dans une France de 40 occupée et salie ; figure publique pouvant desservir les intérêts de chacun. C’est l’éclosion du rapport des cendres fumantes du vingtième siècle fracassé. Les infamies prennent corps dans un ouvrage post-mortem : Ecrits de Guerre 1939-1944*.

Enfants et adultes se souviennent du conte, non des actions cinglées qui le mèneront à l’opération chevaleresque de l’homme du Lockheed**: aller simple abyssal de la Méditerranée. Le process de tous les gestes. Il sort du coma. Il est à présent réunifié dans la cabine, accompagné de plus de six milliards d’humains. Les silhouettes vacillent comme des flammes asymétriques au sein de son intellect ravagé. Des effigies du passé, du présent, du futur. Le commandant s’exhume d’outre-tombe. Il s’extrait d’une nostalgie datant d’un siècle. Il va guider ce globe cacochyme au sein de son aéroplane recomposé pour l’ultime plongeon dans les dolines méditerranéennes. Il a pitié. À y regarder de plus près, c’est bien l’univers étriqué d’un cockpit déjanté qui s’en va périr pour fuir le massacre. L’univers sans broncher dans le silence du ciel. La vacance de l’avion suicidaire est incalculable. Il nous sangle pour ce dernier vol rédempteur. Le commandant persuade la mappemonde de cette opportunité suprême et cette dernière boit les données mutantes de l’homme du Lockheed. Il va nous dicter l’épilogue du livre, des écrits de guerre. Les humains sont enfin disponibles à calancher. Nous décollons.

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Nous sommes confinés dans la limaille. Nous sommes le monde. Nous l’avons toujours été. Nous cherchons notre confort parmi la carlingue. Toute la planète y est entassée. Des vapeurs de kérosène caressent notre flair orgueilleux. La renaissance de ce chaos suicidaire propulsera les bourgeons d’un avenir radieux sur les vomis du cataclysme actuel. À l’intérieur du plan, les écrits belliqueux de notre hégire prêts à pester. Les héros d’hier sont morts pour cette société qui pue. Cette fragrance luciférienne croisée à chaque coin de rue qui alimente le mal de la littérature. La nostalgie s’empare également de nous. Ainsi, nous absorbons le refuge de l’avion afin d’échapper aux sirènes des collabos de ce système brisé au principe de précaution hâtive. Nous observons.
Avez-vous éprouvé la pulsion de monter en haut d’une tour afin de vous jeter dans le vide ?
Avez-vous ressenti le désir de prendre un vol pour disparaître à jamais ?

Nous continuons de pénétrer l’abri aérodynamique du commandant Saint-Exupéry. Nous sommes les lémures d’un jet extraordinaire Nous nous élevons de manière spirituelle lors de ce voyage définitif. Nous sommes délaissés des interrogations futiles, délivrés de toute haine et finement calés pour le grand saut. Nous sommes prêts pour voir si, de l’autre côté, quelque principe EST. Nous virevoltons comme des cinglés dans le ciel. Nous volons. Nous écrivons. C’est une putain de jouissance, peut-être même la dernière de ce monde.
Le peuple, à l’œil proctologique du microscope de l’avion dans lequel nous transpirons, est un sac à merde qui chlingue. Nous allons le sauver, lui, sa chiasse et le reste du monde. Nul ne sera épargné lors du grand nettoyage façon homicide littéraire.
Nous sommes coincés dans le zingue en compagnie de Saint-Exupéry. Nous sommes au-dessus de l’océan et nous allons nous lier à l’hibernation éternelle. Nous habitons le fuselage et le commandant met de la musique. L’opus adéquat afin d’en finir avec le matérialisme rampant. Le regard est désormais tourné vers l’Est. Il augmente le volume. Les points cardinaux en alerte et les sens en éveil. Les tympans explosent sous le bruit de la carlingue défoncée du Lockheed P38 qui ne cesse de grelotter, et la mélodie se cale sur les vibrations de l’appareil. Nous traçons telle une étoile filante vers la finitude du sommeil intégral. On n’arrête pas la mort, c’est elle qui brûle et rompt tout lien de solidarité envers le proche. La faucheuse a embarqué tout le monde. Point de jaloux. Nous zieutons des ornements fleuris traverser nos regards anémiques. L’esclandre de nos paradis perdus. Les futures couronnes de nos stèles funéraires. Ce qui reste de nos prunelles desséchées se contraste avec le cérulé de l’océan. Maestoso de Chopin dans notre cellule de l’air. Le globe et l’avion vont se crasher de manière digne et exemplaire : comme des putains de kamikazes ! Nous sommes le globe, ce ballon abîmé, et l’on désire soudainement se goinfrer de chimiothérapie en cachetons. Là-haut, point de thé jasmin, ni de lait bio ou autres produits de l’économie solidaire. La raison : on s’en branle, il est trop tard !

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Nous/le monde, il est trop tard. L’intégralité de la planète fulmine dans cet aéroplane foudroyé datant de 1944. Ce NOUS déglingué file comme un monarque ailé et l’avion se torsade en aigle royal embrasé et fastueux. Il cicérone avec lui tout ce que l’homme a délaissé depuis le dernier vol du commandant. L’avion est le mentor. Un Lightning Lockheed P38 gouverneur. L’acier du Lockheed possède nos squelettes. Le ciel, tamisé de nuages écarlates, n’empêchera aucunement notre échine de se fracasser en un piqué vertical sur le parvis des flots qui nous attend avec impatience. Nous allons rebondir comme des osselets dépouillés. Nous sommes le point final tellurique de ce zingue alité. Une société honorée de l’invitation extrême. Celle-ci compose son prototype littéraire avec élégance en même temps qu’elle s’abreuve des lyrics aiguisés, poétiques, de la musique incroyablement spirituelle de l’habitacle. Elle sillonne les dernières pages des écrits de guerre du commandant et joint en nota bene les propositions subordonnées de notre ère. Le commandant prépare nos âmes somatiques au suicide sur le béton de l’océan. Nous allons nous ouvrir telle une orchidée, sur le bitume de mer huilée.

L’armature de ferraille tapageuse contient les derniers riverains du monde moderne. Ils se mettent à rédiger leur testament martial sous l’ignition de l’ineptie. Le pilote de guerre supplie de lâcher prise et d’oser mourir. Il impose de faire face au massacre de l’univers. Il décroît comme son bolide, son aigle, sur les derniers soubresauts de cette planète totalement défoncée. Un cosmos sodomisé selon le point de vue stylistique et analytique de chacun. Puis, nous plongeons subitement à la verticale et l’avion pousse un ultime cri psychopathe. Le monde s’égosille de frayeur dans ce Luna Parc du réel. Le commandant sourit d’un rictus apaisé. Il a déjà vécu cela il y a soixante-six ans. Il remet le couvert pour cette humanité ivre qu’il aime tant. Le son à fond, le coucou rugit comme un maboul à la Lemmy de Motörhead. Ça sent la fin. Ça pue et dégouline désespérément la fin.
Il y a d’autres victimes de toutes dynasties, toutes confessions. Un homme est un homme. Simplement, des bobos sont morts de rire et s’en carrent, mais bientôt viendra l’avènement de leur punition. Ils sont les responsables pervers de cette saloperie fécale. Ils vont subir l’histoire de la violence sur leur faciès sodomite cocaïnique. Un simple recadrage de rigueur. Le boomerang poursuit sa course, il finira par revenir se planter façon Mad Max, dans les fronts démagogues abrutis de ses commanditaires. Il est inutile de fuir. Ce boomerang, c’est un siège réservé à l’intérieur de l’avion aux côtés des malades mentaux du globe. Nous avons kidnappé les bobos et ils tirent la tronche. Ces connasses tiers-mondistes sont près du commandant qui va scratcher leur néant sur les vagues assassines de l’océan. Le monde est un Lockheed qu’il est maintenant impossible d’arrêter. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.

L’humanité observe le commandant, elle attend de sa part un signe, un rire quelconque pour les rassurer. Les bobos chialent et geignent, ils veulent descendre, ils font caca dans leur froc. Les Lofts et duplex de Montreuil manquent terriblement. Il est plus que trop tard, les bobos sont déjà canés. Nous rigolons et ingurgitons une quantité impressionnante de champagne avec le commandant. Nos cervelles glissent sur les notes de Frédéric Chopin. Nous balançons du sale shit parisien aux bobos, comme des Frolix à des clébards désossés en rade de bouffe. Le commandant nous offre un Montecristo n°3 ; quelques milliards de cigares, moins les bobos fumeurs d’un zetla horrible. C’est ainsi, le terme « bobo » désigne une poignée de salopes qui corrompt les données. Un gamin sorti de la masse d’humanoïdes enfumés de l’avion insensé se marre, et lève son majeur en direction des bobos terrorisés. Nous continuons de héler des sons imprécis dus aux bulles bourgeoises réparatrices provenant des caisses braquées chez les bobos avec l’aide du commandant et son zingue au croassement glacial. Charitable, le commandant somme les bio-bobos de ne plus s’inquiéter de rien car paraît-il que c’est une sacrée putain de bringue qui les attend derrière le rideau. Plait-il, répondent-ils outrés ? Oui, une sacrée putain de bringue !

Le commandant n’est pas l’écrivain des récits de guerre. Il est le pilote des écrits de guerre. Un barjo manquant cruellement à notre époque dévastée de problématiques futiles et encombrantes. Un cinglé au regard constamment rivé au-delà du gris cendre des cumulonimbus épars, reflétant leur anthracite sur un monde à l’agonie. Un éteuf fragile et prisonnier à l’intérieur du Lockheed, qui pique du nez comme une carne de comptoir complètement torchée. La voûte céleste en silence s’égosille de mille chagrins ensevelis. Nous allons refouler les bactéries, d’un mollard agressif sur l’urbanisme maritime. Nous survolons les nouveaux nazismes de ce troisième millénaire. Nous pleurons et plions devant ce sort cadavérique, dont nous allons nettoyer le purin sur nos dermes crasseux. Le commandant, lui, bouscule l’homme bancal enchaîné qui crève piteusement. Le gosse refait surface. Son ADN narre l’historique de multiples attouchements bobo-pédophiles. Le pti’connard a trop bu et sort un flingue de nulle part et allume son bobo tortionnaire qu’il reconnaît, alors que l’avion braille et chute vertigineusement. Le bousilleur de môme passe l’arme à gauche avant de frapper l’océan. Balle au centre.

Saint-Exupéry sait qu’il n’y a point d’acquis ici-bas et que jamais il n’y en aura. Il enveloppe l’humanité. L’avion la traîne où elle ne désire pas aller. Le peuple angoisse, mais a confiance et suit. Nous survolons la France famélique vidée de ses SS, rapatriés dans l’appareil pour ce crash inouï. Le commandant doute, accablé d’une incertitude précaire qui l’assiège et le ruine. Il disserte sur l’humanité en sang. Nous doutons et écrivons avec lui nos écrits de guerre introspectifs et sanglants, en achevant quelques bobos supplémentaires en hommage au gamin défoncé du ciboulot. L’homme du Lockheed est du verbe et des actes. Il est ce pour quoi le ciel l’envoie. Relire le commandant, c’est tutoyer l’énigme du sens. Nous ferons entièrement corps avec le sens de l’écume et des vagues. Nous allons nous approprier le cimetière des Lockheed Ligthing P-38. Le monde va s’écraser, il va infiltrer la mort, ce grand corps froid. Ce n’est pas le risque que j’accepte. Ce n’est pas le combat que j’accepte. C’est la mort***.

Les bobos sont littéralement liquéfiés. Notre regard sur l’avenir est d’un sombre hallucinant, en conséquence somptueux. C’est une mélancolie rare qui s’éloigne de ce principe de précaution bâtard, d’un troisième millénaire où vivre est devenu un immense délit. Il est bien connu que la France aime cracher sur ses propres enfants. Il est bien connu qu’elle engraisse les ennemis de la vie et désintègre ses filles et fils habités du fondement même de la création. Il est bien connu qu’elle vomit l’artisan et soigne comme un chirurgien le syndicaliste fonctionnaire. Alors, l’artisan s’en va ailleurs, il part illuminer de son pouvoir d’artiste, de compagnon, la nouvelle terre qui l’accueille. Le Lockheed enlace nos âmes carbonisées. Nous sommes ces filles et fils condamnés. C’est le bordel à l’intérieur de nos psychiques perfusés. Saint-Ex nous oblige vers la postérité du silence parfait. Le monde rumine et prie sur les vibrations de l’appareil. Il flippe un maximum. Il est inguérissable et n’a nulle part où fuir. Chopin délivre les âmes. Chopin les reconstruit habilement de ses singulières partitions. Chopin les met à l’amende lors de cette verticalité gueularde. Le monde/nous… la bouclons, tirons âprement sur le havane et demeurons soumis à la carlingue, Chopin, l’avion, au piano, comme des salopes SM liées à la torture.
1944-2010, nous visualisons le visage de la folie. Une démence trouble, dévastatrice, brutale et sans pitié. Pourtant, lors de la progression de ces recto-verso, nous transcendons la nébulosité de l’histoire du monde. Nous la sublimons par la douceur d’une prose suspendue entre chaos et absurdité, beauté et mysticisme. C’est un déferlement d’adjectifs meurtriers sur le ratio parfois nécessaire de la guerre. L’appareil décline comme une balle pour renaître du néant. Le monde à l’intérieur, prêt à se dilater sur le ciment de la mer. Il n’y a point de DCA, du moins pas encore. L’homme du Lockheed, astre filant vers sa destinée du grand bleu éternel. L’univers et le pilote de combat, nous et la lumière coincés dans la coque charivarique. Encore un effort. Nous allons franchir le passage étroit menant à la postérité. Quelques pieds résident entre nous et le détachement total. Nous sommes une humanité défoncée. Nous sommes un essaim bringuebalant en chute libre. Nous commençons à nous craqueler et geler. L’écho de notre diction agresse les phrases du chapitre final des écrits de guerre. Le commandant se liquéfie avec nous. Le monde, l’avion et le pamphlet s’embrasent, comme un cocktail Molotov balancé en traître contre un car de flics isolé au milieu d’une manif syndicaliste qui part en couille.

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Nous approchons.
Deux mètres.
C’est le crash.

Nous rencontrons l’acier de l’océan. Nous nous déchirons. Nous mourons. Nous quittons désormais ce monde imparfait. Le commandant nous étreint dans la mort. Nous traversons enfin le tunnel. Partout des scintillements d’une luminescence incroyable. La sérénité nous accueille. Nous l’embrassons. L’avion immolé commence à couler et rejoindre sa place initiale du cimetière des Lightning Lockheed P38. Les cigares sont particules trempées. La musique persiste. Les doubles-croches de Chopin se répandent sur nos corps broyés. La voix du commandant résonne et perturbe nos otolithes défoncés. C’est la voix de ses bouquins éternels, une ode à la vie, une joute de la mort. Elle nous frappe de plein fouet comme cet aérodyne psychopathe, doloriste, de la tombe aquatique. L’appareil poursuit sa déchirure sur le zinc de la mer et son fracas terrorise nos âmes désormais libérées. Paradoxalement, celles-ci coulent et s’élèvent entre mer et ciel. Le silence investit cette dualité. Nous glissons et montons, entre abysses et firmament. Le crash du monde a bien eu lieu. La charogne est épurée, les bobos désintoxiqués. Adieu. Silence. Électrocardiogramme horizontal. Rideau.
Nous écarquillons soudainement nos prunelles avec facilité, des iris extraordinaires. Nous sommes nus et tout autour, il n’y a absolument plus rien. C’est écarlate et vide, qui plus est, difficile à décrire tant c’est à sec. Chacun de nous tient une feuille blanche dans la main droite et un stylo plume noir dans la gauche. Nous sommes le plus grand livre qui ait jamais existé. Une œuvre vierge, vidée de l’immensité des verbes de la terre que nous avons fuie. Nous sommes des milliards à perte de vue. Nous nous asseyons machinalement en tailleur et nous réalisons que… étrange… C’est une naissance, une douleur puerpérale incommensurable. Néanmoins nous sommes là, pudiques, dans le plus simple apparat : notre peau. Nous sommes pilés comme des rats de laboratoire prêts à endurer des tests biochimiques éprouvants. Nous respirons et déposons spasmodiques, l’encre illimitée sur le papier. Nous écrivons, l’alphabet immortel s’organise. Nous sommes vivants. Le stylo vacille et crée déjà l’incipit de ce manuscrit unique. La feuille nous éblouit, elle se met à nous parler et se présente poliment. Nous l’écoutons avec attention. « Voici mon nom : livre de la paix. » L’homme du Lockheed dort profondément. Silence. Nous écrivons. C’est une putain de jouissance, peut-être même la première de ce monde.

* Antoine de Saint-Exupéry - Écrits de guerre 1939-1944, Gallimard.

** Le Lockheed P-38 Lightning est un avion de chasse de la Seconde Guerre mondiale. Le P-38 Lightning et ses dérivés photo ont été utilisés sur tous les théâtres d’opération de la Seconde Guerre mondiale par l’USAAF. C’est l’avion dans lequel Saint-Exupéry disparut le 31 juillet 1944.

*** Antoine de Saint-Exupéry - Pilote de guerre (1942) Gallimard

GLAUQUE LAND

Jeudi 10 juin 2010

Aucune explication rationnelle ne peut s’extraire du rendez-vous planétaire des fans footeux décérébrés à la Kro et au cubi de rouge bon marché. À Glauque Land, le cartésien ne se « Freud » pas. C’est un spleen qui désagrège chaque jour des destins apathiques. C’est une désolation comme regarder en boucle le salaire mensuel de Ronaldo à 1.083.000 €. Glauque Land est un rat déglingué crevant sous l’assaut intensif d’expériences biochimiques d’un des laboratoires clandestins d’Olivier Cappaert. L’officine du football business et son insupportable merchandising décimant les derniers neurones de M. Glauque. Ce dernier encaisse en silence. Il a honte mais nage dans cette bouse du sport spectacle pour nourrir ses facultés. Il vénère les cailleras blingblang du ballon aux ornements assassins pour sa santé. Il laboure son propre malheur à coups de dribles, de tacles, et autres fautes d’arbitrages qu’il ne néglige nullement de rapporter à tout le voisinage de cris psychopathiques. Des épithètes datant au bas mot de plusieurs millions d’années. Un environnement agissant malheureusement de concert avec l’aliéné chaque soir de grand match. Par ailleurs, il n’omet point de décimer son entourage ; vétille indispensable au sein du lent processus d’éradication de son existence personnelle. Il fait tourner la football-bactérie et fournit ses proches en germe dégueulasse. Il joue collectif, il est sympathique. Ainsi, il contamine sa femme de ses exhortations, comme les Hiv 1 et 2 d’un travelo tout éclaté du Bois de Boulogne plombent un mec blasé du cul de sa gonzesse.

Glauque Land n’est pas un mythe, il sévit aux quatre coins de l’hexagone. Il est une tristesse démesurée loin de la technicité du sport de haut niveau. C’est au fond un enfant qui se perd, et les millions du football paillette le crèvent. Les liasses édifient sa sépulture au cimetière de sa ville pourrie. Glauque Land, lors de cette ivresse démoniaque qu’il ne maîtrise plus, s’avilit totalement. Ce soir, Glauque est au summum de son affection envers Satan qui le piranhas par tous les pores de son derme. Ibrahimovic, Henry et consorts, représentants officiels de Belzébuth pour le mois en cours, vont lui prendre les derniers millimètres de son existence cancérigène à coups de pétrodollars télévisuels. Glauque Land vient d’apprendre qu’Henry tourne à presque 8.000.000 € net d’impôt annuel. Glauque Land n’en peut plus, mais il la joue grande gueule et prétend, flinguant ainsi son naturel qu’il refoule à en crever. Intérieurement il implore pitié et quémande de l’aide, mais aucun retour en arrière n’est possible. Les névroses sont bien trop métastasiques. Ses limites, depuis longtemps outrepassées. Glauque Land est en sursis. Il le sait, mais n’ose l’avouer. Le foot business et la grammaire improbable de ses protagonistes l’ont anesthésié. Glauque observe sa femme qui rôde autour de la cuisine. Il ne lui confère nulle grâce du passé. Ce soir, il s’agit de lui, mais aussi d’elle qui vacille, carbonisée au coup de tête de Zidane et des millions de ce dernier. Le séisme est imminent. L’épouse de Glauque s’étiole tel un chrysanthème déposé sur la tombe d’un cadavre fraîchement logé au fond du caveau familial. Elle sait également que le salaire de Samuel Eto’o émargeant à 10.500.000 € annuel a fini de vidanger le cerveau de son époux. Dans le coma, son bulbe regrette de s’être épris lors d’un moment confus de sa jeunesse prometteuse, d’un putain de supporter de football. Ce soir, c’est l’ouverture de la Coupe du monde, mais avant tout, le premier match de l’équipe de France. Sa came exécrable de mari l’a fumée. Elle veut maintenant en finir.

Cet homme qu’elle répugne à présent, la précipite dans ses combines de matchs de Coupe d’Europe, de championnat et de World Cup sponsorisés en Kro et tanches de Carré de Vigne plastifiées à deux euros max. Elle accomplit ce rite infâme depuis des années. C’est la vérité. Cette conjointe autrefois allègre s’est refermée comme une orchidée privée de lumière. Un charme du passé gavé de toutes les molécules possibles d’antidépresseurs de la toxico pharmacologique. Sa peine est extrême. Elle pénètre la mort dans une gradualité déconcertante. Le football qui Sodome et Gomorrhe son Glauque Land de mec la conduit par la main au cimetière de ses rêves. Un lieu désormais sur lequel elle mise tout, envisageant les joies futures du repos éternel. Elle n’a qu’un « but » : tirer le rideau sur son destin qu’elle laisse filer au contact de ce trisomique excité du coït ballon/filets. Ce vendredi, à l’approche du grand trépas, elle va se tirer une balle. D’ailleurs, elle a acheté un flingue dans une cité du nord-est parisien. Du gros calibre qu’elle a du mal à tenir dans sa main frêle et fragile. Elle est à cran. Il y a de quoi. Son farfelu exalté du casque lui a programmé le nec plus ultra d’un dîner entre amis. Ce prototype qui ressemble à un évadé de Ville-Evrard* est la cible favorite des revendeurs d’LCD et de plasmas. Il a investi en conséquence. Résultat : France-Uruguay à domicile avec la meute qu’il a conviée pour l’occasion. Des fous furieux hurlant déjà comme des bœufs. Pour elle, la ligne rouge est franchie, mais elle doit tenir encore un peu. Pas longtemps, jusqu’à la mi-temps. Ensuite, elle lui mettra jusqu’à l’os.

Alors, au bout du rouleau, elle ira discrètement se reclure dans la cuisine. Q.G où missiles de binouzes et de bouffes comblent les pulsions du conjoint galérien et ceux de ses complices au Q.I de moule. Sereinement, elle s’enfermera à double tour, fermement décidée à éradiquer son karma de bonniche. Usée, elle déroulera le cinématographe de sa vie si délétère et se laissera glisser le long de la gazinière. Elle recevra l’écho du timbre de son père peu avant qu’elle ne se marie, la suppliant de ne pas s’unir avec ce psychopathe extrait d’un asile psychiatrique** de la banlieue parisienne. Un dernier remord assassin viendra la boxer. Enfin, après avoir maintes fois répété son geste salvateur, elle se fera sauter la tête ; aller simple salutaire hors de ses catacombes massacrées. L’agitateur du troupeau alcoolique restera captivé, vicié par les chimères mythomanes de la télécommande. D’ailleurs, Glauque Land jubile entouré de ses mystérieux phénomènes. Ils sont des clones fantasmant sur des dorures auxquelles ils n’appartiendront jamais. Des V.I.P de la mouise dont rien ne peut arrêter la dégringolade. Voilà, on y est. Elle pénètre dans la cuisine et s’enferme. Le match débute dans une cacophonie disparate. C’est chaud. Le Kop devient aussi abruti qu’un accélérateur de Supercinq Gt Turbo enfoncé à bloc. Glauque Land is ready, ça tombe bien, sa femme aussi.

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Le Glauque Land Crew est déjà complètement torché. À cette heure, ils sont les conjugueurs professionnels d’un langage radioactif très singulier. Glauque est jouasse et se contrefout pour le moment de savoir ce que sa moitié bricole. Il étudie avec ses potes le calendrier des matches à venir de l’événement interplanétaire de l’été 2010. Des bringues prometteuses accompagnées du dernier LCD qu’il vient tout juste de s’allouer à crédit sur les 24 prochains mois armé de sa nouvelle carte Cételem spéciale World Cup 2010 in South Africa. Un rectangle à puces lui autorisant déjà une nouvelle levée de fond de 7800 euros. Un pourboire de footeux que bien entendu, il lèvera. Pour cette Coupe du monde 2010, ce crâne mutilé est prêt à tuer. En parlant de carnage, sa femme murée dans le silence les entend aboyer. Glauque Land vitupère, offrant à ses potes un état des lieux de sa dernière acquisition high-tech. Il trinque et ne pense pas à ce énième crédit de consommation, qui vient de pénétrer à sec le compte commun de ce couple mal-en-point. Il est à bloc et se la raconte face à son groupuscule complice de vinasse et de ballon. Il est dans son présent. Il ne remarque rien. Le groupe s’invective façon vache laitière du salon de l’agriculture.

Effectivement, personne n’auditionne la terrible détonation qui est étouffée par le son de l’écran, et les hurlements psychotiques du Kop qui explose d’une seule voix sur une injuste appréciation de hors-jeu. Les injures pleuvent. Glauque débat, boit, rote, hurle en harmonie avec sa bande de dégénérés. L’Uruguay et les cailles sont à égalité. Glauque Land et ses complices de litron règlent leurs automatismes lors de l’incipit de la fiesta sud-africaine. C’est une déflagration dantesque. Il ne distingue point sa femme qui gît déjà dans une mare de sang. Les cons sont dans leur match. Ils font corps avec le match. Ils sont ce putain de match.

Satan, Cissé, Domenech et le team de l’impossible les souillent. Le Kop tance l’arbitre des avanies les plus exécrables que leur matière grise de truies reptiliennes recrache à l’intérieur d’une haine surchargée. Lui et ses alliés sont maintenant calés dans la compétition. Un cauchemar planétaire qui frappera un milliard de psychismes profanés. Arrive la mi-temps. En manque de bière et de vinasse, il meugle à sa femme raide morte un réassortiment du stock avant que les Ribéry, Gallas, et autres wesh gros, nique ta mère cousin, ne reviennent chauds bouillants en découdre avec l’équipe adverse. En charpie sur le sol de cette foutue cuisine qu’ils ont mis six ans à rembourser avec une carte Sofinoga aujourd’hui périmée, elle s’en tape et ne répond pas. Glauque s’est totalement déprécié. L’âme du gosse meurt toujours à l’intérieur d’un crâne d’œuf qui s’éveille. Perpétuellement dans le match, les ploucs refont les actions de la première période. Ils n’ont nullement atterri de leur féerique cérébral, pendant que lui se lève et met une grosse patate dans la porte de ladite cuisine, sur le chemin des chiottes. Il va pisser. Il pisse, soulageant sa vessie du liquide qui l’oppresse et cartonne ses reins à coups de toxines squatteuses. Il pousse sur sa prostate en émettant un rot singulier. Puis, il sort des W.C vacillant et s’avère particulièrement excédé de la non-collaboration de madame.

Il remonte sa braguette devant l’accès bouché qu’il vient juste de tabasser. Le tapage dans la baraque est à son comble. Il essaye de pénétrer l’alcôve mortuaire, mais en est empêché par la serrure casse-couilles. Il commence à proférer des menaces de ses cordes vocales alcoolisées. Il déblatère un tas d’insultes à l’endroit de sa défunte épouse qui chemine vers la paix. Bourré, il ne saisit pas la situation car cette satanée lourde les sépare. Les compères floqués du Coq font subitement silence en visualisant leur pote fêlé forcer le passage. Ils le rejoignent dans un élan solidaire, se remettant à blatérer comme des dromadaires surchargés d’une caravane de touaregs sillonnant « pépère » le Sahara. Le Kop a besoin de tiser, point barre. S’y mettant tous, ils commencent à savater la protection boisée comme des charognards en manque de carne. L’accès éclate enfin, et l’horreur graphique d’un cadavre féminin avec une moitié de tête arrachée leur saute violemment à la gueule. Le réel les rattrape et dévaste d’une façon abominable l’intérieur de leur psychologique de chèvres. Partout trônent des Kro mortes que la femme de Glauque Land a vidées avant de se faire sauter la caboche. Les bouteilles reflètent l’effigie des tarés, désormais silencieux face à ce saccage inimaginable. Sur le meuble mural en contreplaqué fragile, un majeur est dessiné au marqueur noir, accompagné du message suivant : « Va te faire foutre ! ».

Sans se faire prier, le Kop prend la tangente. Les porcs sont terrorisés. Tout s’accélère. Glauque Land est en génuflexion et chiale sur le corps méconnaissable de son joyau à l’état de détritus. Une dépouille délaissée pour la théologie du Kop. Le sang de sa femme se joint à ses pores d’alcoolique. Il pleure, il a mal, il est mal. Il la tâte pour vérifier si tout ceci est tangible. Il s’y prend comme un manche. En un dixième de seconde, il assimile dans un regroupement intellectuel extraordinaire, qu’il a complètement foiré. Néanmoins, le soccer-fan à des ressources inouïes. Alors, comme par un épiphénomène nommé miracle, il entend les crachins confus du téléviseur flambant neuf rallumant son ogive de décérébré. Il pivote son faciès bariolé. Lentement, il se ressaisit en quête de ses acolytes qui l’ont laissé dans la merde, puis il se lève et nettoie de ses mains crades le gros du sang qui commence à coaguler sur ses fringues. Il gueule en constatant son maillot neuf payé à coups de cartes Go Sport, maculé de cette hémoglobine dégueulasse. C’est un premier râle de résurrection en matant au passage le message d’adieu que lui a laissé sa femme.

Il réfléchit. Du moins, il essaye. Ça remue sec à l’intérieur de ce zombie du vingt et unième siècle. En colère, il file un grand coup de tatanne dans le bas-ventre de sa raide de bonne femme. Un bijou éteint. Il rameute à nouveau sa section, mais il se rend compte qu’elle ne reviendra jamais. C’est à cette seconde que son LCD dernier cri raflé chez Boulanger le sort définitivement de sa léthargie. La deuxième mi-temps va débuter d’une seconde à l’autre. Il hallucine sur les golios en crampons réinvestissant la pelouse, le sommant de rappliquer fissa. Ragaillardi, il décapsule une Kro épargnée par sa femme : la dernière. Délaissé, il envoie se faire mettre les traîtres absents et sa conne de gonzesse figée. Bibine à la main, il scrute cette carrosserie explosée sur le sol et lui refile un grand coup de latte dans la moitié restante du visage. Sa pompe reste collée, le con est coincé. En forçant, il récupère son pied et arrache du faciès explosé son Adidas droite taille 44, - paire achetée avec sa carte Décathlon - sur laquelle s’agrippe un des globes de sa femme. Ce qui le fait marrer, faveur de Lucifer qui le dévore avec passion. Une odeur rance envahit la cuisine. Il s’en fout et se met à jongler avec l’œil de son épouse. Il se prend soudainement pour un Brésilien d’une plage de Rio, mais il foire son contrôle de la poitrine et le calot oculaire féminin va rouler sous la machine à laver dans l’angle de la cuisine. Glauque essuie sa pompe contre la jupe de sa gonzesse. Son palpitant bat la chamade, il n’a pas l’habitude. Le sport oui, mais en commentateur, pas plus. Sa femme commence déjà à se décomposer et à puer. Il matte le flingue emmitouflé dans les phalanges meurtries. Un point d’interrogation s’extirpe de son intellect constipé. Il s’en contrecarre. Il encule la terre entière, comme le salaire annuel de Kaka à 10.000.000 € lui lacère son mental souillé.

Glauque Land va se rasseoir, arrivant in extrémiste pour le début de la seconde période. Il allonge ses jambes sur la table basse du salon où trône un bordel truffé de cacahouètes, de mégots de clopes et de Kro cadavériques. Du sérum coule de sa basket qui chlingue et se joint au foutoir de la desserte ; énième incohérence dans sa vie qui part en couilles. Il s’en branle. Il porte la bière à ses lèvres. Son gosier accueille le liquide enivrant. Glauque retrouve un calme précaire. Méphisto spécule sournoisement à l’intérieur de ses cellules. Celui-ci le pend, l’ayant transformé en épave des terrains de foot sur LCD. La preuve, Glauque bande et désire se taper une queue, mais pas tout de suite. De plus, il y a Ribéry qui déborde sur l’aile droite. Après cette anecdote conjugale au sein de son existence tarée, il opère comme si de rien n’était. Légion en profite et incruste dans le ciboulot de Glauque les 50 plus gros salaires de la planète football. Des milliards explosent son intellection. Il digère mal ses clichés morphiniques et beugle en direction de la cuisine que la bière est tiède. Il accuse à nouveau le cadavre-connasse de ce préjudice inacceptable. Ce sont ses termes. La dépouille de sa femme ignore cette insulte déplacée. Pas grave, une nouvelle action franchouillarde l’enflamme et le fait bondir du cuir moelleux acheté à chrome il y a deux ans chez Conforama, avec la carte Conforama. Il ingurgite une nouvelle gorgée, puis une autre, et encore une autre.

un-flingue-sur-la-table

Aucune ambiguïté, Glauque Land is ready. Il est dans son match. C’est pour cette raison qu’il n’entend pas les sirènes de flics se rapprochant de son domicile défoncé qui s’apparente à une scène de crime. Il s’en tamponne, Toulalan vient de faire un passement de jambe. Ça s’enflamme. Glauque sort sa queue pour fêter ça et commence à s’astiquer le manche, puis lâche tout lorsqu’il voit Ribéry son idole tirer sur la barre transversale. Une incompréhensible agonie sort de sa gorge rocailleuse abîmée par la clope. Un dernier juron à sa femme. Une dernière gorgée. Les flics entrent. Il rattrape son chibre, le téléviseur hurle. Il balance la Kro vide et rote comme un porc puis se vomit légèrement dessus. Un reflux inattendu qu’il ne peut contrôler. Les flics approchent. Il s’en fout, il encule la terre entière. Les condés l’admonestent, mêlant leur sommation au téléviseur subversif, alors que lui continue de se pugneter le steak. La terre entière…

Bamm ! Sorti de nulle part, un missile signé Ribéry explose la lucarne adverse. Enfin libéré, Glauque grommelle comme un morse alors que les keufs en panique dégainent leur calibre comme un passement de jambes à la Ronaldo. Glauque Land atteint les limites de son cri désespéré lors d’un gémissement incompréhensible presque intériorisé, et éjacule sur le sang floculé de sa femme squattant outrageusement le maillot de l’équipe de France qu’il arbore fièrement. Une combinaison lourde pour les légistes. Les flics le braquent.

Il les dévisage.

Il s’en fout.

Il encule la terre entière.

Il y a but.

Glauque Land les agresse d’un dialecte incompréhensible de soûlard en phase terminale. Il leur supplie une Kro. La bite à l’air, il rote et les regarde circonspect. Eux aussi d’ailleurs restent incrédules, face à ce fracassé de l’encéphale. Puis, le dingue s’écroule comme une merde sur son canapé. Les incubes et succubes pénètrent son système immunitaire qui flanche. La France mène un à zéro face à l’Uruguay. Toulalan met une main au cul de Ribéry qui échappe aux pelles que veulent lui rouler ses autres partenaires de baballe. On est dans les arrêts de jeu. Glauque pète et se met à ronfler immédiatement, puis tousse, tressaille et éructe encore. Son cœur ralentit et accélère comme un dingue. Ça va mal. Glauque Land subit un arrêt cardio-circulatoire dû à une cardiopathie ischémique. Le téléviseur est à fond. C’est un infarctus du myocarde. Il gerbe de nouveau et s’étouffe dans sa mixture cradingue. Satan le défouraille comme une reprise de volée. Glauque est noir bleu vif, compilé à du rouge sang. Tout se confond dans son crâne surpeuplé de démons. Allant chercher au plus profond de son être qui calanche, il baragouine une dernière sentence à peine audible. « Alll…lez… lee…ss… bleuarwh…hhh. » Brusquement, les amateurs de galoches se figent : le putain de but est refusé. Les bleus coursent l’arbitre pour le tabasser. Satan est mort de rire. Alors, dans un dernier filet de gerbe qui s’arrache le long des commissures, Glauque passe l’arme à gauche. Glauque Land is ready. Cette sacrée tête de mort est dans son putain de match. L’opium du peuple l’a fumé.

0-0, match interrompu. La prime est réduite. De l’écran, Satan et l’équipe de France qui lattent à coups de crampons l’arbitre Japonais, gardent un œil sur le carnage de Glauque Land. Les biftons de la prime s’embrasent dans le crâne des joueurs. Glauque et sa femme sont figés dans l’infini. Une jeune flic s’approche et se penche sur le corps du canapé. Les collègues restent immobiles. Une larme post mortem teinte le visage ravagé du défunt. La condée dépose ses doigts avec une immense compassion sur la main gauche de Glauque qui tutoie le sol. Puis, la keuf se retourne, happée par l’écran infernal qui décuple l’apocalypse de l’habitation. Elle voit le Diable moqueur, accompagné des joueurs qui se check du poing après le passage à tabac sur la pelouse du Stade du Cap. Lucifer fixe le gardien de la paix en mimant avec ses doigts crochus un flingue collé sur sa tempe. Soudain, le salaire d’Anelka explose dans le crâne de la jeune femme, se greffant sur sa fiche de paye made in Fonction publique. On reste perplexe de qui Sodome qui. Méphisto appuie sur la gâchette. Un spasme terrifiant fracasse la flic qui chavire. Dans l’éclair foudroyant, elle discerne brièvement Glauque et sa femme déambuler en terre inconnue. Enfin, elle se reprend, aidée de ses collègues. Satan ricane. C’est glacial, austère. Gallas fume un cigare pour décompresser. Mission accomplie. La Coupe du monde peut continuer.

* Ville Evrard est un Hôpital psychiatrique situé à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis).

** Voir Ville Evrard.