Le soir m’indiquait qu’il n’est point trop tard pour ressasser les souvenirs chimériques de l’océan du globe, dont les vagues frappèrent dès mon plus jeune âge la complexité de mon intellect. Les week-end se suivent et se transforment comme l’eau de la mer, le salin des vagues immuables, humides, répétitives, échantillons de l’infini s’écrasant sur le sable de mon intérieur dévasté. Souvent je me suis avoué que les lanternes de mon illumination étaient à jamais éteintes. Le soleil me réchauffe le visage. J’erre dans la ville avec le nouvel ami indicible, profond, serviable, amical, artiste, orthodoxe. Il me met sur la voie de la cathédrale et je le suis sans crainte dans ma ville. Il est le guide de ma cité, de mon univers, fait d’échappements et de vacarmes. Puis, au détour d’une rue dans laquelle j’eus passé centaines de fois, je vis la beauté bâtie de main de l’homme. De main de l’homme habité. De main de l’homme sacramentel. Ce jour-là, la pluie ne fut point l’invitée du royaume des cieux, alors que dans ce rendez-vous entre bons gars, il était bienveillant, voire nécessaire de souligner que c’est la patience qui précéda le meeting point. Il est des points communs à chair humaine qui se télescopent dont les émanations, les radiations vibrantes, n’ont nul besoin d’un laps de temps fondamental afin de se proclamer… amis.
La mer une fois de plus, dans mon corps fracassé par les vagues, une mer imaginaire, celle de l’océan, de Soljenitsyne et d’ailleurs. Nous marchâmes dans la chaleur de la ville où empiétaient millions de citadins en furie. J’aurais aimé l’avoir pour moi la ville, pour moi seul afin de m’y perdre dans son antre. J’aurais aimé assassiner tous les envahisseurs qui n’eurent point besoin d’être dehors. J’aurais aimé exterminer les résidus de poubelles qui partout dans la ville comblent les trottoirs de leur saleté abominable, nous renvoyant au reflet de notre propre crasse. Nous avancions avec tranquillité dans le chaos urbain, le boucan des gares et la précipitation des autobus. CMC sur la route conseillé par T.J, et ce soleil qui n’en finissait plus de briller, de cramer nos peaux qui déambulèrent tant de kilomètres. Partout, l’agressivité du monde de la ville, du monde tout court, s’emparait de nos tympans. Où que nous allions, c’était la violence cachée qui nous scrutait à chacun de nos pas. C’est ainsi que je transpire la ville depuis toujours, avec méfiance et fascination. Les rais sur nos épidermes, le concept, l’apprentissage de l’amitié en besace ainsi qu’une certaine sérénité à recevoir le camarade de la fraternité sous notre toit. C’est de ces moments captivants que naît la véritable sensation du progrès sur la route de l’adulte, le chemin de l’homme, le retour à l’enfance.
Il est des astres bien complexes mais qui sur nos routes déposent les frères avec facilité. Que l’on puisse enfin s’entrechoquer. Que l’on puisse finalement se comprendre et constater l’humanité qui communique sous l’aile capricieuse de nos différences. Ce fut le jour où je me débarrassai des médias, de son tube cathodique, d’une certaine idée de la solitude, trop heureux d’avancer vers l’union parfaite, donc imparfaite. Ce fut le jour où pour une histoire d’icônes, la fraternité naissante nous permirent de trinquer, de lever le verre à la déroute de tous les nihilismes en acceptant fatalistes, leur pression, puisqu’il en est ainsi. Le jour déclinait sur la capitale et la gare, proche, accueillait les hommes en partance vers l’océan. Elle les accueillait ses malades du béton à la soif de travail et au salaire cloisonnés dans la ville. Ils couraient ces gnomes, comme des enfants afin de se reconnecter vers la mer qui les a crées. Aller proche de l’atlantique et de toutes les mers afin de décrasser ce mazout qui pollue, printemps, automne, hiver, quand les oiseaux ne chantent plus et les corbeaux s’exclament à l’unisson. Quand la mort rôde et le froid subsiste, quand les cimetières de la ville fraternisent avec la grisaille des murs. C’est ainsi que j’aimai déambuler, par toutes saisons, par toutes températures et tous traumas, conscients d’être là où je dois être en temps présent. Ce ne furent point les embouteillages de mon âme qui m’aidèrent dans la sérénité et la paix, en proie à toutes les résistances face au malin trop puissant.
C’était l’hiver dernier et je marchai manteau au vent, sous les déluges de la ville, de la gare, de l’océan à l’intérieur, le malin à l’extérieur essayant de me dominer, de me terroriser alors que je dérouillai sous ses coups. Je lui adressai mon ignorance, lui offrit mon mépris mais il ne lâcha point l’idée de me mettre en déroute puisque encore aujourd’hui, il triture mon essence aidé de tous ces vices, de tous mes vices. C’était l’hiver dernier, quand nos intelligences n’étaient encore qu’une précoce amitié virtuelle faite de tolérance et de découverte, d’ordinateur et de réseaux compliqués. C’était l’hiver dernier, lorsque j’étais envahi des interrogations les plus grandes concernant la ville, concernant l’océan, quand seul je me mis en marche contre le malin, éclairé par les douces réverbérations du soleil qui perçaient quelquefois, tamisé de leur lueur jaunâtre avalant mille pantone selon les horaires changeant des minutes qui s’égrenaient vers l’incontrôlable machine jour/nuit. Je marchai seul avec confiance dans le froid de l’hiver tourné vers le printemps, dilué vers l’été, sachant qu’il faut des jours de murmures avant qu’amitié ne se forge, ne se matérialise au jour j, à l’instant t, décidé par l’univers, enjoint du cosmos et de tous les astres.
Rouvrir ce blog ne fut pas mince affaire, je ne sais encore ce qu’il en ressortiras. C’est pourquoi je m’avance qu’il est peut-être ici, l’ultime billet ou le premier des ordres à vouloir statuer sur mon nouvel état d’homme. Où s’évapore l’énergie qui ailleurs se sent délaissée de tout amour, remplie de la plus opaque des grisailles, de la plus épaisse des machinations ?
La culpabilité n’engendrait rien de bon depuis qu’aidée du malin elle pondit ses œufs dans les cœurs malades qui jadis s’émerveillaient de pureté dans le royaume de l’enfance. Les enfants sont restés dans l’hiver, nullement tournés sur l’horizon du bleu de l’océan. Les enfants sont restés cloîtrés avec eux-mêmes, mais des batailles s’expriment encore. La lutte, bien qu’inéquitable, se déroule sur tous les fronts, c’est ainsi que je le constatai lors de ce samedi fait de soleil et de ville, de rivages et de fleurs, de béton et de vagues, entrecoupés de mots et d’échanges fraternels les plus purs. C’est ainsi que durant une journée, le malin resta hors de portée, loin de nous et de l’amitié. Certainement qu’il revint me hanter dès qu’à l’aube de ce jour nouveau, mon iris s’émerveilla sur ce monde imparfait à l’intérieur de ce lundi non moins bancal. Mais qu’importe ! vivre dans la totalité de la matière fusse-t-il au point de se familiariser à sa présence bien que jamais je ne le voulût. Je n’en sais rien. Je ne sais plus. Je suis perdu, bien que jamais, je ne me visse aussi serein. Dans la confusion des genres on retrouve des types comme moi, agressé des plus grandes certitudes me notifiant que plus l’on sait, moins l’on sait. C’était l’hiver dernier. Le moment propice pour contempler la mer, se perdre sur la ligne d’horizon du cobalt des flots, alors que sur les plages désertées de décembre, je crus entendre, il me semble, l’écho des cris en furie, le phonème hurlant de joie des enfants d’août, masqué par le vacarme des vagues dont l’océan vomissait en masse sur le sable, son extrême, sa puissante, sa putain de colère.
Puis j’en revins de cette mer, de ce salin, de ces réverbérations d’enfants m’ayant ramené - moi l’isolé du sable, alors que je méditais à l’amitié de samedi – à ma propre solitude, à l’enfant seul que je fus, lorsque sous l’unique arbre du jardin de mon enfance ce bout de rectangle quelconque, je rêvais à la mer et ses contes les plus fous. Je me souvins précisément de ces moments de pureté simultanément balayés par les radiations du soleil toujours présent sous ma coupe, me protégeant, avant de partir vers une terre inconnue où résidait le trésor caché de la vie idéale sur terre. Puis le temps passa : les heures, les jours et les semaines, les mois et les années et c’est le regard assiégé de toute part que je tremble encore aujourd’hui dans mon corps d’adulte, l’âme en berne de n’être point encore ce « kid » où la banlieue hurlante me protégeait de sa beauté aujourd’hui à jamais délaissée. J’ai soif de ce temps. Nonobstant, les souvenirs qui vibrent encore dans ma mémoire s’étiolent progressivement face à la machine broyeuse d’images de clichés les plus doux, me limitant à ma condition d’adulte, me conduisant par la main à l’apogée de ma destinée aux os déjà désintégrés, m’empêchant de chiper ça et là quelques réminiscences éteintes, que j’eusse pourtant le désir de faire renaître, une fois encore. Une ultime fois.
Ces dans les pas de samedi que je vis la lueur d’un monde nouveau se mouvoir. Je le vis là, présent en moi et autour de moi, alors que le cinéma du monde me projetait son scénario complexe. Je compris lors de la ballade fraternelle qu’il n’était nullement question d’ordinateurs et de réseaux mais de chair et de rencontres, toutes plus folles, toutes plus vivaces, toutes plus authentiques. Je rentrai seul, déambulant entre les agacés de la ville, me remémorant les évènements du jour déjà conditionnés dans le passé, preuve irréfutable de ma solitude. Je me rapatriai aux côtés de l’enfant seul qui méditait sous son arbre, psychotant sur le monde meilleur qui jamais ne fût, et je ne vis que mes membres se mouvoir entre les buildings anthracite, parmi le gris de la cité dénuée de bleu. Je ne vis que mes membres se déplacer avec difficulté sous la pression toujours plus forte des idéaux vaincus, des chimères de l’ailleurs, alors que le temps présent malgré sa noirceur, m’ouvrit peut-être les bras de l’incommensurable légèreté de l’être mais pourtant, je n’en saisissais point la chance. La lumière se tut. Je rentrai à la maison, mes iris rivés sur un verre de vin imaginaire. Finalement, ce dernier fut bien réel quand mes lèvres caressèrent de leur délicatesse le contour, d’où le contenu capable d’apaiser la soif, d’enivrer les sens, me calmait pour la nuit, alors qu’il eut suffi d’un geste brusque, vif, incontrôlé et l’objet c’eût transformé en lame, en bout de tranchant capable d’en finir avec la vie. J’avalai le précieux sang, puis je m’endormis. Avec l’amitié, l’hiver, l’océan, l’enfance, l’arbre, le vent et la vie.