vendredi 5 septembre 2008

Le linceul du nom

Gusto. Et bien d'autres, dont je tairai l'existence passée présentement, remontent à moi telle la nostalgie d'une vie déjà achevée. Et le temps brisa en moi l'existence de ces fausses identités, et le vent vint me caresser le visage, perturber cette errance, me redonner en conséquence ma vie de toujours, perdue milliers de lunes durant, dans les travers de dénominations propres, comme il en existe tant pour des gens en quête de chemin. Bien avant la route de cette fausse honte, d'une timidité maladive. Commençant à percevoir les prémices de cette nouvelle naissance, je ne renvoie rien, la mort crée son trou béant dans la perte du faux nom, la place qui lui revient, qui lui revient ce jour. Il y a un temps pour tout, celui de CAPPAERT, vit maintenant sur le cauchemar de la planète, avalant pleinement les enjeux de ce siècle, ingurgitant la façon dont on choisi une vie, une condition, une ligne conductrice pour tous les réveils des matins restants. Je te demande pardon mon nom de t'avoir offensé, de t'avoir dissimulé toutes ces années. Cela avait démarré à l'école, je m'en souviens, par des humains peu respectueux de la texture de la syllabe, me renvoyant à mes premières névroses, trop jeune pour pardonner à cette foule spécialiste, honteuse de la perfection de l'épellation.
Je pars, personne ne me rattrape.
Si!
Du moins la fine fleur de ceux m'ayant conduis sur le pèlerinage du changement. Les réservés, les humbles m'ouvrant le nouveau moi ou le moi de ce temps, en effet, chaque âge pour son époque, accueillant chaleureusement, cette nouvelle tribu qui cherche authentiquement à percer le secret de l'étymologie de ce nom, de mon nom, portant les autres, artifices superficiels, dans le linceul mortifère de l'enfant psychologique débile propriétaire du faux nom, délivrant vie à/sur l'adulte, désirant grandir intimement dans le cosmos ouvert de son âme, y incorporant la densité de ce que tout ceci représente. La qualité d'une respiration continue apaisée, ou la vie diffuse à chaque seconde écoutée avec son cœur, une clef, un indice. Le bruit, le laisser à sa place, chercher le silence, c'est chercher la paix. C'est tellement grand, gigantesque, de restaurer son identité, tendre une main et ne plus trembler sous la pression de son intimité propre, de la particularité de son nom, la façon de le prononcer et d'accepter toutes les erreurs commises avec grâce, par la nouvelle foule cherchant honnêtement l'ami. Que la puissance du nom retrouvé est grande, magnifique, lorsque les projets de celui-ci fermentent à l'intérieur. J'ai tué les faux noms, j'ai mis dans le linceul l'enfant psychologique avec toutes ses débilités, afin de garder du chérubin, l'intelligence, la sensibilité ainsi que le trésor du nom CAPPAERT ayant pour mission d'être pleinement découvert une fois la boucle achevée. Je ne crains pas, j'endure, c'est différent. Les débilités de l'enfant étaient nécessaires certes, pourtant incompatibles avec l'homme mature. Une légère ouverture afin de le laisser s'établir dans un processus de découverte et de durée, alors celui-là établit son territoire gardant une place chaude pour l'enfant lumière qui sera réhabilité, dans la juste position de l'amour.
Dans CAPPAERT, des générations, une lignée. Dans CAPPAERT l'intimité cellulaire des grands parents, le vouloir et le pouvoir des parents. Divergents. Comment accepter aujourd'hui d'être nommé, untel ou cela, pour le plaisir de la débilité. J'ai remarqué au combien j'avais été masqué par ces négligences, ces tolérances malsaines, pour paraître, faire plaisir, nonobstant, celles-ci, aussi petites fut-elles, formèrent des années, le débile intégral, cette fameuse gestapo n'ayant rien à faire dans le territoire cérébral, physique, au delà du tout de l'adulte. C'est dans CAPPAERT que je vis aujourd'hui, c'est dans CAPPAERT que je cherche, c'est dans CAPPAERT que j'exulte et pleure les larmes des dégâts causés, encore non expiés. Dénigrer son nom, le dulcifier, tergiverser, lui faire un fuselage sous commande, laissez les autres en prendre possession relève d'un égarement colossal, l'assassinat de la totalité de son héritage. La plus grande puissance est de dépasser cette géométrie de l'être et non pas rester dans sa mathématique limitée. J'ai compris maintenant. Pardonne-moi identité source, aujourd'hui, je lutte, je vis.

mercredi 3 septembre 2008

Rosa

Regarder, de mes mains broyer l'anarchiste
Vois l'éloge, Aquila toi mon pôle
Observer génies, lorsque rideau d'azur décline
Coucher du créateur, toujours repose sur l'homme
Sicily Hitman développe style
Peindre rayons de flammes, observer la nature
Peindre principes, angles du beau
Peindre jusqu'à perdre haleine
Marche militaire en moi sommeille
Discipline du tirailleur, commencé par là, j'ai
Fantassin de l'art Divin
Découvrir plénitude de mon astre intérieur
S'émouvoir de la rose, elle sanglote à l'aube
Genre Rosa, développe mon Eden
Genre Rosa, encre moi au souterrain de lumière
Passer sa vie sur un Avé
Prendre soin de mourir droit
Aligné dans son être, façon paléontologue
Remercier négation, base de résurrection
Rendre grâce pour le vil, oui, le méchant
Sache, qu'en secret, Rosa, insomnie pour nous-même
Siège collé, cocsic usé, montant rêveur du perdant
Défier flammes de l'enfer, ordonner, agripper position
Inondation des pores, averse salvatrice
Alors qu'anges rebelles poursuivent déclin
Rosa, Mademoiselle, suit son chemin
Pèlerin de l'univers, je me suis transformé en bouton, une rose, rien de moins sacré, je sais, égocentrique de la mère florale, puisse l'œil de la divinité observer les villes en combustion, dépérissant sous nihilisme aveugle, relativisme rompant d'élites inexistantes.
Rosa tu sais.

Suicide

Alors que je déambulais dans le long couloir de l'église, des évènements me revenaient par bribes, la voix continuant avec assiduité son travail intérieur, mêlant mes entrailles à un discours viscéral, lié à ma chair, dans une atmosphère jusque-là jamais perçue. Le sentiment que je ressentais me parvenait en paroles et en termes, mais c'était en mode absolu compris par mon physique, une sensation éprouvée qu'il était extrêmement difficile à délivrer en mots. Cet écho était lui-même une sentence, un verbe, une conjugaison tellement difficile à retranscrire, plongeant la totalité de mon être dans un mystère métaphysique des plus incroyables. Je progressais, et ma mémoire se régénérait, je mêlais mon corps en mouvement à celui d'Alexandre et de Joseph, devinant les pas d'Irina derrière moi. J'incorporais cette parole venue se glisser depuis le moment où j'avais repris possession d'un certain pourcentage de mes moyens. Je me souvins d'Aquila, l'aigle royal, de Mikhaïl, arme fidèle, des débiles et des flaques d'hémoglobines, bande de fous envoyés par la gestapo pour me punir de je ne sais quelle transgression. J'avais dû me défendre, je les ai tous tués, c'est ainsi; je me souvins également de ma mère et cette réminiscence fut celle qui me fit le plus souffrir, cette nostalgie jouait à merveille son rôle, appuyant à son tour comme une balle dans mon cœur, ce cœur usé, fatigué, martyrisé, malgré son très jeune âge. Toutes ces images me revenant, agissant par séquences, je m'en remémorais la présence par le son du phonème vibrant à l'intérieur de mon organisme, une pure étincelle cherchant à m'introduire avec un territoire qui m'était jusque-là inconnu. Pourtant, j'avançais avec confiance, éprouvant de la douleur certes, mais convaincu, me laissant aller, je suivais tout ce petit monde sans contredire, commençant à être assuré de ma présence dans les lieux vibrants de la lumière éternelle.
Ce qui me revenait n'étant pas des plus agréables, je craignais même comme la peste, une certaine confrontation de mon passé, un sentiment bizarre se construisant petit à petit m'ouvrait à cette sensation neuve, collecte de pixels dont je redoutais d'en connaître la teneur, l'exactitude des actes, déterminant sûrement la raison pour laquelle j'arpentais ce couloir en drôle de compagnie. C'était encore flou, il fallait se remémorer que j'avais huit meurtres sur le dos et j'étais pour cela passible de la peine capitale, ce qui en France ressemblait à de la perpétuité sous certaines formes, une littéralité dans le mot qu'il ne fallait pas, pour le moment, prendre à la lettre, c'était peut-être ce sentiment qui oscillait en confusion à l'intérieur.
Etait-ce pour cela que les moines me cachaient, avaient-ils vraiment conscience de l'acte irréparable que j'avais commis, j'en doutais fort, mais néanmoins, ma folie avait un lien avec ma présence dans les murs sacrés. J'en étais maintenant persuadé.
Puis, un geste dégueulasse remonta d'un jet, taisant la parole, j'eus envie de vomir, mais continuais de marcher, une sensation de déni, d'abandon, de lâcheté, c'était incroyable et cette pensée me faisait extrêmement mal. J'eus l'impression un moment que mes trois gardiens remarquèrent mon mal être, et, si c'était le cas, ils n'y prêtèrent guère attention, continuant notre progression vers un lieu inconnu. J'emboîtais le pas difficilement, telle une machine obligée. À présent, j'avançais avec difficulté. Je marchais et souffrais quand une image redoutée, inconnue, vint me frapper, bouleversement puissant en pleine poitrine, droit au cœur, au cortex et au psychisme, faisant exploser mon âme. Je me contemplais, moi et un revolver, un flingue, ce n'était pas Mikhaïl, loin de là, et je vis ce geste horrible, d'un désabusement des extrêmes, lorsque je m'aperçus, envahi de toute une détresse, retourner l'arme contre moi.
J'arrêtai la marche, les trois aperçurent alors mon âme statique, tétanisée d'effroi.
- Viens, n'aie pas peur, suis nous. Je sais Fils, fit Alexandre, puis il me posa la main sur l'avant-bras, et soudainement la paix réapparue, plus belle, plus limpide que jamais, m'incarnant dans la réalité du présent. Je pris un choc, il l'apaisa de suite, combattant les résidus de mon image en train de se faire exploser la tête. Marcher, suivre les trois, ne pas réfléchir, continuer d'avancer. Les quelques mètres que nous avions parcourus depuis ma chambre, me paressait des milliers de kilomètres, n'ayant plus aucune notion du temps et de mesure.
- Je… essayant de murmurer quelque chose.
- Viens fils, n'aie crainte, nous sommes là, nous allons t'expliquer, Sauveur, ça va?
- Oui, hiéromoine, je crois… je me suis… Il me coupa avec douceur.
- Je sais fils, allons-y.
Puis nous avons poursuivi notre mouvement, nous l'avons continué jusqu'à cet endroit, où j'avais rendez-vous avec les chemins de la vie, celle censer ressusciter l'être perdu, en mal d'amour qui avait muté en folie, en nébuleuse obscure dans laquelle je crus un moment qu'elle était un bienfait pour l'humanité. Alexandre ouvrit la porte, nous pressant de pénétrer à l'intérieur de la pièce, je plongeai à présent.

mardi 2 septembre 2008

Rendez-vous

Je les observais sans dévier de leur visage, je contemplais leur forme pour bien enregistrer visuellement à qui j'avais à faire si jamais je devais me retrouver en fuite, éventuellement consolider un témoignage nécessaire en vue de leur interpellation. Je me faisais les films d'évasions les plus fous, des scénarios imprévus en lieu et place de me laisser guider, c'était bien les ordres de cette force intérieure dont je contestais les requêtes, me demandant de la suivre, de lui faire confiance, de me laisser aller dans ce chemin non désiré.
Alexandre poursuivit sagement, la voix calme et posée, l'intonation propre et lumineuse, solennelle et professorale, me tirant avec toute sa douceur de la dose de paranoïa dans laquelle je sombrais progressivement. Il continua, établissant les contours de ce qui m'attendait, l'explication pour lesquelles je me trouvais ici.
- Viens Sauveur, nous avons rendez-vous!
- Un rendez-vous, fis-je interloqué, surpris, alors que la voix me travaillait au corps, dans une douceur infinie, me sollicitant par un "il faut y aller, aie confiance".
Je ne ressentais aucune force physique supplémentaire pour les suivre, cependant la résonance intérieure se faisait plus forte, plus douce également.
Quel étrange paradoxe murmurais-je intérieurement, quelle drôle de situation dans laquelle je me retrouve maintenant, quel prix avait donc ma vie pour subir les assauts de la déraison, quand serais-je en contrôle me demandais-je, en contrôle sur ma vie.
Une fois de plus, Alexandre, le guide, le hiéromoine, le clairvoyant, lu dans mes pensées.
- C'est bien de cela dont nous désirons te parler cher Sauveur… il insista… cher Sauveur Benelux. Nous voulons t'inviter à un voyage Sauveur, fit Joseph de concert.
- Laisse nous te montrer les chemins de la vie, Sauveur, les chemins de ta vie, viens, suis nous, nous avons rendez-vous.
Puis, ils prirent possession devant la porte, Irina m'invitant au voyage, m'extirpant des capacités de visionnaire d'Alexandre.
- Où, où allons nous, dis-je avec une voix frêle, presque sismique, alors que la douceur m'envahissait totalement, une douceur mêlée à de l'effort, comme si elle me titillait, me demandant d'aller la chercher à travers cette audience avec trois personnages surveillant ma vie depuis… depuis, je ne sais combien de temps. Effectivement, je ressentis qu'il fallait la rechercher et en même temps, la mériter, que la voix avait une connexion avec les évènements. Me raconter les chemins de ma vie, que tout cela était étrange, me dis-je avec confusion. Puis, je me contentai d'obéir, désirant en savoir plus sur les trois personnes me pressant le pas pour cette fameuse réception avec ma destinée. J'avais envie de leur crier de m'emporter, de m'expédier loin, infiniment loin de cette planète et des turpitudes de l'esprit, celles de ma mère, de l'aigle royal, de Mikhaïl ma protectrice et de l'assaut avec les débiles, la gestapo sordide, dont l'événement sanglant se trouvait déjà extrêmement distant. Je n'avais plus de temps pour penser, plus de temps pour plaire, me plaire, chimère de bonheur anéantie depuis des lustres, je progressais tranquillement suivant la voix, j'obéissais maintenant. Dans la démarche qui me menait à traverser la porte pour m'immiscer dans le couloir de l'église des trois saints docteurs, je fis en un éclair le parcours de ma vie, une invasion d'images et de sons m'ayant traversé plus vite que la vitesse lumière. Je contemplai en une fraction de seconde mon existence et j'y vis plusieurs choses, dont la principale tenait en un mot.
Traumatisme.
Alexandre et Joseph me devancèrent, Irina referma la porte de ma chambre puis suivit. Ça y est. J'étais dans le couloir magnifique aux murs tapissés d'icônes religieuses illuminées par des cierges aux flammes tranquilles. Je me laissais aller à ma destinée, laquelle, je n'en savais absolument rien, je soutenais simplement le pas, faisant confiance à la voix, malgré le tueur que j'étais, avais pu être, serais, n'étais pas ou plus. Je ne savais point, tout était flou, confus, mémoire livide de mes souvenirs, j'allais au rendez-vous, à l'audience des chemins de ma vie, escorté par le triptyque des humains en lumière sur mon cas, persistant dans l'interrogation concernant leur existence, la mienne et celle du monde.

lundi 1 septembre 2008

Révérence

Je ne pouvais affirmer avec certitude où le regard du milieu vint se placer dans la violence d'un assassin, dans quelles mesures celui-ci perdait son sang-froid et exécutait froidement, sans pitié, le regard vide de quelque compassion censée irriter un frisson de regret le parcourir le long du corps, lorsque la main se rabat, ou reste tendue, constatant les dégâts, sollicités ou non. Il y a les meurtres à la petite semaine, de style hépatique, d'autres plus violent de type neurasthénique, le tout se regroupant en une forme de cancer ayant envahi l'âme quelle que soit la circonstance. La motivation de celui qui tue, de l'homme qui décide à un moment donné de son existence, de s'exprimer intérieurement pour le mauvais choix, la décision fatale qui le touchera lui et ses proches, lui et sa, ses, victimes, lui et sa conscience à perpétuité, au moment de faire résonner cette voix, vibrant dans la chair exprimant un "je tue"!
Non, je ne pouvais ressentir pleinement la sensation de l'assassin là où je logeais, dans cette pièce froide tamisée par le soleil dont les murs étaient caressés sans cesse par le vent. Je pensais à ma mère et me demandais où pouvait être les acteurs qui m'avaient soulevé de terre, du marbre, sur lequel j'étais hier allongé avant de sombrer une nouvelle fois. Je ne savais absolument pas pour quelle raison étrange, je me mettais soudain à penser à cette violence, mais disons que j'étais plus en alerte sur la façon dont le mal s'immisçait à l'intérieur des hommes et des femmes ayant déjà tué. J'essayais de déchiffrer comment l'affliction pouvait si aisément captiver tant de regards humains, pourtant destinés à bien d'autres mécanismes, bien d'autres douceurs. J'eus un spasme, un serpent invisible me parcourant le squelette, lorsque le loquet de la porte s'ouvrit, faisant grincer les bois du parquet déclenché par les pas d'une petite troupe pénétrant dans ma chambre.
J'avais reconnu le hiéromoine Alexandre, Joseph et Irina, toujours sans aucune indication sur leurs identités complète lorsqu'ils envahirent la pièce.
- Pax sur toi l'ami! clama d'une voix forte le petit homme, le prêtre Joseph, je n'en savais encore rien, ou j'avais oublié, sachant que ces trois-là restaient pour moi, de véritables mystères. Je ne possédais aucune explication quant à ma présence dans ses murs, ni pourquoi j'avais été séparé d'Aquila et de Mikhaïl, ni de mes cures de sommeil à répétition.
Me droguait-on, devais-je craindre pour ma vie?
J'étais dans le flou le plus total lorsque Alexandre le hiéromoine s'exprima.
- Nous t'offrons cette révérence cher Sauveur, bienvenu à l'Eglise Cathédrale des trois Saints Docteurs, tu es à Paris et nous allons t'aider à te soigner, à assassiner en toi les maux les plus astronomiques t'ayant envahi. Et les trois s'abaissèrent devant moi, se prosternant dans une mimique bien huilée, ensemble, sans faire un pli, avec une justesse dans un geste extrêmement précis.
L'annonce de leur carnaval me frappa au cœur, j'étais en danger, j'en étais sur maintenant.
- M'aider à me soigner, répétais-je sur un ton vraiment hautain et dédaigneux.
Je fus surpris de la compassion qui traînait dans leurs réponses, et cela démarra avec Alexandre le hiéromoine, puis Joseph et enfin la secrétaire Irina. Une diatribe dont je me souviendrai toute ma vie, englobant tout le parcours de mon existence, bien avant ma mère, bien avant les huit meurtres, les débiles et la gestapo, puisqu'elle conditionna, en ce lieu, entouré des représentants du culte, mon futur à jamais.

dimanche 31 août 2008

Rencontre

Journée calme aujourd'hui, quoique. On me proposa une réunion. Fin du débat par email. C'est ainsi que.
Merci. Bien à vous. Une rencontre? C'est la rencontre qui tue le passé et fait rentrer l'homme dans l'avenir qu'il soit ange ou démon; une fois dans le cul de sac, les dés sont jetés, attendant une réaction de notre part pour concrétiser ou se sortir du pétrin. L'épreuve...
Tout à fait. Toute rencontre est épreuve, aimer donc le collaborateur de ce rendez-vous, avant que nous eussions descendu l'escalier de la déconfiture ensemble portés par le fruit du mal, ne pouvant réagir, voir à l'inverse, transformer la rencontre en providence, afin de gravir seul, celui de la paix. Il ne tient qu'à nous, n'est-ce pas?

vendredi 29 août 2008

Le début

Je me réveillai dans une chambre austère, la lumière perçait à travers les carreaux de la petite fenêtre, venant envahir le sol sur lequel elle dessinait deux rectangles écarlates, la flamboyance du reflet se mêlant au parquet boisé du sol. Je compris tout juste que j'avais de nouveau sombré dans un sommeil profond, lorsque j'ouvris les yeux dans cette pièce à l'atmosphère froide, dénudée de toute décoration. Je découvris un lavabo accompagné du nécessaire de toilette primaire, un petit bureau rectangulaire se tenait juste à côté de la faïence, dessus, une assiette remplie de fruits multiples attendait que l'on daigne s'intéresser à elle, contre le mur du fond, une armoire en aggloméré terne trônait sur la rigueur du lieu, le lit une place sur lequel j'émergeai ressemblant à un plumard de cellule, était le dernier objet à compléter le carré dans lequel ma réactivation continuait d'agir. J'apparaissais au monde, dans un état de forme légèrement meilleur que la veille, ou l'avant veille, rayé de toute notion de l'espace et du temps.
Dormir, je n'ai fait que cela pensai-je; où suis-je, où sont les moines, les prêtres et la femme secrétaire?
Il était invraisemblable que je me récupère ici dans un tel état de médiocrité, après avoir parcouru des paysages fantastiques, escorté d'un aigle royal nommé Aquila, d'une arme automatique flamboyante, une Kalache, Mikhaïl la répétitive et me trouver séparé de ces compères m'ayant accompagné dans les contrées sauvages des steppes du mythique Caucase austère et magnifique. Le silence pénétrait de toute son épaisseur la chambre, le silence dépouillait toutes les extrémités de mon être, ne me plongeant nullement comme on aurait pu le croire, dans une certaine mélancolie désabusée, mais m'encrant les pieds dans le réel, m'incarnant totalement avec l'endroit étrange, mystique, dégagé de tout ornement superficiel, inutile dans lequel je me ranimai ce jour, rendez-vous étrange dont je ne connaissais ni la date, ni l'heure, humain dépourvu de tous repères chronologiques.

jeudi 28 août 2008

Le hiéromoine

C'était juste une semaine après mes trente et un an, je m'en souvins comme si c'était hier. Oui, la résonance de ses voix rodait encore dans l'espace, me ramenant d'entre les morts, me délivrant de tout milieu, de cet entre-deux dans lequel j'avais demeuré, flotté, concentré toute l'interrogation sur cette solitude prisonnière, celles-ci m'avaient arraché à la transition et je les entends encore se manifester; plus que cela, je les sentis me pénétrer une ultime fois depuis cette période qui changea le cours de ma vie, la semaine qui succéda l'anniversaire de mes trente et un ans, le dernier que je devais célébrer avec les miens. C'était il y a bien longtemps et je m'en évoque le souvenir comme si c'était hier.

J'entendis des bribes de voix légèrement éloignées, puis, lentement, celles-ci se rapprochaient en douceur, je me sentais émerger, sortir, m'échapper, revenir. Aidez-moi, aurais-je voulu crier.
Ce n'était pas un bruit, c'étaient des parties de sons morcelées ressemblant bizarrement à un mauvais enregistrement, une vieille VHS larmoyante, faisant ressentir son piteux délabrement. Dans l'état dans lequel je me trouvais, il n'y avait pas encore de place pour la certitude, c'était étonnant, me considérant telle une machine répondant aux sons venant flirter en boucles avec mon ouïe dévastée. Je reprenais le dessus, certes, mais j'étais encore dans cette phase d'indécision quant à mon identité et ne savais encore rien du lieu où je me trouvais. Je me calais sur les exigences du réveil de mon être, il n'y avait rien de plus à faire pour le moment; de toute façon, je ne pouvais que me laisser aller, décrypter tant bien que mal les voix, et cette tâche était déjà, amplement suffisante. Voilà, c'est ainsi que je revins à la vie, c'est ainsi que tout changea radicalement, lentement, que je me remémorais à nouveau ses murmures.
Ou suis-je, qui, qui êtes-vous… on verra plus tard concernant mon identité, l'administratif. Mais alors, je... je n'étais donc pas mort…
À défaut d'y voir nettement, de façon dégagée, je me dirigeais au son, comme l'aveugle imaginant un nouvel itinéraire, dont le chemin se dessinait à l'intuition et au sens, sémantique de survie à incorporer par le cerveau du non-voyant. J'appelais, j'épelais, dépendant comme un enfant, je pleurnichais intérieurement tel un animal vaincu. L'olfactif se remit en action, je décelais une odeur d'humidité, mêlée à de la pierre et du marbre plus que centenaires, de l'encens également, puis, le brouillard commença à se dissiper, le flou s'évadait comme un retour de fond d'œil, je commençais à entrevoir des silhouettes, à deviner le plafond qui s'avérait être assez élevé. Je vis sur ma droite, une silhouette noire, des contours humanis se dessinaient progressivement, puis, une deuxième silhouette noire à forte corpulence se rajoutant à mes premières impressions visuelles. Il me semble que sur ma gauche, un corps plus frêle et de petite taille semblait désigner le sexe opposé, des dizaines de petites flammes ondulaient autour de moi, éclairant des rectangles et autres mosaïques dont le contenu flou m'était encore étranger à discerner. Un panel de couleurs prenait position dans mes orbites et le travail de convergence-divergence, renouait avec sa mécanique, comme elle n'en avait jamais perdu le rouage. Tout doucement, les éléments se mettaient en place et les apparences devinrent deux hommes et une femme, les lueurs des bougies, les rectangles et les fresques, des icônes extraordinaires. J'aperçus un homme de taille moyenne avec une longue barbe poivre et sel, des cheveux très longs, des yeux marron très puissants, vêtu d'une aube noire, une croix à huit branches reposant sur le haut de son abdomen. La deuxième personne, à la carrure athlétique, avait l'air plus jeune, aux alentours de la trentaine, voir moins, superbe dans une aube noire également, avec des orbites bleu azur translucide. Je commençais parfaitement à visualiser l'espace, le lieu, dans lesquels je me réveillais sortant de mon anesthésie chimérique. Je vis la femme, dans la trentaine elle aussi, en tenue de secrétaire très discrète, avec un crucifix huit branches également. Elle était petite, menue, non pas quelconque, bien au contraire, laissant entrevoir un caractère féroce malgré la douceur qui sortait également de ses orbites noisette.

Il y avait trois humains daignant s'enquérir de mon cas ce jour-là, et lorsque je me réveillai, je contemplai la tranquillité incroyable, dégagée de cet environnement fait de beauté cultuelle et de chair humaine. Mes iris jouaient avec les flammes des candélabres, je pris le temps de bien assimiler les visages des êtres m'entourant, l'homme athlétique avait la main posée sur mon épaule droite pendant que la jeune femme me tenait la main gauche, dans un geste de douceur et de délicatesse infini. J'observai aléatoirement les environs, il n'y avait pas d'aigle, je ne voyais plus Aquila, encore moins Mikhaïl, je ne flottai plus, et me trouvai allongé, ma nuque redressée, certainement soutenu par une couverture, un coussin, ressentant peut-être du velours, du tissu sous la tête. Ma contemplation de l'espace se poursuivit quelques secondes, il n'y avait aucun doute, j'étais dans une église et il n'y avait également plus trace de montagne m'entourant d'un panorama fantastique. Enfin, je murmurai une phrase, quelque chose, j'osai. Je n'avais rien à perdre car je ne comprenais vraiment rien de ce qui m'arrivait. À la rigueur il eut mieux valu que je reste dans l'inconnu et le mystère, enfin, je compris de suite que les humains m'enclavant, les moines, la secrétaire, au regard de leur attitude compassionnelle, étaient bien là pour un but, un principe. Je n'avais pas dévié, ni atterri ici par hasard. J'ouvris la bouche, j'osai, je n'avais plus que ça pour le moment en guise d'expression; baigné par le balancement des cierges, il fallait que je me lance.
- Ou… ou suis-je?
- Gloire à toi Seigneur fit l'homme plus jeune, ou le prêtre, en me fixant de ses globes lumière.
- Il est bien prêtre me fit le colosse barbu, ayant pénétré mes pensées, les ayant anticipées et lues comme une IRM visualisant parfaitement les contours du cerveau.
- Comment est-ce possible, grommelais-je!
- Rien n'est impossible au Seigneur, Sauveur…
Sauveur, je me remémorais maintenant, c'était mon nom, Sauveur, oui… Benelux.
- J'essayai de bouger, déplacer un membre, mais mon corps ce fardeau, me semblait peser des tonnes, me sentant également comme aspiré par le sol, sur lequel ma chair reposait de toute l'interrogation de son existence.
- Imiaslavié… dit dans une grande profondeur, le barbu à la quarantaine bien dépassée.
- Comment connaissez-vous mon nom et… que fais-je donc ici?
- Imiaslavié… répétèrent maintenant en chœur, les deux silhouettes aux aubes noirâtres.
- Plus tard fils.
Fils, bizarre que tout ceci, pensais-je. Ils m'aidèrent à me redresser, ce qui me permis d'admirer la beauté de l'intérieur de l'édifice, nous n'étions que tous les quatre, personne d'autre à l'horizon ne semblait se recueillir. Je m'interrogeais en profondeur sur ma présence dans ce temple, dans un apparat des plus sommaires. Un vieux jean Levi's, une paire de Reebok usés, un t-shirt blanc et une veste polaire me gardant pleinement au chaud pour le moment. Je dévisageais du coin de l'œil mes trois samaritains, si seulement ils en étaient, car j'étais dans la méfiance totale, ayant perdu le fil de mon histoire personnelle au sujet de ces silhouettes, malgré tout souriantes, mais jusque-là inconnues dans l'historique de ma vie. Néanmoins, je me souvins du rêve, ou de la réalité que j'avais éprouvée. Aquila, Mikhaïl, les steppes du Caucase. Je méditais, contemplatif.
- Qui êtes-vous, m'exclamai-je enfin!
Un silence intervint, bref, succinct, suffisant pour entendre les présentations de mes nouvelles têtes.
Je suis le hiéromoine Alexandre et lui c'est Joseph, il est prêtre. À ta gauche voici Irina.
J'écoutais le dénommé Alexandre introduire ce petit monde, j'observais, sondais.
Alexandre, Joseph et Irina comment… demandais-je, dans un air presque hautain, comme s'il était naturel, selon moi, de connaître immédiatement leur identité complète, leur réponse suffit à amplifier ma parano, m'explicitant de rester sur mes gardes.
Les deux hommes, soudain, s'esclaffèrent, m'achevant de leur certitude. La jeune femme gardant son regard rivé sur moi.
- Ah, Ah! Cela n'a aucune importance, de toute façon, ce n'est point pour cela que tu es ici, le ton divergent vers une noble fermeté pour ces derniers mots.

mercredi 27 août 2008

Flottement

Voilà, j'étais mort. Je ne saurais exactement comment le définir mais je vis qu'à cet instant, je partis de l'autre côté, là, ou selon les dires des hommes, tout était blanc, nacré, lumière, éclatant, radieux, sans qualificatif. Voilà, j'étais mort.
Il n'y avait plus de vent, plus d'aigle, plus de Mikhaïl, encore moins de vieille femme slave à genoux. Je ne sais pas ce qui me prit lors de cette imminence de ne pas me remarquer flotter dans un espace intemporel, j'étais une transparence à la lueur du jour, mais dans une différente atmosphère délaissée de toute matérialité. Le silence avait envahi l'endroit paisible où je résidais, léger comme une plume, il n'y avait plus de Caucase, plus de Russie, ni de luminosité et autres décors s'étendant à l'infini ou un vent joueur et obscur venait caresser, distraire l'intellect de son souffle discret, désirant exposer au monde qu'il était bien une des composantes de Dieu, lié à l'Univers jusqu'à sa terminologie. Insaisissable, il était bien dommageable de constater que je n'éprouvais aucun sentiment particulier, à vrai dire, je me trouvais entre deux, tiède il est vrai, plutôt sans avis, démuni d'émotions, sans principe, mais tiède c'est encore hésiter alors que je déambulais dans un vide cérébral et sensoriel. Je ne pouvais pourtant manquer ce vent dans l'attitude glaciale des hauts plateaux des steppes du Caucase, l'écoute de celui-ci étant la principale distraction des monts prenant leur hauteur environ à trois cents kilomètres du détroit de Kertch, culminant dans sa partie centrale avec de vastes massifs volcaniques englacés. Il était clair et limpide, certifié, que je ne me comprenais plus en qualité d'être humain mais bien en structure de défunt, je flottai, basique pour l'environnement, ne déchiffrant rien d'autre que de l'air et ma personne, seul, car accompagné, habité de je ne sais quelle tranquillité censé me diriger quelque part, à l'intérieur du temps dans lequel je baignais. J'étais mort, me devisant pourtant, comme bercé par une musique de ces vieux films des années cinquante, des voix de sirènes, une caisse claire, des violons pour le romantisme, la nostalg', accompagnant les maîtres des lieux, fumeurs invétérés, acteurs patibulaires, vrais de sincérité, puisque dans le drame et la perforation, vivant au sens action du terme, très éloigné de la minute des hommes conduisant sans ceinture de sécurité.
Voilà, j'étais mort, ne me remémorant nullement tout ce qui s'était produit, d'ailleurs c'est bien pour le lecteur avisé que j'en précisais le phénomène, la quintessence obligatoires de ce scénario compliqué, certes, mais aussi élémentaire pareillement à la raideur d'un bout de bois, nature indiscrète des paraboles de l'homme sur la simplicité d'une forme. On ne s'émerveillait absolument plus de rien, même de la mort et c'était le drame, un cataclysme personnel.

À décrypter, cette sensation s'avérait absolument démente, je me serais cru logé dans une capsule, devant errer ici jusqu'à la fin des temps, peut-être même rattraperai-je le big-bang en ayant effectué la grande boucle du renouvellement humain, doté d'une méthode totalement révolutionnaire, jusqu'alors inconnue, pourtant cherchée, totalement ignorée, affaire de divinité, de présages incomplets, qu'il m'était totalement impossible d'entrevoir - pour le moment - là ou je demeurais, flottant dans l'espace, le moindre murmure d'amour. L'amour dénigré, discrédité, bafoué, pudeur massacrée dans des orgies consacrées sur l'autel de la télévision.
Non, ici j'étais en transition, commençant à digérer les mauvaises appréciations géographiques de mon parcours terrestre, j'évoluais, j'étais un évolutionniste, de la poésie, du sacré, de l'inachevé, de l'enfant qui pleure, du jugement, de l'espoir, non pas du retour, mais de l'avant vers le je ne sais quoi. L'amour délaissé, oui, bafoué, conjuré, cependant en mutation, avec mon être, Sauveur Benelux, c'est mon nom, enfin, en attente, je commençais à apercevoir, finalement, l'ouverture de conscience théologique, pour laquelle j'étais destiné. Je résidais dans la transition, j'attendais que l'aigle royal vînt peser mon âme, patientant d'émotion, de douceur, muni d'une sagesse surprenante du désir de me tenir droit, présent devant la femme slave à genoux, daignant me préparer pour ma destination future, je comprenais à présent. Souffrir oui, mais de façon concrète, la plus désintéressée, offert en concept à cette dimension plus grande enveloppant l'homme. Aquila, Mikhaïl, les débiles, un piano. Les violons de la transition m'éduquaient, ma mère, oui, je ne reviendrai plus, ensuite me faire récupérer par Aquila afin qu'il me mène à la femme slave à genoux. J'apercevais brièvement ce qui se tramait, c'était noir et la reconnaissance du tissu au toucher. La vieille femme préparait, Aquila sauvait et sondait, ils étaient les médiateurs de mon univers prochain, rien de plus, partie intégrante du plan total, faisant leur travail, un point c'est tout. Chaque chose en son temps. Voilà, j'étais mort.

lundi 25 août 2008

La femme slave à genoux

La femme slave à genoux.
Les mots résonnèrent dans mon être comme une balle, là, tout en haut de l'Elbrouz, près de l'oiseau des hauts plateaux, près de l'arme obéissant aux ordres. Non ce n'était pas Mikhaïl, l'automatique qui tuait, dévastait, perforait milliers de familles sur le globe, mais bien la pensée, la Kalache étant l'objet de la décision, du contrôle, du retour sur soi, celui que je cherchais inlassablement depuis cette date ou je vins au monde, depuis le temps ou il me fut donné d'hurler, me débattre dans les méandres des premiers gestes enfouis dans les profondeurs de ma mémoire. La pensée tue, l'arme suit, les hommes tombent, l'espérance demeure alors que les cercueils planétaires déambulent par milliers sous la chaleur accablante des raisonnements exécrables, des choix irréversibles de l'oubli. Mikhaïl observe, l'homme tue, le métal exerce. Je choisis; l'assassin ou le poète, l'assassin ou le sage, l'assassin ou l'assassiné, tout est question d'angle de vue, d'où l'on réside quand satan vient visiter l'âme humaine afin de pervertir, diviser, lier, intimant l'ordre de tirer… de… tuer.
Perspective. J'ai besoin de musique, je sens les violons des concertos s'unir à la vie dans les opéras planétaires, dont je n'aurai plus jamais la gloire de goûter. Je me contenterai du vent, soit. Visiter la femme slave à genoux. Je suis prêt.
Aquila comme à son habitude, le regard fixé sur l'immensité du monde attendait mes demandes, parler hors contexte, lorsqu'il n'était pas nécessaire ne faisait absolument pas partie de son credo. S'exprimer au moment voulu, opportun, choisi, intervenir, toujours avec concision, pertinence et précision, telles étaient les valeurs de l'oiseau roi. Amen.
- Aquila… Silence.
Ou se trouve la femme slave à genoux?
Silence encore, il désirait que j'écoute la brise, ce concert perceptible, semblable à une musique gracieuse en haut de la montagne rude et abrupte du Caucase, que je me concentre sur l'essentiel, c'est à dire sur le vent, s'unir au vent, comme une longue marche qui commence à prendre possession du corps, instaurant, creusant de toute sa vérité en l'homme, le silence. L'essentiel du silence, le vent, moi et l'infini, bannir le remords à jamais pour renaître à nouveau afin de me dépouiller du mal, pareil au poussin brisant coquille, identique au nourrisson survivant ayant connu le drame post-natal des fers compressant le cervelet, déclenchant le cri du rescapé, hurlement tétanisant les chirurgiens des blocs cliniques terrorisés par la possibilité de l'échec, redonnant le sourire à la mère lorsque violence naquit sur le champ de guerre des paradigmes terrestres. Le vent, écouter le vent en attendant qu'Aquila m'aiguille, me délivre à moi aussi un peu de douceur au sujet de ma prochaine latitude, perspective de mes repentances, toutes sans exception, je le savais au plus profond de moi.
Le zéphyr encore, se faufilait entre les pics aiguisés du Caucase russe, délivrant une mélodie légèrement aigue, en retrait, souffle insaisissable, se délectant de toute conquête humaine depuis la nuit des temps. Je commençai à me mêler à cette résonance jouant continuellement avec mon intellect. Le silence animé du simple bruit naturel me dépouillait à une vitesse progressive, un processus doux me conduisant à une prise de conscience inévitable de cette transformation, une certaine assise de maturité grandissante se construisant en moi, depuis le départ, malgré la fuite, l'absurdité, le changement, non sans douleur. C'était, je dois l'avouer, la moins désagréable des sensations qu'il m'ait été donné de ressentir depuis notre envol en catastrophe de Paris. Je me dépouillais dans une lenteur assassine de tout ce dont j'avais connu jusqu'à ce jour, un phénomène impressionnant éprouvé au plus profond de ma chair, l'esprit lui aussi, enfin lié au commandement des forces naturelles qui agissaient en moi. J'attendais un signe, un geste d'Aquila concernant la suite des évènements, mais rien ne le bousculait lors de cette attente, il avait terminé par les mots, souffrir, femme slave…
Je n'en savais pas plus, simplement que mon interrogation s'était transformée en une soif de savoir, d'attente inachevée, voulant tout connaître, maintenant, de suite, sur la femme slave à genoux. En réponse, rien, uniquement la vision de l'aigle royal extatique sur le panorama des montagnes sacrées. J'avais soif depuis ces dernières paroles et il fallait me remplir, j'avais faim, j'avais froid, je commençais à ne pas me sentir admirable dans mon être car mon impatience ainsi que ma fougue n'étaient pas encore domptées. Je vira soudainement du sentiment de tranquillité à une sensation bizarre, flirtant avec une ligne presque maladive, non, je n'en savais pas plus, c'était tout simplement étrange. Le feu commençait à me consumer car les pensées prenaient le pas sur la maîtrise, l'homme n'était en fait qu'un enfant, je ressentais les pulsions m'envahir et me lacérer la peau, le vent encore se promenait comme si de rien n'était et tout à coup, l'atmosphère de mes rêves changea, je supportai de moins en moins ce qui se produisait, la fièvre soudain, s'empara de moi et ça avait pour conséquence, de ne vraiment pas émouvoir le rapace contemplatif.
- Elle agit en toi me dit-il, toujours fixant l'azur sans me prêter quelque attention. Patiente, ce n'est que le début.
J'enregistrai l'écho de sa voix, mais ne dit rien, je n'ouvrai même pas la bouche tant la douleur commençait à s'emparer de moi, je ne compris absolument pas ce que l'oiseau voulait signifier lorsque je mis un genoux à terre. Le vent continuait sa danse, une rythmique qui maintenant me tapait sur le système, des brûlures abdominales m'envahirent et je me pliai totalement sur le sol, le front en sueur, décontenancé de la rapidité de ma mutation. Je sentis qu'Aquila ne bougeai pas, j'avais déjà oublié ses quelques mots incohérents, j'avais mal et refusais la douleur, comme je niais la totalité de ce conte étrange, depuis le cri me portant au monde, depuis le premier jour de ma vie, ressentant l'historique de toutes mes punitions, je ne pouvais lui donner quelconque rationalité, l'expliquer, mais le tourment m'appris en un éclair de souffrance, de sècheresse au niveau de mon âme, le déni de toutes mes émotions ne désirant qu'à s'exprimer, mais n'ayant jamais trouvé le jardin d'Eden ou fleurir pour toujours. Etait-ce pour cela que j'étais ici, sur le mont Elbrouz, je n'en savais rien, cependant un mythe avait débuté et je n'avais guère d'autre choix, que de me donner entièrement à cette chimère de la femme slave à genoux.
- Tu ne crois donc en rien, me dit Aquila, non sans une certaine déception dans le timbre de sa voix. Patiente encore.

Le destin devait se jouer sur deux principes, la liberté d'accepter ou contrecarrer le plan livré sur l'autel de nos vies singulières à tendre vers le royaume de l'impossible réalisé. Voici le problème, se concentrer sur l'inévitable désir de penser, ou tout du moins freiner les attaques incessantes sur les auto-projections de nos avenirs glissant vers le grand nulle part, hommes faibles malheureusement, intégrant la pathologie du siècle de l'aventure unique, magique ou tout bonnement et réellement spirituelle, d'être dans l'instant présent de notre propre vie.
Aquila, je me tendais vers lui de tout mon corps, les pensées essayant de s'extirper de mon corps meurtri par la frustration de l'attente, je désirais comprendre quelle était cette saladerie concernant la femme slave à genoux, quelle oraison mystique l'oiseau-roi désirait me délivrer à travers cette expectative du symbole de la vieille. J'attendais, point. Je subissais aussi, je n'avais plus le choix, intérieurement je mourrais, de ne plus savoir, de n'avoir jamais su, seul, j'étais enfoui dans l'ombre de mon fardeau, celui de huit hommes assassinés, partis, pour toujours, au moyen de ma folie, de par mes actes cinglés, d'un manque de discernement concernant un conflit auquel j'avais répondu par l'action de représailles. Mais quelle était donc cette force sortit de moi, au moment où je me sentis menacé, à l'instant précieux de ma survie quand je devins fou et les tua tous. Ce mystère, un jour, percera le voile de la faillite de ma vie, afin de mieux reconstruire. Faux. Pour tout reconstruire. J'aurais ma chance à nouveau, je serais lavé, je le sais, je dois attendre, patienter éternellement, c'est pour cela que je suis venu au monde, uniquement ferme dans ce principe, c'est pour la même raison que je ne verrai plus ma mère, j'ai déjà muté, seul, je ne suis plus le même, mon nom est différent, je la vois...
Le silence s'impose, paisible dans l'invisible, sans fuite, incorporant l'homme et son unité au monde, puis, soudainement, un matin différent nous enterre, une situation, des armes, du sang, des morts, c'est fini. Ma mère, je ne la reverrai plus jamais, c'est ainsi, je devais m'entraîner dans le douloureux processus de cette parabole. Non, je ne reverrai plus aucun des visages que j'avais toujours côtoyé car j'ai tué, j'ai exécuté et je devais rendre grâce pour avoir échappé au saccage de ma vie, en attendant d'être jugé, en attendant d'être délivré au monde carcéral Français. J'attendais, le poids des péchés pesant déstabilisant mon axe, là, en haut de cette montagne, et je sanglotais intérieurement, frustré, intériorisé alors qu'il aurait fallu que je sois lavé par les larmes du repentir et de la foi.
Qu'en était-il?
Rien, il n'en était rien, j'espérais suspendu au temps, que l'on daigne se pencher sur ma vie et me secourir. J'étais dans la peau du lanceur de s.o.s, mais l'aigle royal n'était-il pas lui-même la réponse à cette bouteille jetée à la mer, le verre de tout mon désarroi terrestre, Aquila qui m'arracha aux démons intérieurs, à la pensée meurtrière, à l'homme que j'étais devenu, machine assassine hors contrôle de son intelligence.
Mon Dieu, pardonne-moi. Seigneur prend pitié, aie pitié de moi pauvre pécheur, je n'ai jamais su, ne détourne pas ta face de moi, je crie vers toi, ou es-tu?
Je ne voyais rien, aveuglé par cette culpabilité aveugle, l'oiseau ressentant pleinement les émotions que je délivrais à la terre, tel Juda, je me décomposai en cendres de ces huit meurtres, éclaté de toutes parts par cette mélancolie du passé. Le passé tue, il a toujours tué l'homme, le passé, son boulet, de la glu vicieuse. Ma main droite commençait à se paralyser, la fièvre me gagnait insidieusement, toujours plié en train de me débattre, mes sens se jouaient les uns des autres, tout n'était que confusion, je ne me remémore qu'un détail, lorsque face contre-terre, je frappai la roche avec violence de mon poids inexistant. Je vis le visage de ma mère me sourire une dernière fois, j'entendis, j'en suis sûr, le cri du vent se baladant libre de toute contrainte chimique. Ensuite plus rien. Trou noir. Ciao. Bye bye.
A…qui…la. Terminé.

vendredi 22 août 2008

Mont Elbrouz

Je me réveillai en haut d'un col, ragaillardi et puissant, mais le plus stupéfiant, recouvert des pieds à la tête de vêtements Goretex spécifique montagne. Incroyable. Aquila comme à son habitude scrutait l'azur méditatif, j'avais l'impression de ne pas être en compagnie d'un oiseau, mais plutôt d'une double personnalité, d'un homme aigle, c'était étrange, bref. Je bougeai mes membres, nous étions assez élevé dans l'hémisphère, je m'étais endormi dans les airs et voilà que je me trouvai dans les hauteurs d'une cime, délivrant un espace creusé dans la roche. Je m'approchai de l'oiseau royal avec douceur, Mikhaïl posé sur le sol, soldat aux ordres. Je n'osais émettre un son, tout avait été essentiellement bizarre depuis l'assassinat des débiles. Je scrutais l'horizon. Je me trouvais devant le spectacle géographique le plus extraordinaire qu'il m'ait été donné de voir durant mon existence. Il n'y avait pas à tergiverser, si j'avais effectivement longtemps rêvé de changement dans ma vie, je me trouvais devant la preuve en image, dans l'accomplissement physique que je n'étais plus sagement assis dans mon appartement parisien, en attendant que la vie passe, morose et terne, en plein milieu d'une déprime inutile, destructrice. Je dévisageais le spectacle étonnant de la nature, je me positionnai à côté de l'oiseau, nous contemplions tous les deux les cascades de rocs s'étendant à l'infini. C'était gigantesque, grandiose, je ne trouvais pas les mots pour exprimer quelque appréciation afin de commenter ce qui se trouvait devant moi. C'était tout bonnement inutile, on ne peut décrire le magique, celui-ci requiert le silence et l'harmonie, rien de plus. Le vent émettait un son aigu, un sifflet continu dû à ses infiltrations incessantes entre les pics et les monts. Nous étions haut en altitude et bizarrement, je ne ressentais aucun traumatisme, aucun malaise dû à l'élévation. Aucun mal des montagnes à signaler. J'étais tout simplement bien. Un homme avec huit meurtres sur le dos, mais étrangement tranquille.
- Ou sommes nous Aquila, et qui m'a mis ses vêtements? Lui demandais-je, brisant son silence intérieur.
- Nous sommes sur le mont Elbrouz, le plus haut massif volcanique englacé de la chaîne du Caucase dans la partie Russe, il est également le plus haut d'Europe. Nous sommes à peu près à quatre milles mètres d'altitude sur les cinq mille six cent quarante deux mètres ou il culmine. Bienvenue, à la maison Sauveur, pas trop froid? fit Aquila, plus détendu avec moi qu'à l'accoutumée.
Je découvris à mon plus grand étonnement que la communication avait changée, ce n'était plus l'intelligence qui transmettait ses pensées, mais une voix audible humaine, puissante qui conversait à présent, un son rauque, grave, rassurant, une conversation des plus normale sans que l'aigle n'ait besoin d'articuler. Il m'envoyait ses pensées qui se matérialisaient en phonème clair dans l'atmosphère, c'était tout simplement impressionnant.
- Tu parles à présent dis-je à l'oiseau?
- Plus je gagne de la hauteur, près du firmament, de la voûte interstellaire, plus mon langage se fait clair et limpide, c'est ainsi, ici je suis chez moi, la communication n'est pas un problème. En bas, chez les hommes, je peux uniquement me contenter de la raison, dans mon élément c'est l'opposé, tout devient plus clair, plus dégagé, mon ciel est un peu comme la terre pour toi lorsque tu converses avec les autres humains, tu comprends, le tout est de prendre de la hauteur, c'est pour cela que tu es là n'est-ce pas, dit Aquila presque d'un air moqueur.
Je fixais au loin dévisageant le Caucase dans son immensité, c'était tout bonnement féerique, extraordinaire.
En Russie, à la maison, murmurais-je. Je contemplai mes vêtements d'aventurier des glaces. Une combinaison dernier cri pour accéder, au minimum, au sommet de l'Himalaya. Des boots particulièrement chaudes me protégeait mes pieds du froid des hauteurs. Je me demandais comment s'était déroulée ma transformation vestimentaire pendant mon sommeil. Se retrouver sur le dos du prince des oiseaux, du roi Aquila, Mikhaïl en bandoulière, Paris, enfin atterrir dans les montagnes sacrées du Caucase Russe, tout était extrêmement chimérique et cependant je me devais de m'acclimater à cette réalité nouvelle, car il n'y avait apparemment pas de billet retour.
- Tu m'as dit que je devais me purifier de ces huit meurtres n'est-ce pas? Qu'est ce que cela signifie, explique-moi Aquila, je t'en prie.
- Fils…
Je fus surpris qu'il m'appelle ainsi, avec cet air si familier, je ressentis une compassion infinie, une connivence jamais décelé auparavant dans l'histoire de ma vie. Il poursuivit.
- Fils, comprends que je suis le messager, le coursier des âmes en détresse. Tu étais, tu es une âme en détresse, je suis venu te chercher pour te guider sur la route qui est la tienne, trouver enfin ta place ici-bas, pour que tu puisses gagner le ciel sur la terre, entends-tu, fils…
Gagner le ciel sur la terre, jamais on ne m'avait parlé ainsi, jamais je n'avais ressenti pareille émotion, là, sur les toits du monde organique, là ou les cimes inaccessibles aux plus puissantes armées m'étaient offertes en cadeau, à moi, l'âme abîmée, en détresse comme l'avait mentionné Aquila, une âme à reconstruire sur les massifs de Russie, là ou la température glace, hypnotise, paralysant les jointures jusqu'à une mort certaine. Je commençais à me rendre compte que nous allions passer dorénavant à autre chose, le ton intime d'Aquila me confirma dans cette analyse. Un ton personnel néanmoins commanditaire. Je me répétais en boucle cette idée que je ne retournerai jamais dans mon pays, qu'il n'y avait pas de ticket retour à cette chronique. J'étais seul avec l'aigle royal et Mikhaïl ma compagne de guerre, en haut du Mont Elbrouz, le géant du Caucase, je méditais sur cette histoire de purification des huit meurtres, huit fois, j'ai tué, je tue, je tuerai. Plus jamais je ne reverrai ma mère, plus jamais mon pays, quelque part, c'était mieux ainsi, j'avais besoin de fuir, de changer et réparer la douleur de ces huit meurtres même si j'étais persuadé que j'en ressentirais l'affliction jusqu'à ma mort. Le seul repère qui me permettait d'espérer était de se retrouver ici accompagné d'un aigle royal avec qui je discutais comme si je m'adressais à un ami. J'imaginai les files de véhicules coincés dans la capitale Française, provoquant l'hystérie de ses occupants, je visualisais les coronaires des conducteurs pris au piège du drame de la cité étouffante, et je ressentais de la compassion face à leur souffrance, moi, le fugitif des steppes, de la taïga, moi le ouigour armé de Mikhaïl la répétitive. Je me sentis pousser des ailes, une force jaillit en moi, une puissance identique à l'aigle royal déployant son envergure afin de bien envelopper l'univers accueillant, la même nous envoyant au combat, lorsque j'arrachai les débiles, la gestapo au néant, me renvoyant à ma propre culpabilité, me propulsant au devenir de mon existence, oui, la même, une robustesse invincible. Je percevais cette énergie à l'intérieur, mêlée à un sombre remord, traînant là comme une écharde, remémorant l'assassinat des débiles, de la gestapo et d'un passé inutile avant que tout ceci n'arrivât. Je jouissais également, maladroitement peut-être aussi, du fait que cette tuerie mêlée à ma folie avait déclenché le changement, j'avais dû sacrifier, pour me sortir de l'étau dans lequel je me trouvai depuis des années. Mourir pour vivre à nouveau. Il faisait de plus en plus froid.
- Et maintenant, demandais-je à Aquila!
L'écho de l'oiseau retentit sans encombre, résonnant dans la cavité où nous avions trouvé refuge, une phrase nette et précise.
- Maintenant me dit-il…
Une pause prit place dans la création avant qu'il ne reprenne.
- Maintenant, tu vas devoir souffrir, je t'emmène voir la femme slave à genoux.

jeudi 21 août 2008

Départ

Une fois évacué la torpeur de ces trois jours, de la machine oisive qui s'empara de moi, l'heure était venu aux réponses, donc aux questions. J'ouvris les yeux non sans difficulté. Un bol de riz et du thé vert trônait sur la table basse du salon, un courant d'air frais se baladait dans l'appartement, de l'autre côté du salon, je vis Aquila scrutant l'horizon tel un empereur fier. Mikhaïl n'avait pas bougé d'un millimètre, prêt à intervenir, à faire son boulot. L'aigle royal m'entendit frissonner, son visage se braqua sur moi, de loin, je ressentis une certaine amitié, une complicité émanant de son regard puissant, puis, de nouveau il se cala sur le panorama, sans émettre aucun bruit, quelque mouvement, tout simplement splendide dans sa pose autoritaire, éducateur de l'homme perdu sur la terre. J'avais du mal à me lever, néanmoins je fis cet effort, par nécessité de l'humain devant se mettre en route, quelle que soit l'instance de ma vie et ce qui m'attendait dans celle-ci.
Quand même, un homme accompagné d'une Kalachnikov et du roi des oiseaux, pensais-je…
Je m'approchais de la table, avalai le riz et bu le thé en un temps record comme un pèlerin affamé sur son propre territoire. Je digérai bruyamment au moyen de mon estomac resté vide durant ce temps de végétations et de soins, à l'heure actuelle je ne savais quoi penser de ce qui m'était arrivé, de ce qui m'attendait précisément. La réalité était qu'Aquila trônait à la fenêtre de mon appartement dominant l'azur de la ville, Mikhaïl se tenait incliné un peu plus loin sur le côté, ouvrant dans mon intellect cette obligation rationnelle humaine ou tout se vérifiait dans les faits, non dans les dires. La présence certaine, incontournable d'Aquila me poussait inévitablement devant une évidence quant à la véracité de la situation. Plusieurs journaux traînaient sur le sol à côté de l'oiseau, impeccablement pliés les uns sur les autres, formant un arc en éventail. Soudain, sans se retourner, Aquila déploya toute son envergure, le rapace mesurait entre deux et trois mètre de diamètres avec une profondeur frôlant les quatre-vingt-dix centimètres. Ce léger mouvement était tout bonnement impressionnant. On aurait pu penser par cette action qu'il se faisait menaçant, désirant me prévenir en cas de rébellion de ma part de toute la force dont il disposait pour m'empêcher de fuir les lieux où je ne sais quelle autre possibilité d'inquisition de ma part. Ce n'était absolument pas le cas. Au contraire, dans cette démonstration, se cachait toute une méthode de communication qui m'était destinée, un mode unique linguistique de l'oiseau à l'homme.
Incroyable.
Je restai médusé face à ce qui se déroulait devant mes yeux. C'était tout bonnement stupéfiant. Aquila rabattit ses ailes sacrées, je me sentis complice de son action et compris qu'il m'invitait près de lui, m'expliquant que dorénavant nous communiquerions par l'intelligence, par l'esprit, force de l'aigle royal, oubli de l'homme pressé, langage de l'âme. J'étais un privilégié toujours groguis presque sous le charme de cette science-fiction, mais ceci ne devait pas durer bien longtemps, j'allais très vite déchanter, répondant à l'appel du rapace, je m'approchais de lui et compris immédiatement qu'il désirait que je lise les quotidiens impeccablement disposés sur le sol.
Je vins près de l'oiseau sans broncher, il fit un signe de tête visible dans le coin de mon orbite gauche, un mouvement succinct dirigé sur la pile de journaux jonchant le sol de mon appartement. Je les ramassais lorsque je vis les grands titres des quotidiens nationaux ouvrant en moi l'effroi et la certitude que ce qui m'était arrivé était horriblement réel. Je n'avais pas rêvé, je n'étais pas fou, j'avais bien exécuté huit personnes, les fameux débiles, la gestapo comme tout ceci m'apparut dans le rêve, ainsi que l'indiquaient les quotidiens nationaux.
Le Soir titrait: "Un fugitif en fuite exécute huit adolescents", Le libre hexagone: "Carnage au domicile d'une femme seule", Le Temps: "Meurtre massif dans un petit village tranquille".
En rentrant dans les détails, le contenu des articles dépeignait l'auteur de ces crimes comme terriblement dangereux, sa mère étant en garde à vue, ne sachant ou se trouvait son fils, celui-ci avait apparemment fui, bénéficiant d'un soutien de repli mais à ce sujet, les journalistes restaient vagues et sans précisions concrètes.
- Mon Dieu, m'écriais-je.
- Je sais, répliqua Aquila par pensée interactive invisible, je ressentis sa fusion cérébrale cinq sur cinq et m'accommodai de suite avec ce nouveau mode de communication, comme si nous étions connectés l'un à l'autre. Moi et l'oiseau. L'oiseau et moi.
- Ma mère, pensais-je. Aquila ne laissa aucune place à la méditation concernant ce sujet, il me répondit rapidement, éteignant mon inquiétude.
- Ne t'inquiètes pas, elle ne craint rien, ils ne peuvent rien contre elle. Tout ira bien pour elle. Nous avons, par contre toi et moi, à faire. Tu as tué huit hommes, les débiles, la gestapo, tu dois te purifier de cela, tu te rends compte de ce que tu as fait Sauveur? C'était la première fois que le rapace m'appelait par mon prénom, connaissant tout de moi, néanmoins, j'étais totalement perdu. Le meurtre des débiles comme je les nommai, l'Aigle royal, Aquila, Mikhaïl l'arme automatique, les histoires de stratège et réflexion, je ne comprenais plus rien. J'avais envie de poser mille questions à Aquila, mais je ne savais par où commencer. Il perçut mes pensées pleines de doutes, il me vint en aide.
- Cher Sauveur, tu vois tout ce qui t'entoure, je te demande de l'observer attentivement.
Je restai dubitatif, sentant que j'étais au début d'un parcours totalement différent. L'oiseau poursuivit, toujours en mode crânien.
Contemple bien le monde que tu as toujours connu Sauveur, car c'est la dernière fois que tu le vois. Tu vas devoir, après ce qui s'est passé que l'on te cache, changer d'identité et pour commencer fuir en clandestin ta ville, ton pays et en premier lieu, ta mère et ton appartement ainsi que toutes les habitudes qui t'ont construit jusque-là. Ici c'est terminé, ou tu mourras me certifia d'une pensée ferme l'oiseau superbe. Tu périras dans l'oubli, non pas d'avoir commis ce crime qui a un but précis pour ton salut, mais tu mourras isolé de tous, sans avoir eut l'occasion de faire de ces actes mortifères une transformation bénéfique de ton être afin de te rapprocher de la vérité de l'homme, de son but, de son principe.
Crois- moi Sauveur, poursuivit Aquila, mourir sans avoir pris connaissance des questions de l'existence en l'absence d'obtenir des réponses est un fardeau terrible. Tu as la chance d'avoir été choisi, et nous reviendrons largement sur cette question du choix plus tard car elle n'est pas si définitive qu'elle en a l'air. Je ne comprenais absolument rien à ce que me télétransmettait l'oiseau, mais il avait l'air de posséder les réponses aux problématiques qu'il venait de m'exposer, je n'en restai pas moins déconcerté et absolument en désaccord avec ce qu'il venait de m'énoncer, trop pris par la rationalité de l'événement dont je trouvais la tournure grotesque. Il fallait tout d'abord que je me convainque de la réalité des faits.
Etait-ce bien moi que l'on citait dans ces journaux, cet aigle était-il réel ou venait-il du tréfonds de mon imagination fantasque?
J'avais cependant conscience de la réalité de l'arme trônant devant moi, de l'aigle royal m'envoyant des pensées toutes plus réelles les unes que les autres. Le carnage avec la photo du domicile de ma mère en une des quotidiens, il y avait peu de matériels pour donner tort à Aquila, mais qu'il était difficile de croire que j'avais assassiné huit personnes, aussi odieuses soient elles, encore plus de se faire débriefer mon récit par un oiseau splendide censé être là pour me faire accéder à je ne sais quel Nirvana. Je ne savais rien de ces jeunes hommes, au contraire, si toute cette folie s'avérait véridique, et peu de chance là-dessus, pour que la donne soit inversée, il était encore plus invraisemblable de me faire à l'idée que j'avais tué huit innocents!
Ou peut-être pas si innocents qu'ils en avaient l'air, peut-être en voulaient-ils vraiment à ma vie, peut-être voulaient-ils ma fin et celle de ma mère et c'est ainsi que j'ai protégé notre maison face à ces barbares. J'essayais de me souvenir, il n'y avait aucune trace en moi d'un quelconque combattant armé, d'où venait l'arme, d'où provenait la Kalachnikov, qui était Mikhaïl?
- Il va falloir fuir me transmit Aquila. J'ai tout prévu pour ceci, ta conversion est en chemin, nous allons partir dès que possible, la police sera là dans peu de temps. - Ma conversion, dis-je étonné.
Oui, pas pour l'instant, avant tout il faut partir.
- Mais, où allons nous demandais-je, interloqué par tout ce cirque.
Un temps de pause s'installa entre Aquila et moi, puis, avec une vigilance pleine de compassion, il m'adressa le message suivant.
- À la genèse de ton histoire Sauveur, nous allons en Russie.
Je restai scotché un instant sur ce que je venais de ressentir de la part des ondes de l'oiseau, mais fus extrait de mon incrédulité rêveuse avec une rapidité déconcertante, par le bruit des gyrophares hurlants s'arrêtant en bas de mon immeuble. L'oiseau poursuivit. - Tu veux les attendre ici pour les questionner sur la tournure des évènements, les interroger si tout cela est exact Sauveur?
Je commençai à paniquer. En un éclair j'attrapai Mikhaïl ainsi qu'un sweat-capuche traînant sur le canapé.
- Comment allons nous fuir criais-je, alors que des hurlements dans l'escalier commençaient à se faire de plus en plus pressants! - Par les airs répondit le rapace, monte, m'ordonna-t-il de toute sa fougue mentale.
Alors l'oiseau royal déploya toute sa puissance, je le chevauchai, Mikhaïl en bandoulière, capuche sur la tête. Des coups claquèrent dans la porte que la serrure trois points arrivait tant bien que mal à contenir. Aquila plongea dans le vide, je n'osais regarder, des cris en bas effleurèrent mes tympans, je fus happé par le vide, l'aigle hurla dans l'atmosphère puis un jet nous projeta loin dans l'azur. J'esquissai un regard, enfin j'osais ouvrir l'œil, je me vis sur le dos du prince des oiseaux, déjà loin de mon immeuble et de mon appartement abandonné à jamais, qui à l'heure actuelle devait grouiller de policiers armés jusqu'aux dents ayant eu l'ordre d'arrêter par tous les moyens, le tueur le plus recherché de l'hexagone. Moi un tueur. Malgré ce conte burlesque, je me sentais bien en fuite sur l'envergure magistrale de l'oiseau. Enfin du changement dans ma vie. Je contemplai au loin, l'horizon qui n'en finissait pas. Aquila mentionna auparavant, qu'il me ramenait à la genèse de mon histoire. Mais de quoi voulait-il parler. Je ressentais l'éclosion d'un certain appel, d'une complicité naissante avec le rapace. Je pensais à ma mère et à tout le mal que je venais de lui faire, culpabilité naissante, se traduisant par une certaine placidité, comme si j'avais enfoui des années ces évènements, patientant inconsciemment, enfin, qu'ils resurgissent. Je ne saurai comment l'expliquer mais j'étais persuadé que ma mère était avec moi de tout cœur, qu'elle m'adoubait dans ce scénario rocambolesque et qu'il ne fallait pas s'inquiéter pour elle, que tout allait bien, qu'elle allait s'en sortir et n'avais rien à craindre pour sa personne. Aquila poussa un cri, un hurlement, le miaulement de l'Aigle hié, mêlé à l'aboiement kié, proche de celui de la buse, un appel unique, authentique, l'oiseau royal se mêlant à mes pensées pour me communiquer qu'effectivement, je n'avais rien à craindre pour ma mère.
Il restait cependant à analyser pourquoi j'avais tué ces huit personnes, j'étais devenu un criminel, un assassin, cette pensée me glaça tout le corps. Je vacillai un instant, m'accrochant à Aquila qui inclina son vol légèrement. Au loin, dans le cosmos infini de la liberté éprouvée de l'air, j'apercevais des montagnes, peut-être les Alpes, des reflets roses se déposaient sur les crêtes enneigées, la lumière, les rais du soleil aimaient jouer de contraste avec les beautés de la terre. Je commençai à avoir très froid, mais le froid de la peur, transit, je m'accrochai à Aquila et je m'endormi contre lui, rapace majestueux me portant avec une aisance tellement facile. Le métal de Mikhaïl me caressait le dos, je m'assoupis plus en profondeur, moi aussi, cajolé par les contrastes de la lumière reflétant sur mon être, une lumière réchauffant, amie, accompagnatrice du fugitif que j'étais devenu. La Russie pensais-je, avant de plonger définitivement. Je ne pus le voir, mais c'était l'infini nature du monde qui m'enroulait dans son manteau, Aquila en était le messager principal, le vecteur, celui qui allait m'apprendre la communication par la pensée, le chef du convoi m'emportant vers la genèse de mon existence, en Russie, vers une destination lointaine, très éloignée de ce que j'aurai pu imaginer même dans la plus abstraite des pensées aléatoires. Je ne pus le voir, mais je volai, protégé des cieux malgré l'acte irréparable que j'avais commis, baigné par la douce mélodie du puzzle se mettant en place pour m'aider à trouver l'homme que j'avais cherché, quêté pendant des ans. Il y avait une solution pourtant à l'irréversible, c'est bien en ce lieu ou Aquila, accompagné de toutes les beautés du monde me délivrait. Je ne pus le voir, mais tout autour de nous, au plus haut du firmament, une voie s'ouvrait, des anges nous accompagnant, assurant la protection de notre voyage lointain, milice céleste voguant invisiblement avec nous, nous dominant de sa bénédiction vers les steppes glacées de Russie.

lundi 18 août 2008

Reflexio

L’écho se fait de plus en plus violent, clair et limpide. Un écho visuel, comme lorsque je vivais dans une cité béton de l’Est parisien. Bizarre, étrange sentiment de réminiscence, pourtant nous n’y sommes pas, nous n'y sommes plus et c'est tant mieux. Ensuite je me souviens de cette chaleur étouffante sur une longue route perdue d'Amérique, visibilité à l'infini incluant des décors de films hollywoodiens, sorti d'El Paso depuis plus d'une heure, air conditionné à fond dans l'Oldsmobile louée, il y a plus d'un mois. Les USA de long en large. Une putain de canicule. Sur cette route, je me remémorais le poirier de mon enfance dans cette banlieue de l'Est Parisien ou j'aimais, introverti, m'isoler, m'abriter des fous, des enfants d'une autre espèce, bêtes immondes en devenir, immondes car stupides, tout bonnement ahuries, inutiles, cependant appelées, elles aussi. Un arbre fruitier caché derrière les gros blocs gris déconfit, un havre ou personne ne s'aventurait, trop pris dans l'action répétitive du jour. Je descendais de mon building saccagé, néanmoins forteresse de l'éclat suburbain, adoubés des conseils municipaux communistes de l'après-guerre, qui très vite se transformèrent en lieu incrédule d'oraison pacifique. Mon regard flotte au hasard dans la pièce.
Je suis là avec Mikhaïl, l'arme me tient chaud, mais je vais devoir la laisser pour consentir à la réflexion. Je suis rentré dans mon appartement de la capitale, Aquila m'a suivi, j'ai démonté Mikhaïl, incognito, ne pas se faire serrer, un contrôle aurait été mal venu, pas maintenant, ce serait offrir trop d'honneur à la gestapo, aux débiles. La capitale regorgeait elle aussi de millions de raclures, désireuses sans aucun doute de me faire la peau; d'ailleurs, elles avaient eu leur regard braqué sur moi au fur et à mesure de ma progression, de mon enfoncement dans la ville, jusqu'à enfin atteindre, le rempart, mes murs, là ou j'aimais me retirer pour mieux exploiter les idées me venant en masse. Il me fallait faire le tri, tout décortiquer, reprendre à zéro ce fragment de l'existence ayant démarré avec les joueurs de baballe qui s'étaient transformés en assassins armés jusqu'aux dents. J'étais dans une tension extrême de paranoïa et cela faisait bien longtemps que je ne faisais nullement confiance à tout être m'approchant, muni au premier abord, d'une gentillesse des plus banales, des plus douces, un quiproquo actionné depuis ces instants de l'enfance, ou je m'étais offert en sacrifice, en bonté à la masse, à la foule, quêtant quelque amitié, quelque grâce de la rencontre humaine, délaissant à ce moment-là dans l'origine de mon histoire, la possibilité de percevoir une certaine animosité chez l'humain. J'avais eu tout faux, ma rencontre avec Mikhaïl, sa présence continuelle près de moi me rappelait en permanence le contraire.
Non, vraiment, j'étais dans un état de pureté assez conséquent, une indifférence de la méchanceté extravagante qui me servait de rempart, à l'époque, pour ne pas sombrer dans la valse des maux que l'on nomme inquiétude, angoisse, schizophrénie, appréhension, dérèglement psychologique et autre phénomène de décompensation. Rien à cette période, lors de l'enfance démesurée des rêves les plus fous, des plus inattendus, pertinents d'un imaginaire chimérique sans limites, ou la conscience élargie incorporait toute pensée dans le domaine du possible, du transformable, du concret, n'aurait laissé présager cette limite imposée des hommes envers leurs progénitures. De la pensée matière, du désir à la réalisation, voilà ce qui m'épanouissait dans ses moments de confidence exagérée, lorsque je m'immolais au premier venu, lorsque je me donnais totalement à l'astre divin de la communication, à l'autre, avant l'apprentissage scolaire de l'abandon. Moi vers toi, regarde-moi, je suis là, je désire t'offrir, qu'attends-tu, ouvre-moi tes bras, je peux bonifier le sens de ta vie à travers notre rencontre, ainsi j'apprendrai de toi, nous nous enseignerons mutuellement, enfants divins aux possibilités infinies.
Une utopie, un idéal, la réverbération de tout ce trajet, une partie de la réflexion était ce regard que je posais sur Mikhaïl, sur les divers chargements au cas où… Sur la vision de mon appartement trois pièces impeccablement rangées, maniaquement ordonné dont je tenais l'héritage de mon grand-père, puis de ma mère, tout ceci pour combler de névroses une solitude pourtant habitée. La seule interrogation m'inondant de chaleur à l'intérieur de mon être était d'être émotionnellement touché des risques encourus par Aquila, périls qu'il avait pris pour venir m'apporter sa protection, son éducation, tel un protectorat invraisemblable, que d'interrogation sur l'oiseau géant, pensées légèrement perturbées par le vent claquant en bourrasques contre les murs de béton lourd du bâtiment. La nostalgie m'envahissait, j'étais devenu un homme un peu moins seul, accompagné d'un aigle royal et d'une Kalachnikov 600 coups minute. Je me demandais également si je ne m'étais pas plongé, précipité dans une mauvaise interprétation de la réflexion.
Que voulait me dire ma mère lors de ce repas festif, quel était le but de tout ceci?
Mikhaïl brillait de mille feux se baignant dans les rayons du soleil venu l'inonder. Je commençais à plonger dans une prise de tête dont seul l'homme isolé, se permet pour la destruction pure et simple, irréfléchie, subie, de son propre cerveau. Je ne comprenais pas le sens de ma venue lors de ce repas mouvementé, lorsque j'avais tiré sur toute cette foule de débiles en panique, cette gestapo voulant ma fin. J'avais bien remarqué leur manège de la baballe, simplement une couverture pour mieux me piéger, me détruire, et…
Et si ma mère avait été complice de la mini zone de guerre qui s'était établie devant son domicile? Non ce n'était pas possible, absolument impossible.
Mes yeux se perdaient sur la cheminée de mon appartement que je n'allumais jamais, faute de patience à faire du feu, je m'en servais pour ce qu'elle était devenue à l'intérieur de cette modernité médiocre, ni plus ni moins qu'une décoration de foire, la foire de ma vie, un objet de plus censé répertorier quelconque statut, quelconque traumatisme du je, pour signifier qui l'on était sur cette planète en danger. Je devinais Aquila au sommet de l'immeuble veillant sur son bien le plus précieux, je m'interrogeais encore sur sa présence, sur la façon dont tout s'était orchestré, j'avais cru comprendre que celui-ci était là pour me faire… Grandir mais je n'en apercevais point encore la quintessence, la réponse à cet éveil me concernant.
Je me concentrai sur la réflexion.
Etait-ce bien le brusque changement de direction d'une onde à l'interface de deux milieux, optique, acoustique, dont on parlait, dont ma mère et Aquila désiraient me traduire au siège de la connaissance censée m'apporter quelque vérité sur ma personne?
Sur la façon d'exercer la repentance de tous les tyrans ayant abusé de mon processus vital, était-ce bien là-dessus que je devais me concentrer, diriger toute mon attention?
Je pensais profondément qu'il fallait que mon esprit se tourne sur le versant philosophique, psychologique ou la réflexion est le retour de la pensée qui revient sur elle-même, en latin reflexio. Soudain j'entendis le cri d'Aquila, il glapit, une trompette explosive, j'entendis le hié du roi des rapaces, comme une indication que le maître approuvait sans concession mon raisonnement, mon désir de ce retour sur soi.
Soit.
Aquila, nous irons dans ce sens. Allons-y pour la reflexio, ton hié m'a soumis à cette nouvelle vie dont l'univers semblait vouloir me destiner pleinement, je ressentais le cosmos invisible venir construire sa demeure à l'intérieur, prendre mon être dans sa totalité, combler les manques, les vides, tout reconstruire, une rotation, une permutation de l'existence ou les choses allaient considérablement changer.

En une fraction de seconde, lors du miaulement de l'oiseau, je compris de suite que je ne serais jamais marié, que je n'aurais jamais de descendance, visualisant parfaitement la fin de ma vie approchant à grands pas, pour faire place à la vie, oui, pour faire place à la vie. En rentrant j'avais ouvert en grand les fenêtres du salon afin de mieux ressentir le grondement de la ville, défaut, mésaventure des enfants des cités bruyantes, y naître, y grandir, y évoluer, se délaisser de l'océan, ne respirer uniquement l'échappement des 4x4 odieux laissant éclore, chez certains, dont moi, certaines pulsions de meurtres à leur encontre. Je me calai à l'intérieur de la vieille chauffeuse ambiance année trente où, une fois confortablement installé, j'affectionnais particulièrement observer les mouvements de foule. Les mouvements imaginaires des blocs de bétons que je faisais bouger tel un puzzle capricieux, ou je rendais l'espace nécessaire imaginaire à cet urbanisme encombré, troué de toute parts, enclaves irrespirables du ciment broyé, subissant la loi de l'humain, du promoteur fou, un peu plus chaque jour. C'est au fond de ce fauteuil en velours bordeaux que j'appréciais savourer une vodka on ice, me laisser aller sur un Stabat Mater, quando corpus mordietur, puis observer, regarder, dévisager, m'enquérir, deviner, passer ce temps de l'homme, deviner quid de telle vie, de telle autre, Mikhaïl à mes côtés, ne se lassant pas d'intervenir si quelques humains obséquieux venant détruire ce jeu du solitaire, cette récréation du marginal m'appartenant.
J'étais bien installé quand Aquila s'invita dans mon sanctuaire alors qu'au loin, un coucher du soleil s'amorçait, ombré par des cumulus de plus en plus sombres, entachant l'azur de leur prétention; il se posa à côté de moi, enfin mon ami, enfin mon armée, enfin l'explication de tout ce cirque, nous étions tous les trois réunis assistant à la préparation magnifique de l'orage qui allait fusiller un peu plus au loin le nord de la capitale et sa banlieue. Je buvais de la Zubrowska, il était 19:22, hells bells d'AC/DC s'incorporait en mélodie dans mon esprit, Aquila pris note lui aussi du timbre des cloches, puis le riff des guitares d'Angus, la voix rauque, endurante de Brian Johnson, ensuite, le métal de Mikhaïl se fondait dans l'azur du ciel qui dorénavant grondait. Aquila hurla à nouveau, lui, le roi des rapaces, le roi des oiseaux, l'aigle doré, pour les Aztèques, il représentait la course du soleil, pour moi, la définition même de mon existence, alors qu'aucun mouvement des hommes de la gestapo n'était à signaler à l'extérieur. Il s'installa près de moi, comme une forteresse, Aquila a ma droite, Mikhaïl sur ma gauche, champs visuels braqués sur l'horizon, sur la tornade au loin. Je compris en un instant la raison de la venue d'Aquila, de la métaphore qui l'avait conduit à s'introduire dans ma vie, je perçus la grandeur du projet de l'aigle royal. Aquila, comme tous les compatriotes de sa race possédait une acuité visuelle 8 fois supérieure à celle de l'homme, lui permettant de repérer ses proies très haut dans le ciel. Huit fois supérieur…
Je contemplai l'aigle royal, nous étions en face du désert de l'infini de nos existences sacrifiées, immolées, l'un lié à l'autre, dans un projet bien précis, bien pensé, structuré comme jamais.
Mon Dieu…
Aquila me dévisagea, il tourna sa tête, laissant découvrir l'or des plumes recouvrant sa nuque et l'occiput. Nous plongions dans le regard respectif de chacun, dans une profondeur incommensurable, à l'intérieur de ses iris, je vis… reflexio, une parcelle de ma vie, puis en fragments vint mon passé, l'enfance, l'adolescence, tous les sentiments que j'avais éprouvé jusqu'à ce jour, quand, avec une puissance accompagnée d'un calme, d'une rectitude implacable, je vis les yeux d'Aquila me prendre entièrement afin d'y regarder de plus près, je ressentais des braises me consumer de l'intérieur, c'était extrêmement puissant, un feu, un gésert fou m'embrasait totalement, j'avais une énorme difficulté à contenir, soutenir le regard déstabilisant du roi des diurnes, et, dans une lutte féroce afin de ne pas sombrer, je continuai à distinguer tout le parcours de ma vie; l'amour, la fusion, une relation passionnelle, la flèche dans le cœur, l'amour qui détruit, attirant, rejetant, mettant k.o, mon cœur se brisa au film de cet échec, lorsque je vis une nouvelle fois dans les orbites d'Aquila cette ombre du passé ravivant une douleur encore vive. Tout s'accéléra, soudain, des options se présentaient à moi, des principes de vie, des solutions de destins, des trajectoires différentes, les lettres de l'introspection défilaient à l'intérieur du cristallin d'Aquila, dans les larmes de l'oiseau résidaient la solution pour toute l'humanité, pour commencer, mon humanité, réduire la fenêtre du néant, suivre Aquila dans ce projet futuriste de l'homme qui se réalise pleinement. Accepter l'oiseau, le rapace, il est venu… pour me sauver, Aquila mon libérateur, un plan, un projet m'étais destiné, j'avais été choisi.
Je vis qu'Aquila n'était pas le seul des rapaces à s'occuper d'un être humain, je contempla des anges, également, tournoyer dans une lumière indescriptible, je vis la scène de la chaîne humaine se jouer devant moi, la révélation, le big-bang, des paléontologues au pied de la grande pyramide, des guerres terribles, effroyables, du chant grégorien, les côtes du Finistère, une bombe atomique, plus encore, Gengis Khan, les perses, des chars, des missiles, une fusée, des jardins fleuris, des enfants s'amusant avec un rien, la famine, les maladies, la décomposition de l'homme, cigarette, affrontements, stades de football en ébullition, volcans en éruption, embouteillages, postes de télévision, êtres humains affalés, pornographie, prisons bondées, Peter Gabriel, jeux olympiques, ordinateurs, Coluche, des mappemondes sur des bureaux délaissés de l'intelligence humaine, match de tennis, golf, chanteurs, orchestres magnifiques, opéra, cantatrice, larmes, joies, explosion, menthe fraîche, préparation d'un met glorieux d'une mère de famille représentant toutes les mères du monde, vieillards abandonnés, enfants maltraités, conflits armés, politique, religions, forêts, verdure, l'océan, mers du globe, famine, Rostropovitch, du pain, une messe orthodoxe, l'histoire de l'humanité ininterrompue dans les yeux d'Aquila, etc.

Je vis qu'Aquila était venu me sauver, m'éduquer, appelé, choisi, je succombais aux sirènes de la connaissance, du devenir de l'homme, sur la possibilité d'une route différente. Une explication de texte de la loi Divine, Aquila était le messager de cette lumière aperçue dans ses yeux, là où les anges baignaient confortablement, immergés d'une quiétude inimaginable. Je découvrais reflexio, le retour sur soi, j'étais en train de vivre pleinement reflexio, l'explication de mes névroses, de mes peurs, de ma morosité, des débiles et de la gestapo. J'allais enfin savoir qui j'étais, d'où je venais et ou j'allais. Le déluge criant au bout du Nord de la ville, peut-être cette proximité était aussi le bout du monde, contrastait avec la féerie de la lumière nous inondant tous les trois, mes yeux subirent un kaléidoscope d'images séquentielles, dont je mis longtemps à me remettre, trois jours précisément où je restai en compagnie d'Aquila et de Mikhaïl, buvant du thé noir, me nourrissant de fruits achetés lors de mon retour après le massacre des débiles, trois jours à me bander les yeux avec des gants de toilettes d'eau fraîche, Aquila me veillant, Mikhaïl me confirmant, m'adoubant de sa protection potentielle au métal brut assassin, trois jours ou le temps vacilla, ou la pluie venait claquer dans les fenêtres de l'appartement familial, trois jours pour me remettre complètement de reflexio, trois jours qui changèrent le cours de ma vie à jamais, dans le feu, le brasier de l'aigle royal, trois petits et longs jours.

vendredi 15 août 2008

Feu Nourri

Feu nourri. Les balles se perdent, diagonales, directes, croisées, etc; tout, au-dessus de ma tête n'est que sifflement, ballets métalliques de pointes censées tuer. Je brûle. Impatience, impertinence, orgueil, le péché, revanche, invasion du malin, perte de lucidité, les infos du vingt heure dans mon cerveau, des images de guerre, pourtant, dans un coin scintillant de ma mémoire, la paix, la vraie, celle qui repose, ne désire plus rien, une apothéose qui fait que l'on est bien. Un sacré-cœur à l'intérieur du cerveau, un sacré-cœur en trois cent soixante m'irradie. Une atmosphère lourde engendre ce qui devait arriver, me contempler dans le récit de cette journée, tout du moins me visualiser dans une scène tutoyant au plus près ce qu'il aurait dû advenir, un théâtre brûlant accompagné de Mikhaïl, avant que l'Aquila Chrysaetos ne m'arrête dans mon intention première de commettre l'irréversible acte d'assassiner les débiles, la gestapo. J'entends une musique, un phonème écrasé, ce sont les balles, la gestapo répond, je m'y attendais. Soudain je me lève, les carreaux de la fenêtre ont volé en éclats, ma mère est partie de l'autre côté dans la cuisine, là-bas, elle ne craint rien. Ils me pilonnent, sont énervés comme des chiens fous. J'attends un répit, ma mélodie prend forme dans mon être, je vais les allumer. Je suis debout, j'arme Mikhaïl, j'appuie, ça fait mal, la gestapo, les débiles, la baballe. Les vivants galopent, les cadavres resteront là. Deux fuient. J'appuie encore, je deviens aliéné, normal, je suis devenu un animal de guerre, je tire et vois les débiles tomber, s'affaler comme des trésors gâchés, je n'ai aucune compassion, c'est à chaud, le repentir viendra après.
Ça va faire mal, plus mal que les balles les ayant transpercés. Vengeance est programmée. Je tue. Le sol est d'hémoglobine, une odeur de soufre. Harry Gregson Williams joue une mélodie de film jusqu'alors inconnue du grand public, elle fut préparée pour ma riposte. Il n'y a pas d'aigle, il n'y en a plus, il n'y en a jamais eu. Je souffre, le remords commence à s'installer. La grandiloquence de l'homme orgueilleux à la gâchette facile dure très peu de temps. C'était eux ou moi. Feu nourri, tout le monde est mort, c'est fini, bye bye les débiles. J'entends le cri de l'aigle, Aquila!
Je sors de la torpeur interne dans laquelle je m'étais confiné, je n'en peux plus, je transpire, ma mère me dévisage avec un visage transi de peur. Elle sait, une nouvelle crise.
- L'aigle maman, l'aigle.
- Oui, je sais me dit-elle, calme toi. La réflexion, oublie les armes imaginaires qui te conduisent au néant.
- Maman…
- La réflexion, le feu nourri, c'est pour les tyrans, les résistants, non pour les impulsifs. Tu n'es point de ceux-là. C'est la société du moment qui tue mon fils, le laissé faire, tu comprends. Oublie l'arme, va donc méditer sur la réflexion. Écoute les principes de l'aigle, Mikhaïl n'a pas besoin de toi, du moins pas encore. Uniquement lorsque tu seras prêt. Une arme, cela se mérite.
- Oui, tu as raison.
Soudain un flash m'apparut, la cause de tout ceci. À liberté, égalité fraternité, une république digne du troisième millénaire, une république courageuse ferait bien de changer devise compromettante, logique du deux poids, deux mesures et autre Marianne, symboles inutiles par liberté et ordre. Point. Je sortis du rêve bizarre me conduisant à cette transe, ma mère continuait à boire le café comme si de rien n'était. Les vitres, tout était bien en place, le calme était revenu. À l'extérieur, il n'y avait point de débile, encore moins de bruit, uniquement le phonème du vent se faufilant entre les murs des bâtisses. Mikhaïl n'existait même pas. La réflexion. Phénomène se produisant à l'interface de deux milieux dans lesquels une onde électromagnétique possède des vitesses de propagation différentes, et représenté par le retour de cette onde dans le milieu d'où elle provient. Je montais m'isoler, je remontais les marches menant à l'arme, celle qui n'était pas. S'isoler, ensuite peut-être que je mériterais Mikhaïl. Oui, être digne de Mikhaïl. Seule la réflexion pourrait m'y conduire.

jeudi 14 août 2008

Stratège

C'est ainsi que je me dévisageai sur ses dernières pensées, j'étais debout et contemplai une assiette vide, la seule intacte, une porcelaine sortie pour l'occasion venant du service de mon arrière grand-mère, faïence superbe et douce, transmission générationnelle. La famille. Revisiter la généalogie de temps en temps. Je me trouvais chez ma mère, c'était mon anniversaire, je ne me souviens plus exactement lequel, tout n'était que débris et zone de combats autour de nous. Un éclair incroyable me percuta, c'est tout ce dont je me remémorais lorsque je sortis cette image de chaos lugubre d'un revers de tête. Je m'infligeai une claque, m'extraire rapidement de ce mauvais rêve, vite. Je ne m'attardai nullement sur cette chimère de violence, et sortis de mes pensées comme on fuit une mauvaise crainte. En sursaut. C'était la quatrième fois que j'avais cette sorte de projection burlesque, un peu romanesque, ou tout n'était que désastre et bataille. Un signe, je n'en savais rien, mais il était certain que la peur dégagée de ce catalogue d'image inconscient ne me laissait pas en paix depuis que les premières manifestations s'étaient déclenchées il y a de cela quatre ans.
De l'eau froide, j'avais besoin d'eau froide, du liquide glacé, m'asperger le visage, vite, plus vite, se débarrasser des angoisses!
Le plus incroyable des clichés sensoriels, était de me visionner à chaque alerte dans une situation catastrophique incluant ma mère, faisant grandir en moi la part d'interrogation me triturant chaque jour l'esprit. Où tout ceci menait, je n'en savais rien, mais à chaque nouvelle crise, je me sentais comme appauvri dans mon physique, subissant une dégénérescence cérébrale me plongeant dans l'oubli de moi-même. De l'eau froide vite!

Je suis en famille, le logement est situé dans une petite rue piétonne ou des appartements charmants ont été refaits à l’intérieur de fondations moyenâgeuses, offrant une sonorité et une résonance extraordinaires au moindre bruit inquisiteur. Unique point faible de l’endroit.
Je suis en famille, nous formons un comité restreint célébrant un anniversaire, le mien. À l’extérieur, des jeunes gens jouent au ballon. Légèrement, puis on commence à massacrer plus fort la baballe, je décide tel un poivrot bientôt au bout d'une vie de labeur usante, non loin de la retraite supposer reposer, de m'offrir les kids de ma fenêtre. Je sors de table, je dévisage le visage de ma mère, heureuse de m'avoir à ses côtés dans l'orfèvrerie illuminée d'une joie communicative retrouvée. Je monte l'escalier de bois, tout en haut se trouve la solution. Je franchis les marches qui me conduiront vers l'arme, mon instrument de libération, tel le pianiste privé de son instrument sacré par des salauds de nazis. Je ressens l'amertume de toutes les guerres du globe, à chaque nouveau pas sur une des marches du superbe escalier en bois verni. La philosophie de rage se crée à l'intérieur alors que les bruits du ballon stupide, de l'idiot stupide, retentissent de plus belle dans les murs des habitations de la rue, délestant mon audition de toute sa sensibilité, exécutant à petit feu l'autiste que je suis, fus et restera. Je m'implique dans cette future démarche de l'assassinat proche des bêtes de foires de la société mondiale. Mon pouls se fait plus fort, plus puissant, les veines gonflent, les artères se compressent, l'arme; non, bande de petites salopes, l'arme n'est plus très loin de ma capacité intelligente à survivre sur cette terre. Le vent, la brise au-dehors, un chant d'oiseau, j'absorbe la planète de tous ses gémissements. C'est beau. La procédure de meurtre fait place au sacré, c'est ainsi que l'équilibre de l'acte barbare se joue toujours sur la frontière invisible, indicible de la sacralisation de l'espèce humaine, rejoignant les faucons, adoubant les astres, se tenant à l'écart d'une certaine psychothérapie nécessaire, censé interpréter le refus du meurtre. Celui que je vais commettre maintenant, mais, avant cela, bien en amont des prolégomènes de l'inspection du calibre, ressentir par des images succinctes, les visages des petits cons, fous de baballe. Visualiser avec une précision diabolique, la jouissance en fraction de seconde lorsque les chairs meurtries de leur silhouette ayant délaissées la part magique réunifiant l'homme au cosmos, eux aussi, enfants, sans cesse appelé, toujours dans le déni, quel gâchis, les chairs oui, s'éparpilleront sur le trottoir dégueulasse, encore foulé de leur ânerie quelques instants, micro instants avant le tir fatal, magistral, irréversible, allant dégommer leur stupidité stérile, génétiquement, relais transmis sans dignité, par la complicité de parents décidément trop morts, trop saoulards, trop indigestes, avant que je n'aie la possibilité de revenir sur mes faits et gestes, avant qu'ils n'aient la possibilité d'être envahi, par je ne sais quel miracle censé les consacrer, par un cerveau modèle de type, ordinateur NASA, nonobstant, cette fois-ci trop tard. Je gère.
Motherfucker! Ah ah!

Tout d'abord l'arme, le timbre des violons, dans ma tête, puis retrouver le piano, ses notes, ses gammes, le rendre au prisonnier, rayer de la carte le nazi et ses potes. Les nouveaux nazis aussi. Expliquer, convaincre, faire du social après les coups de feu, uniquement après. Le son des arrogances passées, cette fois—ci devant se taire, s'écraser face à la hiérarchie bicéphale de l'aigle atomique, rotatif, milliers de balles seconde, me sécurisant de toute incursion néfaste hors de la frontière de la gentillesse, de la bonté. Se muter en terroriste un dixième de temps précieux sur l'échelle de cette... Milieu indéfini et homogène dans lequel se situent les êtres et les choses et qui est caractérisé par sa double nature, à la fois continuité et succession, CAD l'arme et moi, l'aigle et l'arme, une fois de plus à trois, aucune mesure de notre rapidité pour une chaîne de télévision nationale championne de la vérité corrompue, de l'exactitude des faits. Voici le problème. Les terroristes, des ennemis du vent, des mots brisés, errant telles des âmes perdues dans la sphère très particulière de la transition, n'ayant point trouvé le chemin de la lumière, n'ayant pas permuté avec cette dimension infinie de célébrer le dos tourné à l'assistance. L'aigle de fer, il est là, en haut des marches, stratège de ma future victoire.
Ma mère se sert un café, je la regarde une dernière fois avant de passer à la contemplation du fusil libérateur. Je suis Jesse James, maintenant et à jamais, je retrouverai le piano de ce prisonnier, je lui rendrai la dignité au travers de l'exécution dont je préparais le contenu avec minutie, précision, mêlée à de l'excitation et de passion. Passion de restaurer, pas de place ici pour l'amour pulsionnel, qui pleure et gémit. Des ennemis dehors attendent que l'acier de mes balles les atteigne, les renvoie au démon de leur âme en jugement. C'est proche, pour bientôt, maintenant, je ne transpire même pas, je suis serein, ça va dégager, je vais plomber. L'aigle survole les montagnes de l'Altaï, en attendant de se diriger au-dessus, du brouhaha bordélique Oulan-bator, signe précis, exact d'ouvrir le feu sur les salauds de fascistes. J'attends l'exhortation du circaète, j'attends la Mongolie, j'attends Gengis Khan ressuscité, j'attends. L'aigle, le signal, se sentir léger, comme lui, paradoxe, ressentir la lourdeur du poids de l'arme, du poids de l'âme. Acier versus culpabilité. Qui pour me juger, je vais, désire, le peux, sauver cette humanité. Stratège chers ami, stratège, rien de plus. Feu nourri, je vais me marrer. Ou sont les fleurs de la paix?
Trop d'utopistes pourrissent les capitales aux parcs fleuris, alors que la veuve pleure son fils écrabouillé au fin fond du Kazakhstan. On la croyait facile cette vie. Meurtres, folie, ivrogne, bestialité, zoophilie, toute cette merde, cette gangrène de l'être; douce mélodie, trinité afin de faire face au malin et ses incursions, la même m'envahissant présentement alors que j'ouvre le coffret où sommeille, tenu caché, au secret, la plus puissante – à mes yeux – des armes de poings. Années 60, 60's comme ils disent, Rolling Stone et beatnik, mon majeur, voici 2010, ça pète dans toutes les contrées, un combat, celui-ci hurlant au monde une certaine idée démagogique de la démocratie. Quelle est la leçon à offrir, à délivrer, concernant l'historicité, voir le futur d'une république de paix, au tchétchène se prenant un sol-sol en pleine gueule dans le froid transi, meurtri du Caucase gelé?
Que ce soit celui qui lance ce putain de missile, ou l'homme, la victime, l'autre, le percutant de plein fouet, son destinataire (quelquefois le mérite), il est odieux qu'un gouvernant de capitale, vienne à s'enflammer, à s'exciter sur le pourquoi du comment, de la querelle qui dure à des milliers de kilomètres de sa villa bourgeoise, entretenue impeccablement par sa femme maintes fois trompée.

Qui? Ou? Pourquoi?
Laisser le missile, le Scud-B, fabrication année 50, expédié d'un camion, s'évaporer, sabrer le champagne au départ de chaque sol-sol, le voir filer vers sa destinée, sa trajectoire, c'est ainsi. Ensuite les rais du soleil resplendiront de nouveau. La voilà la démocratie, celle qui va me faire passer de l'autre côté, là, dans la plaine ou l'aigle observe mes faits et gestes, me délivrant, dixième de seconde après dixième de seconde le stratège adéquat, invincible, véridique. Enfin justice, hors des tribunaux complices aux textes puants. Appuyer sur la gâchette, tout simplement, humblement. Prêt.
L'arme: AK-47S-Kalashnikov, URSS, RUSSIE, semi-automatique, automatique, fabriqué par Izhmash, mode d'action emprunt de gaz, 7,62 mm M43, 600 coups/min, vélocité 710m/s, portée maximale 1500 m, portée pratique 300 m, masse non chargée 4,3kg, masse chargée 5,117kg, longueur 870 mm, longueur du canon 415 mm, capacité 30 cartouches, variantes de ce petit phénomène AKS, AKM, AKMS, etc.
Voilà. Je m'interroge si ceci sera nécessaire pour faire taire les fils d'Adolf martyrisant les tympans des citoyens fatigués de leur crapulerie démoniaque. Avec une sincérité déterminée, avec une glauquerie dans le sourire de la liberté future, oui, il me semble que ce sera suffisant de régler la supercherie grâce à cet ami caché de longue date. Prêt, je redescends les marches de la justice anticipée dans mon cerveau, ma mère me sourit, elle sait, elle n'en peut plus de cette gestapo impunie. Citoyen restaure la vérité milicienne. Je suis prêt, j'ouvre la fenêtre, l'arôme du café sur la table pénètre mes narines, je ne me retourne pas, dehors ça piaille, ça hurle, ça énumère des bouts de mots, des bouts de phrases, un mélange de demi-cerveau, hémicrânie pourrie, ma chaîne en argent se balance au gré de mes impulsions physiques, je l'entends pour la dernière fois, cette mixité de délires irréels trop longtemps protégés d'une société tout d'abord complice, ensuite meurtrière. Premièrement les cons, ensuite les costards.
Je mets en joue, la Kalash serrée comme on sert son enfant chéri, à la mémoire de Mikhaïl, ce manufacturier diaboliquement génial. La gestapo ne m'a pas entendu, la méchanceté n'a d'allié que la bêtise, un jour, on paie. Ce jour, c'est maintenant. Je devine les lèvres de ma mère se déposer avec élégance sur la tasse de café. La gestapo est composée de huit abrutis. C'est parti, ambiance feu d'artifice Beijing 2008. Stratège, mon ami, la balle, la première va enfanter tout le reste, un surplus fou de métal et de vérité. J'attends le klaxon de l'aigle alors que les débiles shoot de plus belle dans la baballe, l'Aigle, ou est-il, son exhortation, vite!
J'ai besoin de toi, eux aussi, en bas, les débiles, viens. Montagne sacrée de l'Altaï, délivre-moi le signal. Puis, petit à petit, l'attente se fit plus longue, des secondes qui durèrent des années. Je vais les éliminer, je vais…
Puis, je le vis, dans l'éclat d'un rayon de soleil, m'envoyant son réverbe sur le canon de Mikhaïl, m'éblouissant, me transportant dans le ciel, abandonnant l'arme. Soudain je volai aux côtés du plus magistral des oiseaux, un aigle royal, un Aquila Chrysaetos, un phénix doré, un Seigneur. J'entendis sa voix profonde, pénétrante alors que le vent me porta à des milliers de pieds de ma position initiale. Puis l'Aquila Chrysaetos s'adressa à moi sans concession.
- Allons, toi, un homme, assassiner?
Le cerveau humain, la position de l'être, cher ami, tu ne peux le faire, délaisse le stratège, trop compliqué, dirige toi vers la réflexion, plus sûre, plus douce, plus… Royale, sois-toi aussi mon fils, un Aquila Chrysaetos, irradie, sois lumineux. La réflexion, cherche la réflexion, je m'occupe de la gestapo. Le feu nourri c'est moi, plus tard, je t'expliquerai le feu nourri. L'unique bruit de la discorde est celui qui cogne et nous distrait à l'intérieur, non pas le chaos de l'extérieur. La réflexion…
Je me retrouvai à ma position initiale, la main sur Mikhaïl, prêt à exécuter lorsque je vis l'Aquila Chrysaetos foncer sur la gestapo et les dissiper en un éclair, la confusion, la détresse régnaient parmi les débiles grâce aux mouvements puissants, au piqué répétitif de l'aigle. Qu'il était beau, magistral, puis, en un éclair, comme si tout ceci n'était qu'un rêve, plus rien, la masse des débiles avait disparue, désertée la rue, l'aigle aussi. Le soleil s'évapora devenant une chimère, un vent s'installa, puis une tempête, une forte rafale, une pluie diluvienne, une douche maintenant remplissait, inondait le pavé. Je refermai la fenêtre, tenant fermement encore Mikhaïl, ma mère, à sa table, buvait son café avec une tranquillité impassible. Feu nourri.
La réflexion.